Ce qu’en pense la Cour des Comptes

Un rapport de la Cour des Comptes, en France, c’est toujours un évènement. Par son indépendance de ton cette respectable institution apparaît comme un des garants de la démocratie. Par ce qu’elle s’intéresse à l’usage des fonds publics elle touche un point sensible de la susceptibilité nationale : que font-ils de nos impôts?Le dernier rapport s’attaquant à un sujet délicat, l’Éducation nationale, il a immédiatement connu un franc succès. Inutile d’essayer de citer tous les blogs qui, comme le nôtre, y sont allés de leur commentaire. Relevons seulement quelques articles de presse ; Les Échos, Le Point, Le Figaro, Le Monde ou France 2.

La Cour des Comptes épingle l’Éducation nationale. C’est son rôle. Son rapport s’articule autour d’une idée simple et qui ne devrait étonner personne. L’institution scolaire est le premier budget de l’État or ses résultats sont plus que médiocres. Malgré l’effort financier consenti par la Nation le système éducatif au lieu de s’essayer à diminuer les inégalités, les aggrave.

La Cour, c’est sa vocation, s’inscrit dans une logique comptable. Où vont les crédits, comment sont-ils affectés, quelle est leur productivité. Cela explique un regard critique sur certains aspects qui, a priori, ne semblait pas de son ressort : la formation des enseignants, la politique de redoublements, le niveau des élèves, les rythmes scolaires ou l’orientation.

Le rapport, et ce sont ses limites, laisse de côté la pédagogie. Or l’efficacité du système éducatif ne relève pas seulement de l’affectation des crédits. Ce seul critère quantitatif se révèle réducteur d’autant qu’il sera perçu par les lecteurs de la presse ou les téléspectateurs, comme une critique de l’enseignement en tant que pratique. Voyez, par exemple, comment Le Figaro encourage l’amalgame en titrant : « La Cour des comptes met l’école en accusation ». L’enseignement est une tâche complexe qui supposerait une analyse qualitative autant que quantitative. Or si l’on veut innover en cette matière il est peu probable que le seul point de vue des cordons de la bourse soit le plus pertinent.

Après lecture j’ai fini par conclure que le propos de la Cour était moins de stigmatiser les résultats médiocres du système éducatif français que de signaler que le rapport qualité/prix n’était pas très bon et que des résultats comme ceux-là on devrait pouvoir les obtenir pour moins cher.

Le rapport, et c’est son défaut, ignore presque totalement les technologies de l’information et de la communication. Si le mot TICE est explicité dans le glossaire c’est pour n’être employé qu’une fois dans le reste du texte. Est-ce à dire que le matériel informatique ne relève pas des crédits de l’État, n’avons-nous pas en projet un plan massif d’équipement financé par la collectivité nationale?  Les inégalités constatées entre élèves ne sont-elles pas renforcées par les différences d’équipement entre les foyers? A moins que les sages de la Cour des Comptes, eux-mêmes issus de la voie royale de l’enseignement français, ne voient pas bien le rapport qu’il peut y avoir entre un enseignement performant, une ouverture aux technologies  qui sont notre environnement professionnel et social et une pédagogie adaptée? Par cette absence de perspective ce rapport n’est pas sans exhaler un délicat parfum de naphtaline IIIe République.

Pour la Cour des Comptes 2.0 il faudra attendre encore un peu.

Où consulter le rapport ?
Une synthèse très claire, l’introduction par le Premier Président de la Cour ou l’intégralité du rapport avec, en conclusion, la réponse du Ministère de l’Éducation nationale.

2 réflexions sur “Ce qu’en pense la Cour des Comptes

  1. Ce que montre simplement ce rapport, c’est qu’à budget égal, on pourrait faire (beaucoup) mieux. Ou alors, faire aussi bien avec un budget inférieur. Ca n’a effectivement rien à voir, a priori, avec la pédagogie elle-même.

    La Cour n’a pas à se positionner sur la pédagogie, ce n’est pas sa mission.

    Mais il y a un paragraphe prémonitoire qui concerne les TICE, c’est que l’EN est totalement réfractaire à toute évaluation des politiques menées. Et ça ne pardonnera pas car les politiques TICE, encore plus que les autres, doivent être évaluées en permanence pour avoir une chance de devenir efficaces. Seuls les pays qui sauront évaluer ces politiques en profiteront; pour les autres, ce sera une dépense sans fin (http://www.speechi.net/fr/index.php/2010/01/13/evaluer-les-effets-de-lecole-numerique-avec-la-methode-aleatoire/).

    Si vouloir être quantitatif quand on peut l’être, c’est être 3ème République, alors je suis 3èùme République !

  2. Je suis bien d’accord. La Cour des Comptes n’a pas à s’occuper de pédagogie et d’ailleurs elle s’en défend bien. Cela dit il est bien question de savoir si les élèves réussissent ou non à acquérir les savoirs minimum nécessaires. Les dépenses consenties pour l’éducation sont-elles seules responsables des résultats. La hauteur de l’investissement sera-t-il un bon indicateur de la productivité? Les agents et les méthodes n’ont-ils aucune importance?
    A plusieurs reprises le rapport flirte avec le pédagogique : élèves au centre, formation des enseignants, séparation de l’éducatif et du pédagogique,… Ce dernier point par exemple… Dans le rapport on voit que des pays qui ont de meilleurs résultats que la France ne pratiquent pas ce genre de séparation, les enseignants sont présents à la fois en classe et dans la cour de récréation. Ceux que les enquêteurs ont rencontrés disent que leurs rapports avec les élèves sont meilleurs et je veux bien le croire. Mais il y a d’autres pays qui ne pratiquent pas cette séparation et dont les résultats sont plus mauvais que ceux de la France. Et l’entretien avec quelques acteurs du processus ne remplacera jamais une bonne enquête statistique fut-elle aléatoire (merci, au passage, pour le lien très intéressant).
    Il me semble qu’une situation complexe mérite une analyse qui assume cette complexité. Évaluer le système éducatif est plus que jamais urgent et indispensable. Il est important de comprendre où l’on peut améliorer le processus éducatif pour dépenser moins sans se contenter de supprimer des postes d’enseignants en fonction des seuls critères démographiques. L’analyse de la Cour des Comptes est trompeuse parce qu’elle suggère une fausse simplicité. C’est en cela surtout qu’elle est 3e République.

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