Appréciations diverses

Les discours sur le système éducatif français sont souvent contradictoires. Le dernier hors-série d’Alternatives économiques permet de prendre connaissance de certaines données statistiques qui éclairent le débat. À les lire ce qui frappe surtout c’est le caractère inégalitaire et la relative inefficacité de l’éducation en France.

L’hebdomadaire “Le Point” dans son édition du 7 octobre p.37 présente un extrait du livre de Mme Yade : Lettre à la jeunesse ( Grasset). La première phrase du passage cité retient votre attention : “Contrairement aux vains débats de ces dernières années, ni la question des moyens (nous dépensons plus que nos voisins pour l’Education nationale), ni la qualité de nos enseignants (qui sont bons), ni le nombre d’élèves par classe (pas plus élevé en France que chez nos voisins) n’explique la gabegie : le fond du problème est le collège unique.”
Déclaration en face de laquelle il faut mettre cet extrait de l’Appel de Bobigny :
“Nous proposons donc une véritable politique publique de l’éducation à la hauteur des enjeux démocratiques du 21e siècle et nous appelons la Nation à se mobiliser pour les moyens de sa mise en oeuvre.
En effet la France est loin du compte pour la part du PIB consacrée à l’éducation et la jeunesse.”
Net désaccord sur ce point, important à défaut d’être essentiel : l’investissement de la Nation en matière éducative est-il suffisant ?
Pour ceux qui n’ont pas vraiment le temps d’interroger les bases de données statistiques, mais souhaitent en savoir plus,  je recommande de lire le dernier hors-série d’Alternatives économiques (n°90, 4e trimestre 2010) Cette publication  présente, sous forme de diagrammes très lisibles, un état de l’économie et de la société. L’éducation en France y est présentée sur une double page (pp. 62 et 63).

La réponse que le mensuel économique fournit à la question posée ci-dessus est claire et va dans le sens de ce qu’affirme la ministre : la France dépense 5,9% de son PIB pour l’éducation, c’est plus que la grande majorité des pays d’Europe à l’exception de la Suède (6,3%) et autant que le Royaume-Uni, la moyenne de l’OCDE se situant à 5,7%. Cela étant dit le dossier d’Alternatives économiques donne d’autres statistiques qui méritent d’être connues :

  • ce même pourcentage du PIB consacré à l’éducation est en baisse depuis 1998 (de 7,8 à 5,9%) ;
  • la scolarisation se réduit : 78% des français de 18 ans sont scolarisés, ils étaient 85% en 1996 ;
  • 10% des jeunes français n’obtiennent pas de diplôme à la fin de l’année scolaire ;
  • l’origine sociale joue, en France, un rôle plus important que dans la majorité des pays de l’OCDE. Chez nous les élèves appartenant à un milieu économiquement défavorisé sont 4,3 fois plus nombreux à avoir des difficultés en mathématiques que ceux issus de milieux plus favorisés. Ce chiffre est en moyenne de 3,5 pour les pays de l’OCDE. Le minimum est de 2,7 pour les Canadiens et le maximum de 5,4 pour les Belges.

La statistique comparative, à mon sens la plus troublante, est celle qui donne, mesurée par pays, l’évolution de la compréhension de l’écrit. Il s’agit des tests que les élèves passent dans le cadre du programme PISA, les données sont donc celles de 2000 et de 2006. Le diagramme présenté dans la revue ne considére que les élèves les plus faibles et les élèves les plus forts. Pour l’ensemble des pays de l’OCDE il est constatée une diminution pour ces deux catégories. Les élèves les plus forts ont perdu 2 points en moyenne, les élèves les plus faibles 13 points. Ici la France obtient un résultat particulièrement mauvais puisque le résultat moyen des plus faibles diminue de 47 points quand celui des plus forts baisse aussi, mais de 7 points seulement. L’habituelle comparaison avec la Finlande ( – 6 points pour les meilleurs, mais + 19 points pour les plus en difficultés) entrainera la non-moins-habituelle réponse sur les différences de conditions socio-économiques entre les deux pays. Mais si l’on regarde les statistiques de l’Allemagne on constate que dans ce pays les deux catégories ont progressé, respectivement de +7 points pour les bons élèves et +15 points pour les plus faibles.
Ces données statistiques rejoignent le constat que faisait déjà la Cour des Comptes, il y a quelques temps. Le système éducatif français est coûteux et inefficace à combler les inégalités sociales, à assurer une formation convenable à tous.. Est-il permis de supposer que se contenter de réduire les coûts ne résoudra pas le problème, voire, dans le cas des catégories sociales les plus défavorisées, risque fort de l’aggraver. Or c’est d’une élévation générale du niveau dont nous avons besoin.

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