Le fond de l’air…

Un cliché largement répandu par ici : la mode traverse l’Atlantique. Les Français, qui sont facilement américanophobes, pensent quand même que les États-Unis ont parfois une ou deux longueurs d’avance, (pour le meilleur comme pour le pire). Je suis tout à fait prêt à adopter ce point de vue tant ça bouge fort là-bas dans le domaine qui nous intéresse à S2C.

Je ne parle pas de la manière brutale dont 74 enseignants et 13 membres du personnel administratif ont été licenciés dans établissement scolaire de Rhode Island, ou de la notation des professeurs telle que la pratique le Los Angeles Times et qui peut déboucher sur des drames. Ces faits ont cependant à voir avec les mauvais rapports que les Etats-Unis entretiennent avec leur système éducatif. Latent depuis de nombreuses années ce conflit vient de s’aggraver par le constat d’une baisse « nationale » de la créativité.
La réaction de l’administration Obama est intéressante et, pour les européens, édifiante.

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TIC+E

Au départ c’est un tweet de François Guite :

Les TICE ont un problème de définition: plutôt que TIC pour l’éducation, il faudrait dire TIC *et* d’éducation.

En fait il faudrait probablement renoncer à ce genre d’appellation TICE, ou TIC+E, TIC*E, TICxE. Sinon on va droit vers TIC+ P pour Technologies de l’Information et de la Communication appliquées à la plomberie, ou V pour Vétérinaire, ou PSG Pour Soigner les Gens, voire WO pour Vendre des Voitures d’Occasion, etc…
Les TIC font maintenant partie intégrante de nos vies. Eric Schmidt, le PDG de Google, dit même que les ordinateurs fournissent de l’Humanité augmentée. Nos environnements sont TICé.
Ce qui (est) sera bientôt devenu extravagant c’est l’enseignement hors-TIC, une pratique qui mariera prise de risque et nostalgie.
A contrario, le charme de la nouveauté s’appellera : Enseignement Assisté par Ordinateur, Technologies Numériques Conçues pour l’Enseignement ou Système Expert Enseignant.

Service public vs Institution

Sur le site du CRAP, Pascal Bouchard s’inquiète : « L’école ne doit-elle plus être qu’un « service » ? » L’origine de cette inquiétude ? un sondage de l’IFOP réalisé au printemps dernier qui constate que les trois quarts des Français souhaitent que « l’État mette en place un système pour permettre à chaque famille de financer la scolarité de ses enfants, quel que soit l’établissement choisi ». Cette indignation se comprend, un tel sondage va contre des convictions généreuses et républicaines que je suis presque désolé de ne pas partager.

Pour l’auteur  Xavier Darcos serait  plus ou moins à l’origine de cette démission idéologique. C’est beaucoup de générosité, il y a d’autres causes à l’œuvre ici. L’idée est dans l’air du temps , c’est indéniable.

Ce que Pascal Bouchard reproche au choix des familles c’est qu’elles manquent de perspective. Cette orientation par le bas est à trop courte vue, les familles vont chercher des établissements qui satisfassent à deux exigences élémentaires, trop élémentaires :

  • que les enfants y soient heureux ;
  • qu’ils obtiennent les diplômes  dont on a besoin pour s’insérer dans la vie économique.

Honnêtement, je ne vois pas ce qu’il y a là de franchement répréhensible (à part, peut-être, une illusion sur le diplôme). Surtout que P. Bouchard risque un raccourci que je trouve un peu violent : pour que les enfants soient bien à l’école « Cela implique aussi que l’enfant y rencontre des camarades avec qui il soit à l’aise, donc qui lui ressemblent, même milieu social et, si possible, même couleur de peau ».

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Les réseaux sociaux représentent-ils une innovation de rupture ?

Les réseaux sociaux représentent-ils une innovation de rupture ?: « Une question qui revient sans cesse : les réseaux sociaux et nouveaux outils collaboratifs sont-ils des innovations incrémentales ou révolutionnaires ? L’épatant Serge Soudoplatoff (merci Jon Husband pour le lien !) a son idée et je vous invite à regarder cette présentation aux ERNEST de Normale Sup’. Soudoplatoff rejoint ici d’autres personnes qui ont profondément […]« 

Un très court billet de Cecil Dijoux qui propose une perspective sur les réseaux sociaux autrement plus positive que l’habituelle complainte alarmiste. Ce qui ne veut pas dire que tout soit pour le mieux dans le meilleur des mondes. Cela dit une prise en main dynamique est toujours plus porteuse qu’un refus buté. La vidéo de Serge Soudoplatoff est remarquable.

