Faisons le point

Nous réinventons l’eau chaude dit ma cousine. Notre blog enfonce des portes ouvertes, énonce à grands frais des évidences que l’on trouve partout ailleurs tout en manquant cruellement des références universitaires qui lui donneraient un peu de poids. Ma cousine est charmante mais pas toujours indulgente.

Cela m’a amené à penser qu’il était peut-être temps de revenir sur ce blog, quelques questions fondamentales, genre : nature, objectif et portée.

Solution de continuité est né de la rencontre de deux enseignants de base. Tremeur Denigot, et moi-même. Tremeur est professeur d’histoire-géographie, il a passé pratiquement toute sa carrière hors de France. La mienne s’est toute déroulée en France jusqu’à une date relativement récente, son caractère chaotique  m’a permis d’enseigner dans une étonnante quantité d’établissements différents. Tous deux, nous sommes, passionnés par les questions d’éducation, attentifs à l’évolution de la pédagogie,  curieux des progrès des technologies de l’information et de la communication.

Nous nous sommes rencontrés dans une école internationale et ce n’est pas indifférent.  Nos collègues et nos élèves viennent de tous les pays de l’Union européenne. Or c’est une chose de lire les publications comparatives sur les systèmes éducatifs, c’en est une autre que d’en pratiquer, au jour le jour, les différences. C’est souvent déroutant, parfois délicat, toujours passionnant. Nous avons ainsi été amenés à, non pas juger, mais apprécier avec un sens critique renouvelé les qualités et défauts du système éducatif français. Notre perspective est donc locale et partielle, elle ne peut être comparée à une synthèse aussi exhaustive qu’universitaire.

Pourquoi, alors, avoir ajouté un blog d’enseignants à un Internet où ils pullulent? Pour valoriser notre ego, jeter d’un ton péremptoire sur la place publique quelques vérités aussi aveuglantes que révolutionnaires dont nos sagacités unies eussent été les premières à accoucher ? Pas vraiment, ou alors c’est notre inconscient qui nous joue des tours. En fait notre objectif avoué c’est de participer à un débat dont on devine qu’il va devenir de plus en plus passionné et de plus en plus passionnant. Evidemment il était possible d’aller d’un blog à l’autre en se mêlant aux différentes conversations. Mais nous souhaitions un lieu où poser les thèmes qui nous tenaient à coeur dans la perspective qui nous convenait.  A contrario ce lieu vous est ouvert, vos commentaires seront toujours les bienvenus et si à l’occasion vous souhaitez nous confier un billet nous le publierons avec plaisir.

Serait-ce donc que ce nous avons à dire soit d’une originalité folle? Là encore probablement pas. Pour faire simple :

Parlons de conjoncture. L’ambiance n’est pas à l’optimisme, le mot crise est partout. On peut penser que la génération qui vient aura quelques sérieux problèmes sur les bras et que pour les résoudre il faudra au moins imagination et créativité d’une part et perspective globale d’autre part.  Pour la préparation des jeunes au monde qui vient, l’éducation joue un rôle central, cependant:

  • Les systèmes éducatifs ne sont pas à la hauteur du défi ;
  • Les méthodes pédagogiques employées continuent de s’intéresser plus à l’accumulation des données qu’au développement de l’intelligence et de l’imagination ;
  • L’école continue de renforcer les inégalités quand nous avons urgemment besoin d’une élévation de niveau de tous ;
  • Les réformes engagées vont plus souvent vers une tentative de sauver ce qui peut l’être encore au lieu d’aller vers une adaptation au monde qui naît ;

Et donc, ça ne le fait pas…

Le même raisonnement peut être appliqué aux changements dont les technologies de l’information et de la communication sont le lieu et l’objet. Le tableau blanc interactif, dont les qualités ne sont pas contestables, est le centre de toutes les attentions quand Facebook ou Twitter sont bannis des lycées. En terme de formation le résultat est médiocre. D’une part les réseaux sociaux feront de plus en plus partis de l’environnement social et économique et il pourrait être utile de montrer aux jeunes comment en faire un outil sûr et efficace. D’autre part le TBI peut, sans problème, rester l’outil d’un discours professoral dont il n’y a que ceux qui le pratiquent pour croire qu’il n’est plus magistral. Ce n’est qu’un exemple, il est emblématique d’une situation. La puissance du web 2.0 qui est mutualisation, coopération, support de l’intelligence collective passe à la trappe quand elle devrait être le cœur du mouvement de rénovation.

Ajoutons que la connaissance scientifique continue de progresser et que nous comprenons mieux que jamais les mécanismes du cerveau. Or cette connaissance interroge l’efficacité même des stratégies de formation et propose des pistes pour les améliorer. Là encore les systèmes éducatifs sont peu perméables.

Notre sentiment, celui que nous essayons de traduire dans ce blog, c’est que faute d’une réaction adaptée c’est tout le système scolaire qui va voler en éclat sous le poids de sollicitations contradictoires. Peut-être ne sera-ce  pas une si mauvaise chose mais il faut au moins d’ores et déjà envisager ce que l’on pourra construire ensuite. De plus, de ce genre de catastrophe les inégalités sortent renforcées. Ce qui est, non seulement injuste, mais de plus contre-productif. Donc, penser la déconstruction pour éviter l’explosion, prévoir la construction pour éviter la confusion.

Voilà ce à quoi nous aimerions que ce blog participe : faire en sorte que l’école soit partie de la solution, pour qu’elle ne devienne pas partie du problème.

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