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Culture

25 mai 2010
Une des tâches de l’école est de faire acquérir aux élèves un premier vernis culturel ; transmission d’un patrimoine, révélation d’un immense héritage.  L’histoire, la littérature et les arts, parfois les sciences sont concernés. Cette transmission s’articule autour de deux axes :
  • faire connaître les faits, les objets, les notions et les concepts dont la civilisation est tissée ;
  • donner le goût de la chose culturelle et inciter à poursuivre, l’âge adulte atteint, cette quête passionnante.
Cette entreprise n’est pas toujours couronnée de succès pour de nombreuses raisons dont il a été fréquemment débattu. Les angles d’analyse courent de la psychologie à l’économie en passant par la sociologie, la linguistique, etc. La complexité et l’étendue du sujet sortent évidemment des limites d’un billet de blog. La population adulte est diverse, hétérogène et son rapport au fait culturel très varié. Laissons de côté les deux extrêmes du spectre, ceux qui ont refusé ou n’ont pu accéder à cette culture, d’une part, et ceux qui la fabriquent au quotidien, artistes, critiques, intellectuels… , d’autre part et  considérons l’activisme culturel de l’ex élève moyen, vous, moi…
Que font les gens cultivés qui continuent de se cultiver? Ils visitent des musées, lisent des livres, vont à des concerts…  Cette attitude nous place dans le prolongement de notre héritage aristocratique le plus antique. Pour les anciens le travail était réservé aux esclaves, aux paysans et aux artisans. Ces gens  n’avaient donc pas, ou très peu, de temps à consacrer à autre chose que le travail. Le loisir, qu’il ne faut pas confondre avec l’oisiveté, est donc un critère de distinction. Avoir du temps pour se cultiver c’est intelligent et distingué.
Quel est le profit attendu de cette pratique? Incontestablement la jouissance des belles choses fait partie des récompenses. De même la participation instantanée à ce que l’humain a de plus grand, la création, aide incontestablement à avoir un regard différent sur le cours du monde. Enfin il y a, pour celui qui possède déjà un certain capital de connaissances, l’extraordinaire plaisir de saisir comment telle oeuvre résonne dans telle autre, l’aperçu soudain et éclairant d’une généalogie, le sentiment d’appartenir aux happy few comme aurait dit Stendhal. Plaisir hélas fugace et solitaire. Car, sauf mémoire exceptionnelle, il devient de plus en plus difficile de conserver le souvenir de tout ce qui a été vu, lu, entendu,… S’installe peu à peu un doux indifférencié culturel où Vezelay emprunte à Cordou et Saint-Marc à Topkapi. Et les années qui passent n’arrangent rien, j’en témoigne.  En outre, sauf à accepter de passer pour un pédant il est difficile de trop faire montre de tout ce profit intellectuel.
Mais nous avons gardé de l’école cette idée que la quantité est déjà, en soi, une qualité. Il s’ensuit un consumérisme culturel, une boulimie d’art(s), apparenté au sens bourgeois de l’épargne et qui se révèle, finalement, assez vulgaire, à des lieux de la référence aristocratique dont il était question plus haut.
Car en regardant ceux qui sont restés à travers l’histoire les symboles de l’homme cultivé, les Saint Augustin, Montaigne, Montesquieu ou George Steiner (liste aussi brève que spontanée…)  on constate que loin de la multiplication des impressions, sensations, dégustations,… ce qui les intéressait dans la création humaine c’était qu’elle donnait à penser : analyse, réflexion, méditation (au sens occidental) … Le but n’est pas seulement de connaître, il est avant tout de nourrir et construire une pensée autonome et créatrice. L’opposé de la consommation culturelle n’est donc pas forcément la production. Nous ne serons pas tous des plasticiens, des écrivains, des compositeurs,… Mais nous pouvons limiter notre appétit et prendre le temps d’une assimilation réfléchie.
Or grâce à Internet il devient en outre possible de valoriser socialement cette activité. Rien ne vous interdit d’augmenter la base de données de la Wikipedia ou de tout autre Wiki ouvert. De nombreux sites sociaux culturels attendent que chacun viennent apporter sa contribution plus ou moins éclairée. Il n’y a pas besoin d’être un spécialiste reconnu et diplômé pour contribuer à l’entreprise culturelle. Pourquoi y a-t-il tant de gens dans les musées et que si peu d’internautes contribuent au débat sur le Web?

Les objections tournent autour de deux arguments. D’une part si chacun produit des commentaires, des avis, des réflexions, le réseau ne tardera pas à être saturé et il ne sera plus possible de trouver les informations recherchées. Il s’agit là d’un problème technique qui pourrait trouver aisément des solutions techniques s’il gagnait en acuité. Nous en sommes loin.

D’autre part, comment mettre sur le même plan l’avis du citoyen lambda pourvu d’un bac basique avec celui d’un universitaire. Le débat sur le sujet a longtemps fait rage et se poursuit sous la forme d’une guérilla dont la presse se fait régulièrement l’écho.

Beaucoup plus de gens qu’on ne le croit disposent d’une expertise réelle sur des sujets qui les passionnent. Mon garagiste m’a stupéfié par son extraordinaire culture sur le débarquement des forces alliées en Normandie. Que lui manque-t-il pour devenir un spécialiste ? D’organiser ses connaissances pour les rendre communicables et de les rendre public. Pourquoi ne le fait-il pas?

Certes il n’est pas familier du réseau. Mais surtout il n’y a pas été préparé. L’école lui a donné une culture mais ne lui a pas appris à interroger et valoriser celle qu’il acquérait par lui-même. On ne lui a proposé de réfléchir qu’au travers de ce qu’en pensaient ceux qui hier (et parfois aujourd’hui) faisaient autorité. Cet enseignement tout à fait adapté au siècle dernier se révèle préjudiciable aujourd’hui. Non que l’école puisse faire des miracles et, grâce à une pédagogie adaptée, donner à tous les moyens et le goût de la participation à l’intelligence collective . Les pesanteurs sociales sont nombreuses et la famille ou l’entreprise ont aussi une large part de responsabilité dans cette affaire. Ce pourrait cependant être une ambition pour l’école : amener les adolescents à construire leur propre culture (avec tout ce que cela suppose d’individualité) et leur donner les moyens et le gout de l’exprimer, de la communiquer, de l’exposer, de la partager. Qu’en pensez-vous ?

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