Pour l’instant Facebook et tweeter restent persona non grata dans les collèges et lycées…

J’aime bien la conclusion du billet :

« J’ai beaucoup de mal à voir dans la minimisation systématique des réseaux sociaux autre chose que du déni : la première étape de la phase du changement. »

Raisonnable utopie

Il en va ainsi sous le ciel de la blogosphère, la majorité des billets ne sont finalement que les échos d’autres billets qui eux-mêmes… Me voici donc à commenter le dernier éditorial de François Jarraud dans le Café pédagogique où il fait part de quelques réflexions sur la « 3e Journée du refus de l’échec scolaire” organisée par l’APEV ( APEV : Association de la Fondation Étudiante pour la Ville ).

J’aime beaucoup la lecture du Café pédagogique. C’est une publication remarquable, pleine d’informations intéressantes et utiles. Cela dit leur analyse des difficultés (crises ?) du système éducatif français sont si conventionnelles et attendues qu’on est parfois étonné d’être si peu surpris.

Ce qui irrite aujourd’hui François Jarraud c’est qu’à empiler critiques sur critiques du système éducatif français on apporte de l’eau au moulin de cette presse toute occupée à stigmatiser le corps enseignant. Bien sûr il est lucide sur les défauts de notre école :

Non que le constat de l’injustice soit erroné. L’école française, on le sait, est une des plus injustes socialement parmi les pays de l’OCDE, c’est-à-dire une de celle où la situation sociale des parents prédit le plus la réussite finale à l’école. L’analyse proposée par T. Sauvadet d’une école qui ne sait pas communiquer avec les « jeunes de la rue » et qui les y renvoie le plus rapidement possible, est bien établie. Tout comme la culture de la faute et du mépris, qui n’est pas pour rien dans la souffrance à l’école et qui est bien transmise de rapport d’inspection en annotation de livret trimestriel.

Mais voilà, arrive un moment où une borne est franchie et où l’on se retrouve à hurler avec les loups. Faut-il pour autant adopter le silence des agneaux ? Car le constat est lourd : l’école est injuste et, pour beaucoup d’élèves, elle est un lieu de souffrance. Ajoutons qu’elle est passablement inefficace et d’un coût extravagant. On lit ici et là que notre Éducation nationale a brillamment relevé le défi de la massification de l’enseignement. Certes, mais pratiquement tous les systèmes scolaires des pays riches l’on fait et certains, si l’on en croit les enquêtes internationales, mieux que nous. Et cet effort n’est pas allé sans peines, et de nouvelles adaptations sont déjà nécessaires… dont on sent qu’elles aussi seront douloureuses.

François Jarraud dénonce à juste titre les politiques conservatrices et, à l’occasion, rétrogrades,

Les exemples genevois, vaudois et québécois montrent comment les politiques peuvent surfer sur  la même inquiétude parentale pour bloquer les évolutions et ramener l’Ecole en arrière.

qui s’appuient sur cette compréhensible crainte de l’avenir que ressentent la plupart des gens. Les parents ne sachant où donner de la tête se réfugient dans l’école de leur jeunesse, souhaitant voir leurs enfants bénéficier de ce qui, rétrospectivement, leur semble avoir été un oasis de paix. Position d’autant plus compréhensible que personne ne peut vraiment dire de quoi l’avenir sera fait. Que certains médias surfent sur cette vague ne peut pas non plus surprendre.  Proposer des solutions acceptables par les Français est, (Ceux qui la stigmatisent, ceux qui proposent des solutions qui n’ont aucune chance d’être acceptées par les Français, tournent le dos au changement.) dans ce contexte, parfaitement impossible (sans compter que cet animal là – les Français – n’existe simplement pas) .

En quoi consistera alors cette voie étroite à laquelle vous nous conviez François Jarraud ? Proposer une critique modérée et constructive, position indéniablement raisonnable ? s’appuyer sur ce qui est réformable ? sur la formation des enseignants ?

