Papier vs écran

L’imperfection des outils électroniques peut faire hésiter au moment de les introduire comme supports pédagogiques. Jusqu’à quel point ne peut pas voir là une ignorance de ce sur quoi repose l’école : former des jeunes pour en faire des adultes acteurs de la société?

Aujourd’hui Amazon.com vend plus de livres électroniques pour son Kindle que d’ouvrages sur support papier. Apple à vendu 3 millions d’iPads en 80 jours. Samsung a sorti une tablette concurrente de l’iPad et ce n’est que la première de ce qui promet d’être une longue série. Wired suggère que smartphones et tablettes vont, par le biais de la généralisation des apps, tuer le Web tel que nous le connaissons,… Les ebooks n’avaient pas vraiment réussi à faire décoller la lecture sur écran, les tablettes ont plus de succès et accélère le passage de la lecture sur papier à la lecture sur écran. Comme l’écrit Margaret Wente dans The Globe and Mail : « Like it or not , the book is dead« .

Le sujet a déjà fait l’objet de nombreux commentaires et de, non moins nombreuses, analyses. L’article de Stéphane Foucart que Tremeur commentait hier ici pointe un aspect intéressant de la rivalité entre les deux supports. Hélas, à mon sens, il le fait mal.

L’attention est vraiment au coeur de la problématique des TIC. Mais ce dont Nicholas Carr parlait dans son article de Atlantic Monthly « Is Google Making Us Stupid ? » était moins le support écran que les perturbations de l’attention engendrées par la fréquentation quotidienne du Web. Il a, par la suite, développé son argumentaire dans « The Shallows« , livre qui n’a pas encore, à ma connaissance, été traduit en français. Cela dit ce problème de l’attention revient régulièrement sur le tapis, en parallèle avec la question de l’activité multitâches des adolescents, ces deux questions ne peuvent  laisser les enseignants indifférents.

Doit-on remettre en question, pour autant, le déploiement de l’iPad (ou autres tablettes) en milieu scolaire? Ce genre de question a le mérite de se poser depuis 2500 ans. Fallait-il introduire l’écriture qui dispense de l’effort de mémoire? fallait-il introduire le livre qui dispense d’écrire? L’enseignement doit-il s’adapter aux technologies dans lesquelles évolueront les jeunes devenus adultes ou préserver l’usage de techniques qui ont fait leur preuves? Pense-t-on qu’en tenant à l’écart de l’école des outils qui sont déjà largement répandus on fait oeuvre de formation?

Le problème avec l’attitude de Stéphane Foucart c’est qu’elle s’appuie sur une idée non seulement fausse mais de surcroît dangereuse. Car l’école sert à former les jeunes. Il est donc nécessaire de les initier à une utilisation efficace et raisonnée des TIC afin de leur permettre de devenir des membres actifs de la société et de l’économie. Or ceci n’est possible qu’en introduisant, et massivement, ces technologies et, surtout, en adoptant une démarche pédagogique qui mettent en avant l’autonomie et une attitude active.

Il est possible d’apprendre à maîtriser sa lecture, à noter ce qui est significatif et à stimuler sa mémorisation. Il est, pour l’instant, impossible de convaincre le support papier d’héberger des liens hypertextuels, d’ouvrir un moteur de recherche en parallèle avec la lecture d’un article, de passer une vidéo, de copier une partie du texte pour un traitement ultérieur ou d’en envoyer un paragraphe par mail. Dans le match papier contre écran si le seul avantage du papier repose sur l’attention alors le score est sans appel.

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