Supprimer les notes ?

L’appel de l’AFEV demandant la suppression des notes à l’école élémentaire fait polémique et soulève questions et réactions. Là où l’on attendrait un débat technique argumenté on est forcé de constater que le discours politicien l’emporte. Un exemple caricatural avec la pétition de l’UNI.

Je ne pouvais pas ne pas saluer l’initiative prise par l’AFEV à la suite de la « Journée du refus de l’échec scolaire » : l’Appel pour la suppression des notes à l’école élémentaire dont on trouvera le texte ici et qu’il est possible de signer en ligne à la suite de nombreuses personnalités directement ou indirectement liées au monde éducatif. Il est aussi possible de lire ici le commentaire de Pierre Merle, l’un des premiers signataires.

Il y a peu mon directeur me faisait remarquer à quel point il était regrettable que les élèves ne travaillent que pour la note. Réponse évidente : pour quoi d’autre pourraient-ils fournir l’effort qui leur est demandé? Les enseignants utilisent la note pour rendre explicite à l’élève sa compréhension du cours ou son niveau de connaissance. Est-ce  ainsi que les élèves voient les choses? Rarement, plus souvent ils ne percoivent pas l’objectif poursuivi, la logique de la discipline  et ont le sentiment d’être soumis à l’arbitraire de l’enseignant. Dans le meilleur des cas la note est pour eux le salaire obtenu grâce au travail accompli. D’où fort sentiment d’injustice quand tout un dimanche après-midi a été consacré à un devoir qui, faute d’en avoir compris le sujet, ne leur rapportera qu’une note médiocre.

La note se teinte en outre d’une dimension affective que l’enseignant essaie bien souvent de refuser mais qui s’impose à l’élève. Ses parents l’attendent avec impatience puisqu’elle est le seul moyen par lequel ils peuvent savoir si leur enfant rencontre les exigences du système éducatif. Elle n’est plus appréciation d’une performance, mais une monnaie d’échange dont les tenants et aboutissants sont complexes et le mode d’attribution obscur. Elle finit donc par faire écran au but du travail entrepris, l’élève ne travaille que pour la note puisque le reste lui échappe.

Peut-on se passer de la note? est-il possible de clarifier l’évaluation du travail scolaire? Ce texte d’Isabel Pannier paru dans les Cahiers Pédagogiques nous montre qu’il existe des alternatives.

Supprimer la note à l’école élémentaire semble tellement évident qu’on s’étonne qu’il faille une démarche comme celle de l’AFEV pour que la question soit posée. On dira qu’il y a longtemps que les chercheurs ont répondu à la question et que seule la difficulté qu’éprouve l’Education nationale à se réformer explique la situation.

Comme à l’accoutumée les choses sont plus complexes qu’il n’y paraît.  Une page du site Ludovia introduit une fausse note dans ce qui semblait un concert d’évidences :

« L’UNI s’oppose à la suppression des notes à l’école et au collège »

et Ludovia de reprendre à son compte l’intégralité du texte de l’UNI dont le dernier paragraphe est :

« Déjà 12 000 personnes ont signé la pétition de l’UNI contre la suppression des notes. Ce succès prouve que les français restent attachés au système traditionnel de l’évaluation des connaissances par des notes. Espérons que les pouvoirs publics entendent les 12 000 premiers signataires de notre pétition et pas les 20 hérauts d’un pédagogisme idéologique qui ont signé l’appel du Nouvel observateur. »

Il n’est peut-être pas inutile de rappeler ce qu’est l’UNI.  Je me contenterai de citer leur page internet :

« C’est en réaction aux « événements de mai 1968 », que quelques étudiants et jeunes professeurs ont décidé de fonder l’UNI. Ils avaient compris, avant les autres, que l’objectif des agitateurs de « 68 » n’était pas seulement de mener une « révolte étudiante » mais bien de discréditer, pour mettre à terre, les repères et les institutions (famille, école, nation, armée, …) sur lesquels reposaient la société française. Il fallait donc une organisation capable de résister et de s’opposer sur le terrain à leurs méthodes et à leur dessein. Ce fut la mission que se fixa l’UNI. »

L’UNI est donc une formation que l’on peut sans hésitation situer à droite, voire un peu à droite de la droite. Cela posé il nous faut maintenant étudier l’argumentaire. Contre la suppression des notes l’UNI avance deux exemples probants :

  • le fait que certains pays qui ne notaient pas les élèves du primaire  soient revenus sur cette mesure ;
  • l’échec d’une expérience dans un collège de Roubaix.

