Evaluation

Évaluer l’école reste une difficulté en raison de la complexité même du phénomène étudié. Beaucoup d’États, et singulièrement la France, semblent avoir du mal à mettre en place une évaluation qui rende compte de ces différents niveaux de complexité. Cela étant posé reste que les systèmes éducatifs ont besoin de mesurer leur efficacité, surtout quand il représente une part considérable du budget de l’État. PISA dans ce contexte joue un rôle essentiel.En assurant, sur des bases communes, une comparaison entre les différents pays de l’OCDE, elle permet à chacun de s’intéresser aux procédures et méthodes utilisées dans les pays obtenant de bons résultats.

A l’usage la réalité se révèle, comme d’habitude, plus complexe. Avant d’aller plus loin il peut être utile de revenir très brièvement sur les principes qui régissent le fonctionnement de PISA :

Chaque enquête PISA évalue la littératie en lecture, mathématiques et sciences en termes de compétences générales, c’est-à-dire la façon dont les élèves appliquent aux défis de la vie réelle les connaissances et compétences qu’ils ont acquis à l’école. PISA n’est pas une évaluation de la maîtrise de tel ou tel programme scolaire.

Les FAQ de Pisa

PISA ne tient donc pas compte d’objectifs nationaux ou de priorités spécifiques, mais s’intéresse à des compétences supposées universelles. La France est, légitimement fière de son système éducatif. Celui-ci a , en son temps, joué un rôle essentiel dans le développement économique et culturel de la Nation. Or aujourd’hui les résultats obtenus aux mesures faites par PISA sont sensiblement inférieurs à l’image que le pays se fait de son école.

Face à ce résultat la première attitude possible, et, à mon sens la meilleure, serait de poser un diagnostic, d’identifier les points faibles et les points forts sans a priori et de proposer à la communauté nationale un projet de rénovation. C’est, bien sûr, totalement intenable. D’une part cela suppose que les acteurs possèdent une rationalité dont ils ne sont pas plus capables que d’autres. D’autre part ce serait courir le risque d’éduquer la jeunesse avec des méthodes et des valeurs étrangères au riche héritage national. On voit le péril dans un pays qui a lancé, il y a peu, un débat de fond sur l’identité nationale.

Il est une autre posture, celle qui consiste à poser que l’évaluation elle même est inadaptée. Partant, si l’enseignement n’obtient pas d’aussi bons résultats que ceux que l’on est en droit d’espérer ce n’est pas sur une évaluation dont les critères sont discutables que l’on peut se fonder. Il faut utiliser les instruments hérités de notre tradition nationale. Le bac, par exemple, mais un bac qui aurait retrouvé les qualités qui en firent une épreuve d’excellence. Cette attitude connaît un certain succès surtout de la part d’une élite intellectuelle, héritière et gardienne des valeurs nationales, singulièrement celles de la République.

Reste une troisième attitude qui consiste à fustiger, à convoquer l’orgueil du pays pour en espérer un salutaire sursaut. En ces temps où l’honneur footbalistique national est quelque peu en deuil il y a là matière à métaphore. Quand un ministre s’exclame, face aux résultats de PISA, que la France a fait un très mauvais score, pire même celui de la Bulgarie on retrouve tous les ingrédients du commentaire sportif : la désolation de l’orgueil patriotique blessé et une condescendance teintée d’un léger mépris. On voit qu’un des obstacles à une saine approche de PISA est clairement ce classement qui introduit entre États une concurrence inepte. Ce que l’on a banni des classes pour éviter des effets secondaires désastreux on le réintroduit dans l’analyse des systèmes éducatifs,… avec les mêmes effets secondaires.

Cependant PISA présente certaines limites qui ne sont que rarement reprises par les analystes. L’évaluation se pratique dans le cadre de l’école et les élèves sont confrontés à des questionnaires papiers. C’est donc un devoir mais qui n’en est pas un. La mesure des compétences se déroule dans un environnement qui porte des règles implicites (celles de l’école) qui ne sont pas celles de ces mêmes épreuves. De plus, pour des raisons évidentes de coût aucun test n’est oral. Enfin les compétences sont évaluées par des situations élémentaires. Or pour maîtriser une compétence il faut être capable de la manifester dans un environnement ad hoc et non pas sous la forme d’une tâche isolée. On peut réussir parfaitement un exercice de grammaire ou d’orthographe tout en saturant une rédaction de fautes pourtant évitées dans l’exercice précédent. En limitant la collecte des informations pratiquement aux seuls résultats aux tests on se prive aussi de la possibilité de contextualiser les performances. Tous les élèves apparaissent alors identiques et comparables sans que l’on puisse corréler l’ensemble des prestations avec d’autres variables d’ordre économique, sociologique ou culturel. Il est possible que les différences de résultats entre les États soient liées aux seules qualités des systèmes éducatifs, le contraire est cependant plus probable.

Allons plus loin dans le recours aux technologies de l’information et imaginons que les tests passés dans le cadre de l’école soient remplacés par des logiciels de simulation, où les élèves seraient confrontés à des situations complexes dans lesquelles ils devraient faire preuve pour changer de niveaux des mêmes compétences que celle que PISA teste sur le papier. On obtiendrait ainsi une évaluation échappant à l’environnement scolaire tout en sortant du caractère artificiel de l’évaluation par exercices. Une telle possibilité est, évidemment, encore au-delà du réalisable. Les coûts sont manifestement trop élevés. L’accès aux technologies de l’information et la familiarité des jeunes à ces mêmes technologies sont encore trop variables d’un pays à l’autre. Cela dit, au seul niveau national et pour un pays comme la France qui ne dispose pas vraiment d’outil d’évaluation de son système éducatif ce pourrait être un projet stimulant.

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