Des livres à la maison

Une étude récente (résumé ici en français) montre que la présence de livre dans une famille est un excellent indicateur permettant d’anticiper la future carrière universitaire d’un enfant. On s’en doutait depuis longtemps, cependant cette confirmation présente un aspect inattendu, car elle montre que sa pertinence est plus forte que, par exemple, le milieu social ou le niveau d’étude des parents.

L’étude a duré 20 ans, considéré les réponses de plus de 70 000 personnes dans 27 pays différents. Or la conclusion est la même quel que soit le pays même s’il existe des différences sensibles. Ainsi avoir été élevé dans une maison où il y a plus de 500 livres augmente la durée potentielle des études de 2,4 année pour un jeune américain et de 6,6 années pour son homologue chinois.

Il est aussi intéressant de constater que moins le niveau d’étude des parents est élevé plus l’efficacité de la présence des livres est importante.

L’étude est évasive sur l’explicitation des mécanismes à l’oeuvre, elle se contente de mettre en évidence le fait, ce qui est déjà un point important. Je fais ici, en amateur, quelques propositions que, je l’espère, vous viendrez augmenter et commenter :

  • Le livre est  une nourriture disponible pour satisfaire la curiosité des enfants? ou mieux encore un hors d’oeuvre qui les met en appétit ?
  • Les parents sont impatients, disposent souvent de peu de temps et ont des attentes affectives. Leur rejeton doit comprendre vite et bien et ne pas étirer indéfiniment la litanie des questions. Le livre est plus patient et moins exigeant.
  • La lecture est une activité intellectuelle qui stimule et entretient l’intelligence ?
  • Le livre est un objet porteur de sens, un environnement riche en livres stimulerait le désir d’apprendre au niveau symbolique ?  C’est un peu tiré par les cheveux mais ça fera plaisir aux bibliothécaires….

Cette étude a suscité de nombreux commentaires dont la plupart s’attache légitimement à l’aspect social de la question. Offrir aux familles démunies un lot d’ouvrages adaptés peut se révéler un atout important dans la lutte contre l’échec scolaire. D’autant qu’il semble qu’un effet positif est constaté dès qu’une vingtaine de livres vient s’installer au foyer. En même temps il est clair que le livre porte une charge sociale importante. Assimilé aux catégories économiquement favorisées et aux “intellectuels” son acclimatation dans un milieu différent et parfois hostile demande une préparation.

Il reste un aspect qui me semble, lui aussi, intéressant. L’étude a été faite en partant de réponses données par des adultes à partir de ce qu’ils ont vécu vers l’âge de 14 ans. Dans le contexte actuel on peut se demander si la date de péremption n’est pas dépassée. La réponse sera-t-elle la même quand la « génération numérique » sera adulte ?

Ma question ne porte pas sur le support. Que le livre soit sous une forme ou une autre ne me semble pas, en l’occurrence, fondamental. Que l’information soit portée par du papier ou par un écran importe finalement peu, c’est la forme sous laquelle elle est présenté qui me paraît essentielle. Je ne suis d’ailleurs pas le seul à me poser la question.

Le livre est respecté car il est porteur de connaissance, de savoir. C’est une autorité dont on n’apprend que tardivement à contester les affirmations. L’auteur ou le groupe d’auteur est reconnu et sa compétence admise. Bibliographies, lectures choisies, bibliothèques équipées avec soin et discernement proposent des ouvrages dont la fiabilité ne fait pas question. Totalité achevée le livre ne s’élabore pas avec le lecteur. Dans le cas d’un récit c’est l’histoire que le lecteur contribue à bâtir à partir du texte fourni par l’auteur. Dans une monographie ou un essai le texte fait autorité et le lecteur ne participera que par sa propre édition faite de notes en marge, de surlignements, de points d’exclamation et autres manifestations d’humeur dont le livre que avez entre les mains se soucie comme de colin-tampon et qui resteront entre vous et vous. Le discours du livre est magistral, doctoral, j’allais dire professoral mais l’immense majorité des enseignants est plus interactive qu’un livre…

Les adolescents du 21e siècle utilisent moins les livres que leurs prédécesseurs. Le livre est statique, pas assez ludique, peu attrayant, d’une manipulation trop complexe, a priori considéré comme ennuyeux (même si l’expérience finit par montrer le contraire), marqué du stigmate TMI (too much informations) et surtout trop absorbant. Pas possible de lire un livre en maniant la souris de la main droite et en tenant le téléphone de la gauche. Pas vraiment multitâches, quoi.

C’est tout autre chose avec le web. D’une part celui-ci offre une information facile à circonscrire grâce au moteur de recherche, limitée, (apparemment) mieux adaptée et facilement utilisable grâce au copier-coller. De plus, et c’est l’élément fondamental, le web 2.0 propose une conception différente du savoir, flux d’informations à organiser, à modifier, à partager.   Internet c’est dynamique, attrayant, amusant, interactif et en plus on peut copier-coller la Wikipedia en faisant une réussite et en téléphonant à sa copine. Le contraire, donc, d’un cours.

Pourtant je ne crois pas probable que le nombre d’iPad, de notebooks ou d’ordinateurs à la maison se révèle un jour un bon indicateur d’une future

réussite scolaire.  Ce ne sont finalement que des contenants, des étagères sur lesquels on peut certes  trouver des livres, des informations aptes à satisfaire la curiosité mais aussi beaucoup d’autres choses. Ce qui demeure, c’est la curiosité des enfants et des adolescents et Internet est tout à fait apte à la satisfaire.
Si l’enseignement ne change pas les lecteurs de livres resteront certes les meilleurs élèves mais leur nombre risque d’aller s’amenuisant. Les autres élèves continueront de s’éloigner de l’école et parmi eux les éléments les plus novateurs, les plus créatifs. Si elle veut retrouver sa légitimité et son efficacité elle doit s’inspirer du Web.  Inonder les établissements scolaires d’écrans n’est évidemment pas la bonne réponse c’est plus la pédagogie et les contenus qui sont au coeur de la question.


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