Sauf que la raison ici nous montre bien que cette modération est frappée de myopie. La crise que nous traversons va aller s’amplifiant et jamais le système éducatif français ne trouvera un rythme qui lui permette de s’adapter aux mutations de l’espace socio-économique dans lequel il baigne. Ce n’est pas d’une critique consensuelle et réformatrice dont nous avons besoin, mais d’un réel effort d’imagination et de créativité . Et, dans le même temps, il nous faut montrer que les politiques éducatives conservatrices ne font qu’aggraver le problème jusqu’à l’absurde. C’est, là aussi, une voie difficile et exigeante.

Usages de TICE

André Tricot signe sur le site des cahiers pédagogiques un article qui ne pouvait que nous passionner à S2C. Une fois encore c’est l’efficacité des TICE (Technologies de l’information et de la communication pour l’enseignement) en tant qu’outils d’enseignement qui est interrogée :

L’argument est généralement le suivant : l’école est améliorable (ou doit être améliorée) ; or, on utilise très peu les TICE ; donc, si on utilisait plus les TICE, l’école deviendrait meilleure. On voit tout de suite qu’il manque un terme à cet argument : la preuve que si elles étaient utilisées, les Tice amélioreraient l’école. Autrement dit, la preuve de l’efficacité et de l’utilisabilité des TICE.

La question tend à devenir triviale. Les élèves utilisent constamment des TIC qui ne sont pas encore TICE et ce de manière parfaitement enthousiaste et empirique. Les enseignants s’en servent aussi, quoiqu’avec nettement plus de modération et souhaiteraient en raisonner et limiter l’usage et si besoin le prohiber. Tout cela crée une tension chez les adultes entre les partisans du tout et ceux du rien. L’un des intérêts de l’article d’André Tricot est de poser la question en fonction des catégories de TICE et en montrant que selon l’usage et le contexte elles sont plus ou moins efficaces.

La typologie des TICE est celle établie par d’Erica de Vries ( Les logiciels d’apprentissage : panoplie ou éventail ? – Revue Française de Pédagogie, 137, 105-116), texte cité en référence et que vous trouverez ici. Le cours de l’article montre que certains usages sont assez bien documentés et qu’il est donc possible de tirer quelques conclusions à propos de leur efficacité, tandis que pour d’autres les données issues d’expérimentations sont insuffisantes. On ne peut que souhaiter voir se multiplier les études in situ qui seules permettront d’avoir une meilleure compréhension du potentiel des TICE en éducation. Si la question vous paraît importante je ne peux que vous recommander la lecture de l’excellent article d’André Tricot.

Cependant en le lisant il m’a semblé que certains points pourraient être considérés dans une autre perspective.

La distinction entre TIC et TICE est-elle pertinente ? :

Au sens large, les TICE sont des technologies de la communication que l’on peut utiliser dans des situations d’enseignement, mais qui n’ont pas été conçues spécifiquement pour cela. En ce sens, les stylos, les cahiers, les livres, les bibliothèques font partie des TICE.

précise A. Tricot.

Mais existe-t-il des TICE “indigènes”? Il me semble que tous ces objets que nous utilisons en classe sont nés dans l’entreprise et on été adaptés ultérieurement à un usage scolaire. Souvent il en reste des traces. Le Tableau Blanc Interactif en est un bon exemple.

Il est donc possible, pensable (?), d’imaginer que les TICE de demain sont actuellement utilisées sous la forme de vulgaire TIC en d’autres lieux que l’école : dans les salles de réunions, les laboratoires, les espaces ludiques,… Et, pourquoi pas, entre les mains de nos élèves dans des endroits aussi éloignés de la salle de classe que la cour de récréation? Quel est le potentiel pédagogique des téléphones portables et des smartphones, que penser de Twitter, Facebook, Netvibes,…

Ces derniers objets surtout me posent un problème. Dans quelle mesure peut-on ici parler de technologies? Probablement autant que les micromondes ou les simulations. A moins, finalement, qu’ils ne soient trop centrés sur l’usager s’excluant par la-même d’une logique d’apprentissage centrée sur l’enseignant. Sincèrement il me semble qu’il y a là matière à réflexions.