La situation dans les pays de l’OCDE est très clairement commentée par Nathalie Mons dans un entretien avec le Café pédagogique que vous trouverez ici. Mme Mons met en évidence le fait qu’une des particularités du système français est l’absence de régulation de la notation par le système éducatif. Cette liberté fait que les enseignants continuent d’évaluer de manière traditionnelle, notation numérique et individuelle dont les critères ne sont pas définis. Philippe Watrelot, dans sa revue de presse du 18 novembre montre que le débat sur la note ne date pas d’aujourd’hui et que nombreux sont ceux qui ont plaidé sa disparition. Et ce n’était pas forcément des pédagogues radicaux ou de doux rêveurs.

L’argument développé par l’UNI du retour à la notation peut être retenu. Des pays comme la Suède ou le Danemark qui y avait renoncé viennent de la réintroduire. Constatons tout de même que la baisse de niveau due à la disparition de la note ne peut être retenue. En effet la Finlande (que ferait-on sans la Finlande?) montre assez évidemment que l’on peut obtenir de bons résultats éducatifs sans utiliser la notation. Ce n’est qu’à partir de la septième année que les jeunes finlandais sont évalués par une notation.

Les raisons invoquées par Mme Mons semblent beaucoup plus sérieuses. D’une part la pression des évaluations et comparaisons internationales, d’autre part l’évolution politique des pays concernés. Le Danemark, la Suisse ou la Suède connaissent en effet une évolution politique conservatrice assez marquée. Le retour de la notation, du classement ou de l’examen d’entrée se situe manifestement dans cette perspective.

Le deuxième argument développé dans la déclaration de l’UNI se rapporte à l’expérience menée au collège Van der Meersch de Roubaix. Vous trouverez toutes les informations à ce propos ici. L’objectif poursuivit par l’équipe pédagogique était, dans une 6e traditionnelle, de remplacer la notation sur 20 par une évaluation reposant sur les compétences. Cette tentative est trop caractéristique pour ne pas s’y attarder un instant. Au départ tout le monde semble d’accord : professeurs, parents et élèves. Le concept expérimental est celui de l’éprouvette. On essaie avec une classe et si l’on voit que cela marche on généralise… Ce qui ne fonctionne pas, pas dans ce genre de situation. Les élèves de 6e arrivent au collège, incertains et fragiles. Ils se trouvent sous le regard de leurs pairs et des élèves plus grands. Ils sont à un moment de leur vie où la différence est souvent fuie, vécue comme un stigmate. D’ailleurs les autres n’aiment pas beaucoup la différence. Il est probable que cette situation n’a pas été facile à vivre au quotidien pour les élèves. Peut-être si les enseignants, la direction avaient manifesté un enthousiasme contagieux et stimulant. C’est peu probable, la lecture du compte-rendu ne semble rien indiquer de semblable. Bien au contraire ce qui ressort c’est le surcroît de travail mal vécu par les enseignants.

Le communiqué de l’UNI peut donc affirmer :

« Dans la monographie rédigée par les enseignants de cette classe en fin d’année, le bilan est sans appel. « Le bilan n’est pas à la hauteur de nos attentes. L’ambiance de travail s’est dégradée [… ] Les élèves ont eu tendance à devenir moins compétents au cours de l’année à cause d’un manque de rigueur. […] Seuls trois élèves ont fait l’effort d’apprendre leurs conjugaisons, les autres ne s’en sont pas donné la peine et il semble que l’absence de note en est une cause aggravante. […] La disparition de la note ne semble donc pas être une solution pour agir sur la motivation des élèves. »

Les enseignants concluent donc à la nécessité de revenir à un système classique de notation, système qui avait, d’ailleurs, été regretté par les élèves eux-mêmes ».

Mais si vous vous reportez au texte lui-même vous lirez :

« Ces conclusions obtenues à partir d’une seule année d’expérimentation sur une seule classe ne devraient pas empêcher la poursuite d’un projet qui a demandé un investissement considérable. Porté par une équipe motivée et accompagnée il pourrait certainement être riche en enseignements. Les pratiques de cours et le travail transdisciplinaire n’ont pas été assez développés faute de temps et d’une organisation propice.

Ce n’est donc pas à cause de ces conclusions que le projet ne sera pas reconduit l’année prochaine mais parce que son pilote l’abandonne pour des raisons personnelles et que personne ne s’est proposé pour prendre sa place ».

Peut-on en conclure que le constat de l’UNI est quelque peu biaisé ? sans doute et cela n’étonnera probablement personne. Ce qui est plus étonnant c’est que le site Ludovia ait reproduit ce texte sans le moindre commentaire. Négligence ?

PS : parmi les nombreuses réactions qu’a suscitées le débat je signale celle-ci qui a le mérite de déboucher sur une mise en oeuvre

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