The feet in the plate !

Il aurait pu être Perse, il est Anglais. Il a le mérite, ou le démérite, le bon goût ou le mauvais, selon les inclinations de chacun, de ne pas être français. Ce qui l’autorise à, ou lui rend possible, tout simplement, la critique, dégagée de toute forme de concession, de complaisance, ou de culpabilité à l’égard d’un système dont il se sait étranger, distant. Voilà son crime, le bougre.

Il s’appelle Peter Gumble, est grand reporter, père de deux filles, et vit en France où sa progéniture a dû subir la scolarité indigène, ce qui a produit des effets qui l’ont quelque peu contrarié et terni à jamais l’image qu’il se faisait du système éducatif français, de son prestige et de son efficacité, tel qu’il est traditionnellement perçu outre manche. D’où un livre, On achève bien les écoliers, en forme de ballon dans le carreau de la fenêtre de la classe France. Et plein de bris de verre partout : dans la presse française,  comme anglaise, à l’occasion de cette rentrée dont on ne sait si elle provoquera l’enthousiasme de mise.

Tout y est dans ce livre semble-t-il (car je m’en tiens à ce qui en est dit dans la presse). Aussi vache qu’on peut l’être quand on se sent trompé sur la marchandise, comme un amant déçu qui prend plaisir à dégrader l’objet de feu sa passion, Gumble tire à vue. Et le fait est que, pour  radical et incisif que soit le propos, il fait mouche ! Donc mal, car tout y passe : le corset indépassable de la culture de la salle de classe ; la machine à inhiber d’une éducation qui fait fi de la confiance en soi, du plaisir, comme du bien être des élèves, encore plus de leur personnalité, au profit de la seule transmission du savoir ; la culture de l’évaluation pensée comme une sélection, élitiste par nature dans des établissements élitaires, toute entière axée sur les disciplines nobles donc classiques, au détriment  du sport, de l’art, et de toute forme de créativité ; l’absence de formation des nouveaux professeurs dans un environnement qui fait du métier d’enseigner une inconnue, de la pédagogie un non-sens, quand il s’agit prétendument juste de savoir, et non de former ; etc., etc.

La liste est longue, et négative. Au point d’ailleurs, qu’on pourrait reprocher à l’auteur de ne pas appliquer à lui-même les remèdes qu’il invoque en creux pour guérir le système éducatif français : la nuance pour l’évaluateur qu’il est, et qui doit savoir son jugement forcément partial, et le besoin d’accorder à celui qu’on évalue le droit à l’erreur conjuguée à sa confiance dans le fait de le voir remédier à ses fautes. Mais est-ce bien là la question ? Gumble ne fait sans doute pas dans la dentelle, car son livre est un coup de gueule,  un cri d’indignation, destiné à ouvrir le débat et éveiller les consciences. Il semble y être parvenu !

Inutile donc de vous dire que nous vous invitons plus que chaudement à lire cet ouvrage, ce que nous ferons nous-mêmes, tant il fait manifestement écho à nombre de propos que nous avons tenu et tenons sur Solution de Continuité (mais cherchez par vous-mêmes).

Inutile de vous dire aussi, qu’à l’heure où la rentrée s’annonce si difficile en France pour nombre de jeunes enseignants, totalement livrés à eux-mêmes, au même titre que les élèves qui leur feront face, forcément face, ce livre est un bruit qui vient s’ajouter aux autres, assourdissants, autour d’une école française évoluant en pleine cacophonie, et qui semble non seulement ne pas se donner les moyens de réagir, mais semble même le plus souvent ne pas voir où est le problème.

Gageons que les mots de soutien du ministre de l’éducation nationale Luc Chatel aux quelques 16 000 nouveaux professeurs stagiaires qui ont réussi le concours en 2010 et qui vont devoir enseigner à temps plein sans n’avoir jamais été confrontés à une salle de classe, ne devraient pas être suffisant pour les rassurer, et nous non plus. Pas plus d’ailleurs que les étudiants qu’on a prévu pour les remplacer lors de leur absence durant leurs stages de formation… Et donc le Ministre de se dire   » très surpris que l’on s’inquiète pour les stagiaires. Quand vous allez à l’hôpital, vous appelez bien docteur un étudiant en médecine ». Et ainsi est évacué séance tenante, sous nos yeux ébahis, tout besoin d’initiation à la pédagogie, aux techniques de l’enseignement, pour faire d’un professeur un professeur, fut-il débutant. Car les spécialistes disciplinaires en herbe que sont les étudiants de l’Université, ne sont en aucune façon des apprentis professeurs. Peut-on donc raisonnablement s’attendre à les voir venir à bout du métier d’enseigner à force d’équations, de citations et de dates, sans aucun préjudice pour eux comme pour leurs élèves ? Qu’on ne s’étonne pas après, qu’il y ait comme un malentendu entre le ministre et le journaliste britannique, assez naïf pour croire que pour avoir de bonnes écoles il faut de bons professeurs, formés à leur métier, à enseigner donc ! Je crains que la perfide Albion n’ait pas fini de nous persifler !