Sugata Mitra: The child-driven education

Education is a self organising system, where learning is an emergent phenomenon…

J’avoue avoir regardé cette vidéo avec émotion. Beaucoup de valeurs en lesquels nous croyons dans ce blog trouvent ici confirmation et  illustration. L’enthousiasme de ces enfants qui découvrent et comprennent est plus que réconfortant. Pouvons-nous ensuite dire que ceci est exceptionnel et partir retrouver l’ennui quotidien de nos élèves ?

Cela dit il y a ici plus de questions que de réponses :

Jusqu’où l’apprentissage peut-il être considéré comme une propriété émergente ? Que se passe-t-il si aucun adulte ne pose de questions ?

Est-il question d’éducation ou de formation ? Quelle société ces enfants engendrent-ils dans leur pratique ? quels types de rapports sociaux ?

Comment s’opère la synthèse qui fait d’une information un savoir ? La mémorisation n’est pas suffisante, nous le savons. Alors comment les aider à faire cette mise en liens qui fait émerger une connaissance ? Un logiciel suffira-t-il ou un adulte ou une démarche induite ?

Ces questions ne sont pas le fruit d’une intense réflexion, elles sont venues comme cela juste après avoir vu cette video.

Avez-vous des réponses  ou d’autres questions qui pourraient stimuler nos réflexions mutuelles ?

Orienter avec des IRM

Ceux qui lisaient de la science-fiction dans les années 60 se souviennent sûrement que les méchants utilisaient contre les amis du héros une machine à lire dans les pensées grâce à laquelle ils pouvaient s’introduire dans le cerveau de leurs malheureuses victimes et en extraire pensées et souvenirs. La victime n’était ensuite plus guère en mesure de tenir une conversation.
Je n’ai pu m’empêcher d’y repenser en lisant « One minute with Richard Haier »  dans le numéro du 31 juillet dernier de la revue New Scientist (n° 2771).

L’imagerie cérébrale permet d’observer avec une finesse croissante le fonctionnement du cerveau. Certains savants, dont M. Haier, tentent de croiser cette observation avec les aptitudes et compétences qu’évaluent les  tests psychologiques. Un peu ce que l’on fait en observant que l’hippocampe du cerveau des chauffeurs de taxi londoniens est plus développé que celui du commun des mortels.
En inversant la démarche on arrive à l’idée que le relatif développement des diverses zones du cerveau d’un adolescent peut permettre d’identifier certaines de ses aptitudes et ainsi de lui proposer d’orienter ses études ultérieures vers tel ou tel secteur professionnel :
« notre travail n’en est encore qu’à ses débuts mais nous espérons qu’un de ces jours savoir quelque chose sur le cerveau d’une personne pourra être utile pour l’aider dans le choix d’une future carrière »
(Our work is at a very early stage, but we are hopeful that one day knowing somethng about a person’s brainmay be helpful for providing guidance on vocational choice).
La technique utilisée combine l’IRM et la morphométrie voxel à voxel ainsi que des tests psychologiques (intelligence, raisonnement et mémoires) et cognitifs et des entretiens. La perspective est donc de compléter l’analyse traditionnelle avec l’étude de l’encéphale. Evidemment l’idée de proposer une orientation à un adolescent à partir de l’observation de son cerveau laissera un peu perplexe. Le premier écueil est celui du déterminisme. Cerveau et environnement interagissent en permanence et se modifient mutuellement. Or parce qu’il s’agit ici d’une mesure et non d’une simple appréciation ne risque-t-on pas de figer la situation, quand la pratique d’un apprentissage adéquat pourrait la modifier. Dois-je renoncer à devenir ingénieur parce que mon cerveau ne semble pas manifester les aptitudes requises ? Ne puis-je espérer en travaillant assez réussir l’un ou l’autre des concours de recrutement? et, dans ce cas, le prix à payer sera-t-il une définitive médiocrité?
Comme je trouve cependant la démarche du professeur Haier intéressante je l’ai interrogé (par e-mail) pour lui demander son sentiment.

