Service public vs Institution

Sur le site du CRAP, Pascal Bouchard s’inquiète : « L’école ne doit-elle plus être qu’un « service » ? » L’origine de cette inquiétude ? un sondage de l’IFOP réalisé au printemps dernier qui constate que les trois quarts des Français souhaitent que « l’État mette en place un système pour permettre à chaque famille de financer la scolarité de ses enfants, quel que soit l’établissement choisi ». Cette indignation se comprend, un tel sondage va contre des convictions généreuses et républicaines que je suis presque désolé de ne pas partager.

Pour l’auteur  Xavier Darcos serait  plus ou moins à l’origine de cette démission idéologique. C’est beaucoup de générosité, il y a d’autres causes à l’œuvre ici. L’idée est dans l’air du temps , c’est indéniable.

Ce que Pascal Bouchard reproche au choix des familles c’est qu’elles manquent de perspective. Cette orientation par le bas est à trop courte vue, les familles vont chercher des établissements qui satisfassent à deux exigences élémentaires, trop élémentaires :

  • que les enfants y soient heureux ;
  • qu’ils obtiennent les diplômes  dont on a besoin pour s’insérer dans la vie économique.

Honnêtement, je ne vois pas ce qu’il y a là de franchement répréhensible (à part, peut-être, une illusion sur le diplôme). Surtout que P. Bouchard risque un raccourci que je trouve un peu violent : pour que les enfants soient bien à l’école « Cela implique aussi que l’enfant y rencontre des camarades avec qui il soit à l’aise, donc qui lui ressemblent, même milieu social et, si possible, même couleur de peau ».

Le compte n’y serait pas car « l’école est une institution de la République… » et (plus loin) « elle n’a pas de comptes à rendre à la société puisqu’elle est à l’origine de la cité… » Un premier point me semble discutable, l’école n’est à l’origine de rien du tout. Elle est, au pire, le moyen par lequel une société tente de se reproduire en transmettant des valeurs et un héritage à la fraction la plus jeune de sa population, au mieux un outil dont elle (la société) se sert pour préparer l’avenir et donc sa survie.

Au cœur du débat il y a donc cette opposition entre service et institution. Car l’école a beau appartenir au Service Public – dont nous réapprenons, à chaque fois qu’il est menacé, qu’il est « au service du public » – elle ne relève pas de cette catégorie. Indépendante de l’opinion de la population, non contrainte par le mécanisme démocratique, reposant sur des textes fondateurs rédigés pour l’éternité, l’école est une institution, comme l’État et l’Église. Son but : former des individus plus créatifs, plus autonomes et plus solidaires. Depuis le temps qu’elle œuvre dans ce sens je trouve que les résultats tardent à se faire connaître. Comme dit François Dubet

On attend de l’école beaucoup plus que ce qu’elle peut tenir : de la justice sociale, de l’intégration nationale, du progrès économique, de l’épanouissement individuel… Ca fait beaucoup pour une seule institution. Si on en attendait moins, ce serait peut-être mieux pour l’école et pour les élèves.

Laisser les parents choisir librement leur école peut avoir des conséquences largement positives. Supposons que l’Éducation nationale relâche son monopole et que des écoles différentes puissent s’ouvrir. Dans le contexte actuel je crois que nous aurions une explosion buissonnante de propositions, parmi lesquels certaines concrétiseraient des solutions d’avenir qui ne peuvent que rester dormantes dans système aussi centralisé. Je connais des gens qui  ont déjà des idées assez précises en la matière.

Il est certain que dans une société en repli comme la nôtre les institutions les plus conservatrices auront du succès dans un premier temps. Mais tout les parents n’adhèrent pas à ce modèle et la mise en concurrence ne favorisera pas, à terme, les établissements qui n’offriront qu’une formation inadaptée au cours du monde. Bien au contraire certaines écoles ou certaines institutions pratiquant le e-learning proposeront des solutions d’avenir qui attireront rapidement une certaine catégorie de familles.

Penser qu’une telle solution consisterait à jeter à la rue la totalité du corps enseignant actuellement en place me paraît fortement sous-estimer ses capacités novatrices, sa créativité et la richesse de son expérience. Combien d’enseignants rêvent d’une école différente qu’il pourrait ainsi contribuer à créer ? L’occasion de voir naître une économie de la formation certes moins impressionnante et respectable mais, ô combien, plus vivante.


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