Mais à dire le vrai, j’inviterais bien pour un complément d’information notre pertinent journaliste dans une école européenne, où les sections linguistiques ont conservé bien de leurs travers nationaux, pour constater de visu les divergences profondes qui existent en matière d’enseignement en Europe, et les effets induits de ces divergences sur les élèves et leur scolarité, voire plus. Un sujet qui devrait le fasciner, et sur lequel nous reviendrons sûrement quant à nous !

5 réflexions sur “The feet in the plate !

  1. Tremeur, un grand merci pour votre réaction sympa à mon livre. Vous le décrivez comme « un petit ballon dans le carreau de la fenêtre de la classe France, » et en effet j’espère contribuer d’une façon originale à cet éternel débat national sur l’éducation en y injectant la notion du « bonheur » à l’école. Une notion qui manque cruellement dans ce pays. Ceci dit, vous me reprochez (gentiment) d’être même trop sévère et dévalorisant dans mes propos. Sachez que je ne voulais absolumment pas tomber moi-même dans ce piège de la negativité impitoyable que je constate dans les salles de classes françaises. Donc mes derniers chapitres sont consacrés à quelques réformateurs que j’avais croisé pendant mes cherches, et surtout je donne des pistes constructives à suivre pour s’en sortir de « cette culture de la nullité. » Merci encore pour votre intérêt.
    Peter Gumbel

  2. Cher Peter,

    Ravi de voir que nous avons su attirer votre attention. Nous avons en effet apprécié le sens général de votre livre qui rappelle ce qui selon nous est de l’ordre de l’évidence (et de l’urgence), et qui est régulièrement pointé du doigt par observateurs et chercheurs. Cela dit ces derniers se font encore trop peu entendre. Le mérite de votre livre est précisément de donner de l’écho au constat. Voilà pourquoi je parlais de ballon (pas petit !) dans une fenêtre, et des éclats subséquents sur la scène éducative.
    Mon billet était très spontané et faisait suite aux articles parus dans la presse évoquant votre ouvrage, que je ne n’ai donc pas encore lu, je n’en ai fait aucun mystère. Je me réjouis de voir que vous évoquez des pistes, des solutions. C’est ce qui nous intéresse nous aussi, comme vous pourrez le constater en lisant nos billets. Nous sommes tout a fait persuadés que le système éducatif français est par trop préoccupé par la transmission du savoir, patrimonial, au détriment bien souvent de la promotion de l’intelligence, de l’autonomie de l’élève, de sa créativité, de son bien être, et qu’il y a donc matière à une réforme fondamentale de l’enseignement. Nous parlons quant à nous de changement de paradigme, ce que vous pourrez lire dans le « à propos » de ce blog, ou encore ici : http://tinyurl.com/2v3cz3p
    Comme vous le signalez, les notions de bonheur, de bien-être plutôt, et de plaisir, sont en effet quelque peu boudées, voire déconsidérées, dans nombre de systèmes éducatifs, et en particulier dans celui de la France. Voilà pourquoi nous pensons qu’il faudrait songer à introduire de l’empathie dans le système, pour introduire du plaisir ou encore du jeu. Vous trouverez des éléments de réflexion ici : http://tinyurl.com/3ynv6oo ou encore là : http://tinyurl.com/38fjf75
    Nous sommes donc convaincus qu’est nécessaire et urgent une vaste réforme de l’éducation s’inspirant des découvertes en neurosciences, employant les TICE aux fins d’un réel changement de pratique pédagogique, n’hésitant pas à aller au delà des habitudes et certitudes héritées du passé, en dépassant pourquoi pas le cadre devenu trop étroit et inadapté de l’école telle qu’elle fut pensée à l’ère industrielle (lui reconnaissant certes son utilité passée, mais tout autant son caractère désormais anachronique).

    J’espère que vous contribuerez à notre réflexion en intervenant sur notre blog.

    Au plaisir de vous lire

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