Forme et fonction

La distinction entre forme et fonction est un classique de l’analyse en architecture et en design. La fonction détermine-t-elle la forme, la forme induit-elle une fonction, est-il possible de séparer les deux, etc. ? La structuration de l’espace induit des attitudes, des comportements, des sentiments. Je me souviens qu’à l’une des épreuves orales de mon CAPES le jury avait placé son bureau et la table réservée au candidat aux deux extrémités d’une salle de classe vidée de tout autre mobilier. L’effet était saisissant et le candidat que j’étais fut, de fait, saisi.
La traditionnelle estrade existe pour rendre le professeur visible par tous. Cependant elle est aussi l’un des accessoires de sa fonction, celui qui donne à son propos une qualification dont celui des auditeurs sera dépourvu. Les plus anciens parmi nos lecteurs se souviendront qu’en 1968 l’une des conséquences de la remise en question du pouvoir « mandarinal » de l’enseignant avait été la redistribution des tables en cercle, posant un instant une égalité spatiale entre tous les participants. Jusqu’à ce que le professeur vienne prendre place au milieu…
De même  l’espace classe avec ses rangées de table faisant toutes face à l’enseignant et au tableau (interactif ou pas, il importe peu) organise bien un rapport pédagogique. Il y a celui qui parle, maitrise le savoir et face à lui ceux qui sont là pour apprendre et ne sont pas supposés interagir entre eux. Il n’est pas dans mon intention de tenir un discours de dénonciation mais simplement que nous voyions bien comment cette structure de communication organise un lieu à ses fins. Si nous allions plus loin peut-être verrions-nous comment au delà du discours c’est une conception de la connaissance autant que de sa transmission qui s’impose.
Cette vidéo (en anglais) montre une classe organisée différemment, conçue par des chercheurs du MIT et utilisée ici dans le cadre de l’Université du Minesota. On voit sur la photo ci-contre que les tables circulaires sont disposées en périphérie de la salle. Elles sont conçues pour accueillir une dizaine d’étudiants qui peuvent connecter leurs ordinateurs portables en réseau local . Un grand écran, sur lequel il est possible d’afficher ce que montre l’un ou l’autre de ces portables, domine chaque table et, entre les tables, des tableaux.
On voit tout de suite comment cette agencement débouche sur un enseignement différent : interactivité et coopération entre étudiants, construction en partage d’une information structurée que l’enseignant
aidera à constituer en savoir. Distribution à travers l’espace des supports du discours professoral : le tableau, l’écran sont à la disposition de tous et s’ils sont utilisés par les groupes ils peuvent aussi être utilisés pour communiquer avec l’ensemble de la classe. Ce type d’espace pédagogique ne peut pas déboucher sur un discours magistral. Il porte de lui-même une autre forme de pédagogie où l’étudiant est acteur, construit son propre savoir et le partage. L’enseignant facilite cette structuration, il met son savoir à la disposition des étudiants, guide, suggère, complète… Pas besoin d’avoir enseigné quarante ans pour comprendre que ce qu’ils auront appris là, ils le retiendront longtemps ; que les méthodes seront d’autant plus réutilisables qu’elles auront été acquises dans un contexte d’autonomie ; que le plaisir qu’ils auront pris à ce travail aura un effet gratifiant garant d’une plus grande efficacité.
Une première remarque s’impose : que donnerait cette espace pédagogique sans les technologies de l’information? A peu près la même chose. Les tables regroupées en carré, les élèves autour et le prof allant d’une table à l’autre, un stock de livres disponibles et la classe fonctionne comme ci-dessus. Qu’apporte la technologie : la vitesse et la souplesse dans le partage d’informations, un formidable stock d’informations via Internet, nettement supérieur à ce qu’offrirait l’habituel tas de bouquins, et l’ubiquité. Si un étudiant n’a pas pu venir, si il est sur le terrain, si il travaille ailleurs, avec un autre groupe, il peut quand même participer à l’activité de ses collègues.
Deuxième remarque : on a vu ici en scène des étudiants du supérieur. Est-ce applicable au lycée? au collège? à l’école primaire? La réponse est, sans conteste, positive. De nombreux professeurs des écoles travaillent déjà ainsi. De plus le fait de rendre les élèves actifs et de prendre en légitime considération leur travail, leurs questions et leurs remarques est le meilleur moyen de réduire les problèmes de discipline. Evidemment On-n’aura-pas-fini-le-programme-! Est-ce vraiment important au regard de ce qu’ils auront acquis? est-ce là le but de l’enseignement ?

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