24/7

Les outils de communication ont lentement dissous la séparation entre vie privée et vie professionnelle, parfois jusqu’à l’excès, parfois pour notre satisfaction.  Pouvoir travailler loin du bureau c’est aussi voir ses enfants rentrer de l’école, interrompre un bain de soleil pour s’entretenir avec un collègue ou mettre sur le réseau une idée neuve et reprendre ensuite le farniente là où on l’avait laissé, c’est surtout se débarrasser d’interminables heures de transport qui font perdre un temps invraisemblable, abaisse la productivité, contribuent à l’effet de serre et nous rendent malheureux.
Le moment vient où l’éducation s’engage dans la même voie. C’est d’autant plus légitime qu’on ne voit pas bien pourquoi l’activité d’apprentissage se déroulerait dans l’environnement d’un établissement scolaire, dans le cadre austère d’une salle de classe, devant un unique professeur et dans la plus parfaite indifférence aux rythmes biologiques et aux motivations individuelles des uns et des autres. La demande d’une école ouverte toute la journée et toute la semaine se dessine à l’horizon, une école où la présence de l’élève n’est requise que de temps à autre.
Le rôle de l’école en tant que lieu unique de formation peut, sous réserve d’inventaire, être justifié par deux fonctions :
  • Rapprocher les apprenants d’une ressource rare : le savoir. En fixant l’enseignant en un lieu unique on peut, à moindre frais, offrir à plusieurs apprenants une source de connaissance, un spécialiste de l’apprentissage et des moyens techniques liés à la fonction. C’est économiquement viable, mais il y a un coût pour l’individu comme on l’a vu ci-dessus ;
  • Isoler l’élève d’un monde riche en distractions afin de fixer son attention sur l’acquisition de connaissances. On reconnaît là une idée qui court tout au long de l’histoire de la culture : ce n’est que dans le retrait du monde que peut s’élaborer la pensée ; Pythagore, le moine médiéval et l’intellectuel contemporain témoignent tous de ce besoin. Cependant un enfant ou un adolescent s’inscrit mal dans ce schéma. S’il lui faut effectivement un temps de retrait pour faire, sous la direction d’un adulte, le point de ses connaissances,  leur acquisition peut, avec profit, se faire dans un environnement ouvert. Il semble même que la mise en œuvre, la confrontation et l’expérimentation sont plus efficaces quand il est question de comprendre et mémoriser que la situation passive dans une salle de classe. Si l’on considère le milieu socialement actif dans lequel vivent les jeunes une heure de cours s’apparente rapidement à une expérience de privation sensorielle.
Pour faire court on dira que ça marche pour le monastère ou la caserne mais que c’est d’une efficacité limitée dès qu’il est question de découvrir le monde.
Il sera donc de plus en plus question de « pédagogie embarquée » Voir la définition sur le blog de Jean-Paul Moiraud, blog vivement recommandé à ceux que le sujet intéresse. La question n’est plus vraiment de savoir si l’école s’y dissoudra, on voit que le processus est en cours, mais jusqu’où ira cette évolution et de quelle manière elle s’opérera.
Le problème des moyens techniques n’en est plus vraiment un. Tout le monde voit comment le téléphone portable, la tablette PC ou l’iPad, sont des outils propres à favoriser cette forme d’enseignement. Les stratégies pédagogiques poseront quelques problèmes. La réflexion ouverte par le site Eutice de l’INRP se réfère d’une manière séduisante au «bricolage pédagogique» tel que le présente Philippe Perrenoud. L’e-learning a, de son côté, acquis une incontestable expérience qui pourra servir de source d’inspiration.
Il me semble, par contre, qu’il n’y a aucune réflexion avancée en ce qui concerne le statut des établissements scolaires. Disparaîtront-ils complètement au profit de centres de formation plus ou moins locaux? ou serviront-ils encore de points d’appui pour rassembler les adolescents à l’occasion de sessions de formation quotidiennes, hebdomadaires? Des entreprises , de celles qui commencent à proposer du soutien nomade, trouveront-elles là une niche écologique? Il est certain que le marché existe même s’il est, pour le moment, plus celui de l’équipement que de la formation.
Reste un dernier point. Celui des enseignants. Il est évident que le passage à une forme d’enseignement 24/7 changera plus que l’approche didactique. La relation à l’élève s’en trouvera bien évidemment, modifiée, mais aussi la définition du temps de travail.
Combien de temps reste-t-il avant que cette tendance s’affirme avec un réelle insistance? 3 ans, 5 ans? Ne serait-il pas temps que l’Éducation nationale propose des formations allant en ce sens? Pourquoi pas sur Second Life. Qu’en pensez-vous?

3 réflexions sur “24/7

  1. Bonjour,

    Je viens de lire votre billet. je consatte que vous faites référence à mon travail à l’INRP sur les scénarios de pédagogie embarquée.

    Je continue cette réflexion par le prisme des mondes virtuels. Si je n’aborde pas le statut des établissements scolaire, j’y aborde la question du statut des enseignants dans un environnement de temps éclaté.

    Je vous conseille de suivre l’actualité sur le blog wordpress (identique à celui de lewebpédagogique mais tenu plus régulièrement).

    Vous pourrez ainsi suivre l’expérience de pédagogie dans les mondes virtuels.

    Cordialement

    Jean-Paul Moiraud

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