La réponse qu’il a eu la gentillesse de me faire parvenir est beaucoup plus nuancée que l’article de NewScientist. Je cite :  « L’imagerie cérébrale peut (c’est lui qui souligne), un jour, compléter les manières traditionnelles d’éduquer et d’orienter les élèves. Il reste à déterminer dans quelle mesure les informations obtenues par l’étude du cerveau permettent d’anticiper les résultats des tests et d’autres informations. Dans la mesure ou l’imagerie cérébrale fournit un instantané du cerveau à un moment donné et dans la mesure ou le cerveau jouit d’une certaine plasticité il reste à déterminer à quel moment une mesure doit être effectuée qui fournisse un résultat optimal ».
Le projet n’en est qu’à ses débuts et semble loin d’être un processus mécanique. Il n’est pas question d’envoyer un adolescent vers telle ou telle carrière à la suite d’un examen de son cerveau. Il n’est pas, non plus, question d’équiper les orientateurs d’appareil à électro-encéphalogrammes.

Il est pourtant une question qui se pose avec insistance depuis quelques années sans avoir encore trouvé de réponse satisfaisante, et des travaux comme ceux du professeur Haier montrent l’urgence croissante d’en trouver une. Les enseignants peuvent-ils continuer, dans leur pratique quotidienne, à ignorer l’évolution des connaissances scientifiques en matière d’apprentissage. D’abord en ce domaine, comme pour les technologies de l’information, l’évolution est d’une rapidité extrême et, là aussi, l’accélération est perceptible. Ensuite il est évident que si il y a là matière à enseigner avec plus d’efficacité et dans de meilleures conditions, il serait coupable de continuer à passer à côté. Enfin les approches des enseignants et des scientifiques sont complémentaires, il y a donc là matière à une coopération dont les élèves ne peuvent que bénéficier.
Ce qu’en pense Richard Haier :
« Il y a encore beaucoup à faire en matière de recherche en neurosciences avant qu’apparaissent des applications destinées à l’’enseignement. Cette recherche devrait être une collaboration entre chercheurs et enseignants. Plus les enseignants auront de connaissances en matières de neurosciences et de techniques de recherches, meilleure elle sera. Je souhaite que lors des réunions des organisations professionnelles  des ateliers soient proposés qui permettent au moins une prise de contact avec l’information neuro-scientifique. »
Si l’on souhaite un renouvellement des pratiques pédagogiques il est indispensable de tenir compte des neurosciences, autant sans aucun doute que de la psychologie, de la pédagogie ou des TICE. Il y a probablement matière à un l’émergence d’un paradigme unificateur pluridisciplinaire qui aborde la question de l’enseignement dans sa complexité. Unificateur ne signifiant pas ici monolithique.

Qu’en pensez-vous ?
Biographie :

Le Professeur Richard  J. Haier a obtenu son Ph. D. à l’Université John Hopkins (Maryland) et est actuellement professeur « emeritus » à l’école de médecine Irvine, Université de Californie. Un article lui est consacré dans la wikipedia où vous trouverez une courte biographie et une longue bibliographie.
Il me semble important de signaler qu’il a été cosignataire du document Mainstream Science on Intelligence. Cette tribune a est parue en 1994 dans le Wall Street Journal au moment de la sortie du livre « The Bell Curve ». Ceux qui ont suivi cette affaire se souviennent qu’après un succès initial de nombreuses critiques s’étaient élevés contre le livre l’accusant de nourrir l’argumentaire raciste. Comme souvent le débat socio-poltique avait rapidement étouffé la question de la qualité scientifique de l’ouvrage. Mainstream Science on Intelligence voulait revenir  sur cet aspect en faisant le point sur les connaissances en la matière à l’époque.

Comme on l’a vu ci-dessus les recherches de R. Haier vont dans le sens d’une corrélation entre l’activité corticale et les résultats aux tests d’intelligence. Une analyse du fonctionnement du cerveau pourrait, selon lui, permettre de mettre en évidence les atouts et les difficultés de chacun afin d’utiliser des stratégies éducatives plus appropriées.

