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Esprit d’escalier (1)

21 mars 2010
Dans ma famille avoir l’esprit d’escalier c’est mettre un certain temps à comprendre ce que l’on vous dit et les allusions qu’il y a derrière. Quand je cherche sur le net je collecte des billets, des sites, des documents, des idées que je trouve intéressants et que je range précieusement pour traitement ultérieur. Normalement ils poursuivent paisiblement leur carrière sur le disque dur et, bien sûr, je n’y reviens jamais. Illusion de collectionneur.
Mais ce matin, je relisais  un article de Slate : « Facebook doit entrer à l’école. Pourquoi les écoles ne doivent plus bloquer l’accès aux réseaux sociaux. » ( 3 janvier 2010).
Nicholas Bramble y plaide en faveur de meilleures relations entre l’école et les réseaux sociaux en général, Facebook en particulier. Et d’expliquer pourquoi :
• Les élèves dépensent dans les réseaux sociaux une énergie considérable qu’il serait utile de rediriger au profit de l’école ;
• il existe un gisement important d’activités scolaires qui pourraient utilement concrétiser cette démarche ;
• par là les enseignants seraient incités à mieux connaître l’environnement social et culturel de leur public ;
• l’école capitaliserait l’expérience acquise par les élèves les plus compétents en matière de réseaux.
En conclusion cette citation de John Dewey qui devrait figurer sur les murs de toutes les salles des professeurs, qui dit qu’en bannissant de la salle de classe les sujets d’intérêt des élèves, les enseignants «remplaçaient l’enfant par l’adulte, et ainsi affaiblissaient la curiosité et la vivacité intellectuelles, supprimant l’initiative et tuant l’intérêt».
Pourquoi donc Facebook est-il banni des écoles? La question est en train de devenir triviale et je ne vois pas ce que je pourrais ajouter de vraiment utile à l’excellent billet de Mario Asselin qui fait, à mon avis, le tour de la question avec compétence.
Bien sûr au-delà des objections rationnelles nous savons qu’il y en a de moins aisées à cerner. Nicholas Bramble ne cite que la peur mais il est facile de deviner d’autres sentiments, d’autres appréhensions. Méfiance envers ces technologies que semblent maîtriser les jeunes, incompréhension d’un mode de communication qui n’est pas le nôtre, déception de voir les adolescents négliger les valeurs sur lesquelles repose notre vision du monde et puis, toujours présent hélas, ce vieux fonds de croyance en la rédemption par la souffrance : si ça leur plait ça ne peut pas être bon pour eux, ça ne peut pas les aider à grandir.
Cependant  dans le propos de Nicholas Bramble une petite phrase m’a fait dresser l’oreille :
« Comment les enseignants peuvent-ils introduire les réseaux sociaux dans la salle de classe? ». L’idée c’est bien que la salle de classe – quand bien même ce ne serait qu’une métaphore – est l’ultime lieu de l’enseignement, cadre indépassable de la formation. Face à cela nos élèves se constituent avec Facebook un réseau social souple où des structures provisoires, éphémères, aux limites incertaines serviront le temps d’un évènement, d’une fête, d’un concert, … On voit comment deux mondes ici s’opposent ou plutôt se croisent dans l’indifférence.
Cette phrase, plus haut dans le texte, va dans le même sens  : « Les éducateurs devraient cesser d’imaginer des façons de réprimer la formidable énergie intellectuelle et sociale que les jeunes investissent dans ces médias et commencer à envisager des façons de rediriger cette énergie, afin qu’elle soit dépensée dans la salle de classe plutôt qu’à l’extérieur. ». L’adulte compréhensif mais lucide se doit de faire entendre la voix de la raison : ce qui est important c’est ce qui se passe en classe, c’est là que vous construisez votre avenir. Laissez tomber les futilités.
Ne croyez-vous pas qu’il faut inverser la perspective : Facebook sera utilisé comme instrument si l’activité des élèves les incite à y recourir, si l’organisation de l’école le sollicite? Dans l’intervalle le risque majeur n’est-il pas d’augmenter l’incompréhension mutuelle? Franchement, si j’étais Mark Zuckerberg je ferais un procès à tous ces gens qui essaient de ruiner mon entreprise auprès des jeunes en en rendant l’usage obligatoire en classe.
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