Copies

Les élèves sont-ils meilleurs aujourd’hui qu’hier ? Pour échapper aux comparaisons intuitives et fortement teintées de nostalgie il faut du sérieux, du solide, du scientifique. D’où la mine de connaissances que peut receler un paquet de copies vieilles de 75 ans. Il faut, bien sûr s’entourer de précautions méthodologiques : resserrer l’échantillon à des épreuves encore existantes et éviter les sujets qui ne sont plus d’actualités. Au final une étude qui montre que, toutes choses égales par ailleurs, les élèves de 1995 n’étaient ni meilleurs, ni pires que ceux de 1920. Le niveau ne monte, ni ne baisse, au temps pour les Cassandre.
L’expérience se poursuit-elle aujourd’hui? y a-t-il encore des enseignants qui, pour nourrir la curiosité de chercheurs en pédagogie, donnent à leurs élèves des sujets vieux de cent ans? « Prenez une feuille, mettez votre nom, votre la classe et la date. On va faire la dictée de l’arrière-grand-père ». Ce que je trouve extra-ordinaire dans cette histoire c’est que ce soit possible. Voilà deux génération séparées par une évolution économique, sociale et technique sans précédents. Pourtant on peut demander à la plus jeune de se soumettre au même type d’évaluation que son ainée sans qu’il y ait besoin d’une préparation méthodologique. Les copies, ils savent ce que c’est, ils pratiquent depuis des années. Il est évident que l’usage de la plume en acier, de la règle à calcul ou du projecteur de diapositives demanderaient un minimum d’entrainement, mais pour la copie, pas besoin.
J’avoue que cette permanence me questionne. Nous sommes manifestement face à une procédure qui remplit pleinement sa fonction. Certes, on constate une pénétration de l’exposé, mais elle reste marginale. L’oral est réputé plus difficile à évaluer que l’écrit. L’exercice à trous ou le QCM ont quelques adeptes mais ils ne sauraient concerner les élèves les plus âgés.  En outre ils ne peuvent valider que la connaissance de contenus, donc l’intérêt en reste limité. Sinon ? rien. Alors, qu’est-ce qui fait la copie incontournable ?
Laissons de côté les contenus et les procédures d’évaluation, cela nous emmènerait trop loin et concentrons nous sur la procédure associée à la copie.
Premier constat : le classicisme cher à une certaine tradition française y trouve son compte. Unité de temps, de lieu et d’action. « Prenez une feuille, mettez votre nom, votre classe et la date », le décor est planté, une fois le sujet posé l’action peut s’engager. La contrainte établie par le support est la garantie de l’égalité et donc de l’équité. L’évaluation implique la comparaison. Puisque tous les élèves ayant suivi le même cours, doivent rédiger sur le même support, une production écrite dans des conditions identiques, c’est plus par rapport à celle de ses pairs qu’en elle même, que la performance de chaque élève est évaluée. Ce qui fait l’efficacité de la copie paraît donc lié à son caractère normatif : normalisation de la production, normalisation de l’évaluation. Au bout du compte ce que l’élève a compris importe moins que les conditions d’équité dans lesquelles il en rendra compte.
Puisque l’enseignant a construit sa séquence de formation en fonction du travail qu’il donnera aux élèves et qui lui permettra de savoir ce qu’ils ont retenu et compris, on voit que la perspective de la copie normalise en amont la stratégie d’enseignement. A la limite la copie du bac encadre la démarche didactique de toute l’année de terminale et une bonne partie de celle de première, voire plus. Or les élèves sont inégaux face à la production écrite, certains aimeraient rendre compte sur des supports différents : des diagrammes, des schémas heuristiques, des présentations assistées par ordinateur, des vidéos, des podcasts,…. C’est donc une aptitude, une familiarité qui finit par se révéler déterminante dans l’évaluation que fera l’enseignant. De plus le support écrit porte ses propres limitations. Pas de liens hypertexte, pas d’insertion d’images fixes ou animées, pas de sons, pas de copier-coller.
Laissons, pour finir, notre imagination prendre le relais. Supposons, par exemple, un sujet complexe qui demande à l’élève à la fois des connaissances acquises, des compétences en recherche d’information et des capacités d’analyse et de réflexion. Et laissons chacun le traiter à sa guise et sur le support qui lui conviendra. Tiens, je vous propose un sujet de philo : « la liberté est-elle absence de contraintes ? », qu’en pensez-vous ?

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