Du vide en recherche

Une pédagogie qui prône l’autonomie de l’apprenant ne peut faire l’économie de la recherche d’information. Si le document doit venir compléter ou remplacer la parole de l’enseignant l’élève doit, au moins, savoir trouver les documents utiles, donc savoir utiliser un moteur de recherche. L’idée de ce billet est de proposer une piste d’exploitation des moteurs qui, au-delà de la recherche, interroge la notion même de « sujet de recherche ».
C’est établi de longue date, la plupart des utilisateurs d’un moteur de recherche n’ouvrent jamais les équations de recherche avancée et se contentent de la première page de résultats. Si par chance il y a dans cette première page  une entrée wikipedia, ils s’en contentent. Les chercheurs plus sophistiqués utilisent un groupe de mots qui, précisant l’étendue de la recherche, augmente la pertinence des réponses et permet de consulter plus d’une page en restant assuré d’avoir des résultats à peu près cohérents.
La recherche la plus élémentaire sera donc constituée d’un seul mot. Dans ce cas il y a de fortes chances que même sur la première page la plupart des sites proposés ne correspondent pas à ce qui est cherché. Restreignons donc le champ de la recherche en ajoutant au concept initial des termes qui le complète jusqu’à ce que les 20 premiers sites proposés par votre moteur de recherche vous semblent pertinents. Il faudra donc approfondir certains aspects, préciser la nature, le contexte spatio-temporel, etc.
Si vous êtes, comme moi, adepte des schémas heuristiques, ça doit donner quelque chose comme ça :
Réussir à persuader un élève de procéder ainsi donne le légitime sentiment d’oeuvrer dans le bon sens. Peut-on, cependant, aller plus loin ? Ne sommes-nous pas, à travers cette pratique pourtant évidente, prisonnier d’une conception de l’idée, de la notion, du concept un peu trop restrictif : le mot c’est la chose? A mon sens cette représentation hérite de l’organisation encyclopédique et bibliothécaire de l’information mais ne convient plus pour aborder le caractère « fluctuant » du savoir sur le net.
Tentons donc une expérience phénoménologique avec la caution intellectuelle de la philosophie la plus antique :
“Trente rayons convergent au moyeu
mais c’est le vide médian
qui fait marcher le char
On façonne l’argile pour en faire des vases,
mais c’est du vide interne
que dépend leur usage
… “
Lao-tseu
Tao-tö king
Traduction Liou Kia-hway
XI, p. 22
ed. Gallimard « folio »
Attaquons donc l’enquête documentaire taoïste. Reprenons notre équation de recherche et enlevons le concept central. Dans un premier temps il va falloir compenser cette disparition par de nouveaux descripteurs afin de retrouver une liste pertinente. Ce que nous cherchons va alors être défini par les rapports dynamiques entretenus par les termes de l’équation de recherche.
Cette nouvelle définition « par contumace » ouvre sur des aperçus inhabituels pour les élèves de la recherche  :
  • Des sites pertinents mais un peu excentrés, des perspectives différentes du concept, des idées originales et inattendues (sérendipité). Le net permet, suggère et encourage la curiosité. Il faut alors inciter l’élève à discipliner ce mouvement naturel qui consiste à ouvrir sans cesse des portes jusqu’à perdre le sens même de ce qu’il cherche.
  • Une image différente de l’organisation du savoir. Le net n’est pas une encyclopédie ou une bibliothèque dont les entrées sont classées et structurées. Sur le web le savoir est en mouvement, en élaboration continue ; les limites des notions oscillent, les frontières des catégories se brouillent. Il n’y a pas un rédacteur et un point de vue mais des perceptions multiples, variées et variables ;
Pour développer cette idée on peut alors proposer quelques manipulations instructives.
Par exemple :
  • Si le nombre de sites proposés reste assez important, faire un saut jusqu’à la page 5 pour voir ce qui a changé et quels sont les mots-clés dont le sens n’est plus aussi déterminant. La dimension « sérendipité » s’en trouve accrue même si, le plus souvent, les sites n’ont plus guère de rapport avec le thème il y a parfois d’heureuses surprises ;
  • Essayer ce même nuage de mots-clés sur d’autres moteurs. Cela dit il faut mieux utiliser un moteur qui se place dans une dynamique résolument différente (spezify , lexxeviewzy )
  • Traduire les mots dans une langue étrangère ;
  • Poser l’équation sur Google et utiliser l’option « les plus récents » ou un site renvoyant des alertes. Cela permet d’avoir une représentation intéressante de la façon dont le web évolue constament.
NB : soyons honnête, ce type de travail est impraticable pour les élèves les plus jeunes. Et pour les plus âgés il demande une pré-connaissance des concepts et une certaine habitude du web. Il est surtout question de les ouvrir sur ce monde d’incertitudes riches dont est fait internet et de l’opposer aux modes traditionnels d’appréhension des concepts, des notions, des idées, du monde en général et en particulier…

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