Bibliographie :

One Minute with Richard Haier
NewScientist
31 juillet 2010, n° 2771, p.25

Richard J. Haier:

Reading Young Minds to Unlock Their Possibilities
Matters Preschool
Publication du National Institute for Education (Etats-Unis)
Novembre-Décembre 2008

Texte original en anglais

du courrier reçu du Professeur Haier :
« Neuroimaging MAY someday supplement traditional ways of making educational and vocational decisions. It remains to be determined whether brain data adds any predictive value to test scores and other information. Since neuroimaging provides a snapshot of the brain at one point in time, and since the brain is plastic, the optimal time for a useful image remains to be determined. Much research is needed before any neuroscience information is applied to teaching. This research should be a collaboration between neuroscientists and teachers.The more basic neuroscience and research design information teachers have, the better the collaboration will be.I hope teacher organization meetings include workshops to at least expose teachers to neuroscience information, but care must be taken not to depend on « guru » » who claim (and sell) « neuro» systems with great (but unproven) results. It would be best to have independent scientists explain research issues and discuss them with teachers.

(Ma traduction laisse sûrement à désirer, n’hésitez pas à proposer des améliorations).

Où, qui, quoi, comment, etc.

Les TIC en général et Internet en particulier modifient nos façons de vivre, de travailler, de penser et même de manger. Nous ne voyons plus, d’entre-elles, que les plus récentes ou les moins discrètes. Nos élèves, eux, ne les voient plus. Plus exactement elles font partie de leur environnement depuis toujours. C’est même le concept d’innovation technologique qui est complètement intégré à leur vie. Un peu comme si, quand le téléphone est apparu sur le mur de leur salon, vos arrières-grands-parents s’étaient exclamé : « c’est pratique, mais vivement la version numérique ».

Du point de vue de l’enseignement  le potentiel de ces technologies est considérable. La question de savoir si Internet va révolutionner l’école est déjà datée, cette révolution est commencée mais c’est, pour le moment, plus du côté élève que cela se voit. Qu’en est-il du côté des enseignants?

À dire vrai les enseignants sont interpelés de tous côtés. Les élèves, les parents et l’institution expriment des volontés parfois contradictoires mais qui pour l’ensemble demandent plus de TIC, plus d’ordinateurs, plus de…. Certains professeurs, et depuis longtemps, utilisent ces outils dans leur classe et réussissent à accrocher l’attention et la participation des élèves par ce biais. Mais tous les enseignants ne sont pas sur ce terrain. Beaucoup sont réticents, certains franchement réfractaires. Cependant la plupart introduit une dose d’informatique parce que, finalement, c’est assez pratique.

Il faut bien admettre que le corps enseignant est mal préparé à cette évolution. Quand l’accélération de l’innovation technologique est devenue chose banale pour leurs élèves, elle est pour eux encore problématique. Ni les concours de recrutement, ni la formation continue ne sont allés dans ce sens, et que dire de ceux qui ont été recrutés à une époque ou la micro-informatique était balbutiante et internet inexistant.

Lors de l’arrivée (pas si ancienne) de la vidéo et de l’informatique dans les écoles les questions étaient : quand et comment les enseignants vont-ils adopter ces nouvelles technologies ? Quelle sera la politique de formation et d’incitation à adopter ? Qui s’en chargera ? Questions auxquelles l’administration et le gouvernement ajoutaient : « Et combien cela va-t-il coûter ? ». Cela dit les réponses données furent-elles insuffisantes ? les enseignants trop réticents ? les structures trop conservatrices ? le résultat a bien été un ratage historique.

Ces mêmes questions se posent aujourd’hui à propos d’internet en particulier et des TIC en général et le soupçon commence à poindre que l’issue sera la même.

D’une part, cette partie des professeurs qui s’est engagée dans l’utilisation des technologies de l’information et de la communication à l’école reste singulièrement minoritaire ; ensuite cet engagement technologique ne s’assortit pas toujours d’une remise en cause des méthodes pédagogiques ; enfin, l’accélération continue des changements sociaux et technologiques est de plus en plus difficile à absorber par des institutions dont la structure et le fonctionnement sont adaptés à des périodes plus stables.

C’est ainsi que le fossé entre l’enseignement et son public se creuse, que le différentiel entre les buts poursuivis par l’institution scolaire et les attentes sociales et économiques croit de plus en plus rapidement. Les questions ne sont alors plus les mêmes à « qui, quand et combien ? » succèdent : « quand et comment va-t-on fermer la boutique et que va-t-on mettre à la place ? »