Raisonnable utopie

Il en va ainsi sous le ciel de la blogosphère, la majorité des billets ne sont finalement que les échos d’autres billets qui eux-mêmes… Me voici donc à commenter le dernier éditorial de François Jarraud dans le Café pédagogique où il fait part de quelques réflexions sur la « 3e Journée du refus de l’échec scolaire” organisée par l’APEV ( APEV : Association de la Fondation Étudiante pour la Ville ).

J’aime beaucoup la lecture du Café pédagogique. C’est une publication remarquable, pleine d’informations intéressantes et utiles. Cela dit leur analyse des difficultés (crises ?) du système éducatif français sont si conventionnelles et attendues qu’on est parfois étonné d’être si peu surpris.

Ce qui irrite aujourd’hui François Jarraud c’est qu’à empiler critiques sur critiques du système éducatif français on apporte de l’eau au moulin de cette presse toute occupée à stigmatiser le corps enseignant. Bien sûr il est lucide sur les défauts de notre école :

Non que le constat de l’injustice soit erroné. L’école française, on le sait, est une des plus injustes socialement parmi les pays de l’OCDE, c’est-à-dire une de celle où la situation sociale des parents prédit le plus la réussite finale à l’école. L’analyse proposée par T. Sauvadet d’une école qui ne sait pas communiquer avec les « jeunes de la rue » et qui les y renvoie le plus rapidement possible, est bien établie. Tout comme la culture de la faute et du mépris, qui n’est pas pour rien dans la souffrance à l’école et qui est bien transmise de rapport d’inspection en annotation de livret trimestriel.

Mais voilà, arrive un moment où une borne est franchie et où l’on se retrouve à hurler avec les loups. Faut-il pour autant adopter le silence des agneaux ? Car le constat est lourd : l’école est injuste et, pour beaucoup d’élèves, elle est un lieu de souffrance. Ajoutons qu’elle est passablement inefficace et d’un coût extravagant. On lit ici et là que notre Éducation nationale a brillamment relevé le défi de la massification de l’enseignement. Certes, mais pratiquement tous les systèmes scolaires des pays riches l’on fait et certains, si l’on en croit les enquêtes internationales, mieux que nous. Et cet effort n’est pas allé sans peines, et de nouvelles adaptations sont déjà nécessaires… dont on sent qu’elles aussi seront douloureuses.

François Jarraud dénonce à juste titre les politiques conservatrices et, à l’occasion, rétrogrades,

Les exemples genevois, vaudois et québécois montrent comment les politiques peuvent surfer sur  la même inquiétude parentale pour bloquer les évolutions et ramener l’Ecole en arrière.

qui s’appuient sur cette compréhensible crainte de l’avenir que ressentent la plupart des gens. Les parents ne sachant où donner de la tête se réfugient dans l’école de leur jeunesse, souhaitant voir leurs enfants bénéficier de ce qui, rétrospectivement, leur semble avoir été un oasis de paix. Position d’autant plus compréhensible que personne ne peut vraiment dire de quoi l’avenir sera fait. Que certains médias surfent sur cette vague ne peut pas non plus surprendre.  Proposer des solutions acceptables par les Français est, (Ceux qui la stigmatisent, ceux qui proposent des solutions qui n’ont aucune chance d’être acceptées par les Français, tournent le dos au changement.) dans ce contexte, parfaitement impossible (sans compter que cet animal là – les Français – n’existe simplement pas) .

En quoi consistera alors cette voie étroite à laquelle vous nous conviez François Jarraud ? Proposer une critique modérée et constructive, position indéniablement raisonnable ? s’appuyer sur ce qui est réformable ? sur la formation des enseignants ?

Sauf que la raison ici nous montre bien que cette modération est frappée de myopie. La crise que nous traversons va aller s’amplifiant et jamais le système éducatif français ne trouvera un rythme qui lui permette de s’adapter aux mutations de l’espace socio-économique dans lequel il baigne. Ce n’est pas d’une critique consensuelle et réformatrice dont nous avons besoin, mais d’un réel effort d’imagination et de créativité . Et, dans le même temps, il nous faut montrer que les politiques éducatives conservatrices ne font qu’aggraver le problème jusqu’à l’absurde. C’est, là aussi, une voie difficile et exigeante.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s