Baccalauréat

Le Bac est le couronnement attendu, espéré d’une carrière de lycéen bien menée. Présent jusqu’à l’obsession dans la tête des parents, leitmotiv insistant du discours professoral, thème récurrent des médias, ressource inépuisable pour les maisons d’édition, 4 400 000 occurrences par Google… un sujet de choix.
Posons cependant la question tranquillement et sans a priori : à quoi sert-il ?
Est-il un certificat attestant que les études secondaires ont été menées à bien, est-il plutôt la reconnaissance que le candidat dispose des connaissances qui font l’honnête citoyen ou est-ce enfin un droit d’accès aux études supérieures ?
Le niveau demandé, les exigences plaident pour cette dernière réponse. Le titulaire du diplôme peut, en droit, postuler pour entrer à l’Université et on ne peut la lui refuser. C’est bien ce que nous avons en tête quand nous y préparons nos élèves ou nos enfants. Constatons alors que cette préparation est plutôt mal faite. Les 2/3 d’une classe d’âge n’accéderont pas en deuxième année, certains feront un deuxième essai, peut-être même un troisième. Pour les autres s’annonce une difficile tentative d’insertion dans la vie professionnelle sans formation qualifiante. C’est alors le début d’un parcours du combattant avec les stages, l’ANPE, les concours administratifs que l’on peut présenter avec le bac mais dont la plupart des candidats avouent deux à quatre années d’études supérieures. Années de galère pour ces jeunes, vous en connaissez, j’en connais, tout le monde en connaît.
Considérons alors qu’il s’agit d’un diplôme attestant que le titulaire dispose des connaissances requises pour être un membre adulte de la société. Evidemment, je ne suggère pas que ceux qui n’ont pas le bac ne sont pas des citoyens à part entière. On doit ici se poser la question de la valeur symbolique du bon vieux bachot. Un oeil sur le programme nous laissera supposer qu’un français moyen dispose d’un remarquable stock de connaissances dont bon nombre sont inutiles et qu’il est capable d’exécuter un travail intellectuel dont la codification remonte à plus d’un siècle. Je ne vais pas me ridiculiser devant vous en décrivant ce que cela donne quand j’essaie d’acheter au guichet un carnet de ticket « tarif familial » dans le métro de Londres, après sept années d’études secondaires et une belle assiduité aux cours d’anglais… Vous allez me dire que ma formation remonte à des lustres et qu’il n’en va plus ainsi aujourd’hui et vous avez raison.
Par contre si vous essayez de me persuader que l’école de la dissertation est la meilleure préparation à la gestion des informations complexes et fluctuantes auxquelles nous sommes confrontés quotidiennement, il va vous falloir être plus convaincants.
Enfin il est évident que le baccalauréat n’est pas, non plus, cette certification de fin d’études secondaires qui serait pourtant bien nécessaire. Quel besoin y aurait-il, pour ce faire, de mobiliser les incroyables ressources humaines et financières que nous impose cet examen. Un contrôle continu bien pensé y pourvoirait sans difficulté. Après tout si votre candidat arrive jusqu’en terminale c’est bien qu’il a convaincu des conseils de classe successifs s’appuyant sur des recueils de notes. Si ça, ce n’est pas du contrôle continu…
Pendant cette année de terminale les lycéens auront travaillé sur l’épreuve du bac. Baccalauréat blanc, reprises commentées des épreuves des années précédentes, ingestion à marche forcée d’une quantité extravagante d’informations – toutes disponibles dans les livres et sur internet – le tout dans une ambiance de stress croissant. Ils se seront disciplinés à inscrire leur intelligence dans les limites exiguës et les codes séculaires de l’épreuve. Bref ils auront mis de côté l’essentiel de leur force créative et de leur intelligence et n’auront, bien sûr, augmenté ni l’une ni l’autre.
Les objectifs du bac sont donc peu clairs et sa perpétuation relève manifestement du respect de la tradition, attitude de fidèle plus que de croyant. Par son coût économique, par l’angoisse inutile qu’il engendre, par sa contre-productivité pédagogique cet examen apparaît non seulement inutile mais bien nuisible. Il n’est pas question de nier l’apport de légitimité que représente un glorieux passé au service de la Nation, un certain prestige intellectuel, la nostalgie et la force de l’habitude. Est-il cependant indispensable qu’un monument historique vieux de deux siècles soit le couronnement nécessaire d’une carrière de lycéen ?

2 réflexions sur “Baccalauréat

  1. J’ai bien apprécié cette remise en question d’habitudes scolaires enterrinées. J’ai le sentiment que beaucoup d’enseignants et d’éducateurs sont sur cette même ligne de pensée (si je me réfère à ma communauté Twitter🙂 ; la façon dont nous concevons l’éducation (ou plutôt, la façon dont nous enterrinons la conception qu’on s’en faisait il y a deux siècles) n’est plus tenable. Internet représente un changement majeur à l’échelle mondiale, et il est à mon avis inévitable que son influence redéfinisse les fondement de l’éducation -j’ai développé cette idée dans mon billet « Les nouvelles littératies » (http://www.media-awareness.ca/blogue/index.cfm?commentID=21).

    Dans ce changement du paradigme scolaire, ne minimisons pas l’influence que pourront avoir élèves : ils sont extrèmement créatifs dans leur façon d’utiliser les nouvelles technologies, et en voient l’intérêt pour leurs travaux scolaires. Pourtant, ils sont rarement consultés sur ce sujet -l’on assume généralement qu’ils utilisent le Net purement dans une optique de loisirs.
    Or je sais que ce n’est pas le cas : j’en ai quatre spécimens à la maison🙂

    • Merci pour ce commentaire. J’ai effectivement le sentiment que de plus en plus de gens remettent en cause les systèmes éducatifs pour n’être plus en phase avec les élèves. J’ai un peu peur que dans ce processus la France ne soit un peu en retard, aussi il est intéressant (et agréable) de recevoir des commentaires depuis des pays, des groupes, des communautés ou des collègues plus avancés en la matière.
      Je suis tout à fait d’accord : les jeunes ne sont pas ou peu consultés, ou alors avec le désir de leur voir confirmer ce que pensent les adultes. C’est d’autant plus important que, autant nous sommes portés à transporter nos pratiques traditionnelles sur les nouveaux médias, autant eux inventent de nouveaux usages et de nouveaux comportements. Il y a une confrontation productive à envisager.
      Par ailleurs je suis, finalement, assez favorable à l’usage ludique du réseau. J’ai été très séduit par un livre de James Paul Gee (le titre m’échappe) où il montre que par le biais des jeux vidéos on peut faire passer des apprentissages tout en motivant les élèves.

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