Repenser l’école

Vu sur le blog d’André Giordan un billet qui ne pouvait que nous intéresser : « Comment repenser l’école ? » . Ce qui suppose hardiment que la question “Faut-il repenser l’école ?” a déjà reçu une réponse positive. Pour nous, nous en sommes convaincus mais cette conviction semble n’être pas encore universellement partagée… Cela étant dit j’adhère entièrement aux propos tenus dans ce billet. Depuis l’ampleur des défis qui nous sont posés :

Notre société est face à une série de défis -voire de périls- qu’elle doit tenter de surmonter au plus tôt et où l’école a son rôle à jouer

jusqu’au nécessaire changement d’attitude des enseignants face aux savoirs et à leur diffusion, en passant par le décalage entre ce qui est enseigné et ce dont un adolescent a besoin aujourd’hui :
« Neuf dixièmes des connaissances que les élèves auront à maîtriser au cours de leur vie n’ont pas encore été produites. Leur importance est devenue telle qu’il est hors de question de pouvoir apprendre une telle masse de savoirs. Le temps scolaire ne pouvant suivre cette évolution exponentielle, des choix drastiques sur les contenus actuels sont à faire. La priorité est donc d’apprendre aux élèves à gérer ces connaissances par eux-mêmes. Ce turn-over de données demande des individus constamment à l’affût. L’élève doit acquérir des méthodes pour accéder aux informations, les trier, les mobiliser à bon escient ou encore pour évaluer leur pertinence et leur plausibilité par rapport aux problèmes à traiter ».


Mais, arrivé au cœur de la question, la conclusion du billet d’André Giordan me laisse un peu sur ma faim. Qu’il faille plus d’autonomie dans l’acquisition des savoirs sans que, pour autant, la figure du professeur doive s’effacer me semble une réponse modeste et ouverte à de nombreuses interprétations. Personnellement j’aurais aimé quelques propositions plus ambitieuses. S2C n’ayant pas la couverture médiatique d’André Giordan nous avons aussi la possibilité de tenir des propos qui paraîtront sans doute excessifs aux gens sérieux. Osons donc….
Je ne reviens pas sur la longue énumération des problèmes et des défis auxquels nous sommes confrontés, elle n’est que trop juste et, hélas, partielle. Nous vivons une époque délicate, ce que chacun, consciemment ou non, ressent. Pour l’historien britannique Arnold Toynbee les civilisations sont régulièrement confrontées à des défis et ne doivent leur survie qu’à leur capacité à les surmonter (l’Histoire, Payot, 1996) :

Au cours de son existence, une société affronte une succession de problèmes que chaque membre doit résoudre par lui-même du mieux qu’il peut. L’énoncé de chacun de ces problèmes prend la forme d’un défi qu’il faut subir comme une épreuve.

Son analyse est centrée sur le rôle des individus et la question vient forcément à l’esprit : comment l’école peut-elle préparer ceux qui sont aujourd’hui nos élèves et seront demain des adultes actifs à surmonter ces défis ?
Le nombre , la qualité et la complexité des difficultés sont  d’une importance jamais vue dans l’histoire de l’humanité. Il en va de même pour le rythme des changements économiques, technologiques et sociaux. Lui aussi est proprement inouï. Illustrons cela avec un exemple simple et d’actualité : Facebook. Le site d’abord très limité dans ses ambitions démarre en février 2004, après quelques mois où il reste confiné dans les universités américaines il devient l’un des plus populaires d’internet. Aujourd’hui il affiche plus de 500 millions d’adhérents, soit un accroissement annuel moyen de près de 100 millions d’individus. Aucun phénomène humain dans notre histoire n’a connu un développement comparable en vitesse ou en volume. Ce que Facebook illustre dans le domaine des relations sociales vaut aussi pour les technologies nouvelles ou les connaissances scientifiques. Il n’y a pas de précédent historique sur lequel nous puissions nous appuyer pour comprendre le mécanisme et la signification des évènements.
Dans ce contexte un rôle nouveau se dessine pour l’école. L’enseignement vise à former les individus conformément aux besoins de l’économie et en accord avec les normes sociales. Quand le futur ressemblait plus ou moins au passé la transmission restait la tâche essentielle. A certaines époques l’écart entre l’enseignement et le contexte socio-économique devenait tel que le pouvoir politique entreprenait une refondation en profondeur du système éducatif. Ce que la France, par exemple, a connu avec Napoleon ou la mise en place du collège unique. C’est bien ce à quoi André Giordan nous invite aujourd’hui.
Quelles qualités et connaissances devront posséder nos enfants et petits-enfants pour affronter l’avenir ? Ils ne seront plus ces ouvriers qu’alphabétisaient les hussards noirs de la IIIe République, ils ne seront pas non plus cette classe moyenne de producteur/consommateur que formait l’école des années 60-70. Leur activité sociale et économique passera vraisemblablement par le réseau et c’est par leur nombre et les interactions qui se multiplieront entre eux qu’ils joueront un rôle
Ils devront être capables d’augmenter par eux-mêmes leur capital de savoir. Internet est l’outil et le lieu, il reste à leur enseigner la méthode. Il est clair aussi qu’une quantité minimum de connaissances sera nécessaire. Il n’est pas encore temps de se pencher sur la question et ce blog ne peut être le lieu d’un tel travail. Je propose cependant de regarder ce qu’en dit Edgar Morin. Plus encore que le contenu de connaissances indispensables on voit bien que c’est la façon de penser elle-même qui est en jeu. Citons (encore une fois) Albert Einstein :

Aucun problème ne peut être résolu en partant du même niveau de conscience que celui qui l’a engendré


(No problem can be solved from the same level of consciousness that created it.).
Les compétences à stimuler seront donc, au premier chef, imagination, créativité bien sûr, mais aussi pensée complexe, capacité à créer des liens et à explorer des sciences diagonales telles que les pensait Roger Caillois.

A mon sens le but nouveau de l’enseignement, but avoué, admis et cultivé, doit être de former des citoyens aptes à participer à l’intelligence collective, nouvelle ressource économique. C’est sur des fondements comme ceux-ci que nous pouvons commencer à repenser l’École et se contenter de former différemment les enseignants ne sauraient suffire. Les systèmes éducatifs traditionnels sont-ils capables d’une réforme aussi radicale ? Les décideurs politiques ont-ils assez d’ambition pour un tel projet ? Il ne saurait être non plus question, dans un même mouvement, de jeter l’eau, le bébé et la baignoire. Cependant il va falloir se poser sérieusement la question des buts et des fondements de la formation. Il faudra vraisemblablement aller aussi loin si l’on veut repenser l’école.

Une réflexion sur “Repenser l’école

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