L’iPad rend bête, d’ailleurs, ne lisez pas cet article sur iPad si vous tenez à vos neurones

Suite à la lecture de ce papier de Stéphane Foucart dans Le Monde qui m’a laissé perplexe, je vous propose un bref exercice de lecture comparative.

Voici son article, ici.

Et voici le compte rendu de l’expérience menée par Miratech à laquelle il fait référence.

La lecture agacée de ces deux textes m’a inspiré quant à moi ces réflexions que je me propose de vous livrer tout à trac.

Tout  d’abord je rappelle que l’expérience menée par Miratech a impliqué 50 personnes, ce qui reste un échantillon restreint, vous en conviendrez.

Par ailleurs, se pose la question de savoir si la proportion lisant sur tablette et celle lisant sur papier était-elle aussi « représentative » dans sa composition.

Mais surtout on ne sait pas bien quelle fut la consigne donnée aux lecteurs avant expérience. Lisez et essayer de mémoriser (mais quoi) ? Disposaient-ils en outre du même temps ? Le temps était-il d’ailleurs déterminé ?

Il ne s’agit pas là de détails, loin s’en faut, car ma lecture sera différente selon qu’on me fixe un objectif à atteindre, ou bien que je me fixe seul mes objectifs à atteindre. Auquel cas je lis certes plus vite sur écran que sur papier, et trie bien plus entre ce qui m’intéresse et ce dont je me contrefiche sur écran, car mon usage de la souris et les clics sur les liens hypertextes sont plus rapides que mon aptitude à tourner les pages… Je gage donc que je mémorise moins bien la version électronique intégrale d’un journal que sa version papier. C’est possible, c’est même un choix. Et alors ? Quel est mon objectif ? La mémorisation tous azimuts, ou une mémorisation ciblée, utile ?

Sur le site de Miratech on peu lire que « Suite à la lecture, seulement 70% des participants se rappelaient d’un article sur iPad, contre 90% pour le support papier ! »  Que signifie cette phrase ? Quelle question était-elle posée aux lecteurs pour juger du degré de mémorisation ? Sous quelle forme ? Que s’agissait-il de mémoriser exactement ?

J’imagine que Stéphane Foucart, disposait d’éléments plus précis que les miens, avant de procéder à ses conclusions expéditives et à l’écriture de son article. Les citations de Jérémie Eskenazi, le PDG de Miratech, inclinent à le penser. Si c’est le cas, j’estime dommage qu’il n’ait pas jugé bon de préciser les modalités de l’expérience.

Mais ce sont ses commentaires qui me mettent le plus mal à l’aise. Tout d’abord le titre, extrêmement contestable et définitif. Je sais que les journalistes ne choisissent pas le plus souvent leurs titres (ce dont ils se plaignent), et qu’il convient d’accrocher le lecteur, mais tout de même…

Ensuite, pourquoi donc décider de parler en exergue de l’article de Nicholas Carr, article retentissant qui suscita de vastes polémiques, mais qui ne parlait en rien des effets de l’écran sur la mémorisation, mais des conséquences d’Internet sur la cognition humaine ? La référence à certes le mérite d’orienter immédiatement le lecteur vers la conclusion voulue et le rejet d’une certaine technicité.. La technophobie bon teint se porte vraiment à merveille dans le beau pays de France, et les amalgames la servent bien…

Monsieur Foucart avance ensuite sur un ton que je juge péremptoire que l’expérience de Miratech « suggère que la lecture sur support papier est plus approfondie ». Mais où en est-il question ? Pourquoi la mémorisation (si toutefois il s’avérait que l’expérience a bien montré le différentiel entre lecture réticulaire et papier) serait le gage d’une plus grande « profondeur » ? Que signifie ce jugement de valeur à l’emporte-pièce ? Et que signifie même ce terme ? Quelle est sa valeur en terme pédagogique et cognitif ?

En fin d’article la conclusion tombe, comme un cheveu sur la soupe, quoiqu’elle ait sans doute justifié à elle seule l’écriture de l’article : « Quelle que soit l’explication, les résultats de cette étude – qui devront être confirmés par d’autres expériences – interroge (sic) sérieusement le déploiement de l’iPad en milieu scolaire, déjà engagé dans certains départements. »

Je pense que ceci n’interroge que StéphaneFoucart, car je ne vois pas en quoi l’expérience de Miratech a en quelque façon que ce soit remis en cause l’utilisation de l’iPad, en milieu scolaire ou ailleurs. A moins bien sûr que la première finalité de l’école soit la mémorisation de textes lus, que la classe se résume donc à un vaste exercice de lecture silencieuse et scrupluleuse, avant bien entendu de procéder à la restitution brute des connaissances à la façon des examens impériaux.

Je me garderais bien quant à moi de conclure au danger de l’utilisation des tablettes dont le potentiel éducatif est très grand sur la base de telles études, ou plutôt de leur exploitation.

Et je pense que je vais continuer à lire les articles de Stéphane Foucart, que j’ai connu plus inspiré, et des autres journalistes du journal Le Monde sur l’application Le monde.fr pour iPhone, et me garder pourtant de tout mémoriser, surtout certains articles dont le contenu se doit d’être oublié au plus vite ;-)

Une réflexion sur “L’iPad rend bête, d’ailleurs, ne lisez pas cet article sur iPad si vous tenez à vos neurones

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