How I Learned to begin worrying and not love the Bomb

Deux événements de l’actualité politique ont récemment retenu mon attention. En apparence éloignés, ils ont suscité en moi une réflexion commune que je me permets de vous livrer, même si nous nous éloignons un brin du thème de prédilection de ce blog (quoique).

Bill s’embarque sans son biscuit

D’un côté c’est Bill Clinton qui a attiré mon attention. Un très récent ouvrage du Général George Shelton, ancien chef d’état major de l’époque, montre que l’ancien Président s’est embarqué sans biscuit, ce qui est un rien fâcheux. Mais expliquons-nous : le biscuit, c’est le nom donné à la carte digitale des codes que se doit de porter sur lui un Président car elle lui permet de déclencher le feu nucléaire. C’est moins imagé que le bouton rouge mais aussi efficace.

A voir pourtant, car il convient de ne pas le perdre ! Or il semble que ce soit ce que fit le collaborateur de Clinton chargé de la conserver et  qui ne le retrouva qu’après quatre (long) mois… Fâcheux n’est-ce pas ? Et très certainement peu efficace.

Mais le lieutenant-colonel Robert Patterson avait accusé en 2003 le même Président d’avoir lui-même égaré les codes en 1998. Les mauvaises  habitudes ne se perdent pas facilement, et il est vrai que le regard que je porte sur l’état de rangement de mon bureau me rappelle douloureusement combien c’est vrai, hélas…

Ces faits semblent surréalistes, et pourtant ils sont avérés. Quoi de neuf pourtant me direz-vous ? Que dire par exemple des confessions de Kissinger montrant combien l’alcoolisme de Nixon posa des problèmes invraisemblables le mettant dans l’incapacité de prendre parfois des décisions, qui furent pourtant prises, et on se demande bien par qui…

C’est certes effrayant, et symptomatique de dysfonctionnement graves de la chaîne de  commandement révélant l’inefficacité d’un système décisionnel reposant sur un fondement très fragile, car les épaules d’un homme sont fragiles sous le poids de responsabilités aussi grandes.

Nicolas joue à Ams, tram, gram

De l’autre côté de l’Atlantique et de mon étude, c’est Nicolas Sarkozy qui attiré mon attention, lui qui vient enfin de livrer le nom des ministres de son gouvernement remanié, selon l’expression en vigueur, après avoir fait lanterner tout le monde depuis l’été dernier. Au-delà de la manœuvre politique qui n’est pas le sujet ici, c’est la méthode qui retient mon attention,  là encore.

Aux dires de Fadela Amara interviewé au lendemain du remaniement au journal de France 2, la ministre disait avoir appris son éviction du gouvernement par la Presse  à la veille de le savoir officiellement… Peut-on imaginer que les ministres entrants ont appris par la même voie et dans le même tempo qu’ils étaient invités à entrer au gouvernement ? Ce ne serait pas la première fois, car ceci est largement pratiqué par des Présidents et Premiers ministres de droite comme de gauche depuis fort longtemps. Les impétrants vont donc prendre la tête d’un ministère pour lequel ils n’auront pas eu le temps de se préparer, d’autant que pour certains ils ont tout à découvrir, y compris les connaissances liées au domaine de compétence dudit ministère. Là encore, rien de bien neuf. Quand Luc Chatel a-t-il par exemple approché les questions d’éducation au cours de sa carrière avant de devenir Ministre de l’EN ?

Ceci ne laisse pas de me surprendre. Ces nouveaux ministres français qui vont au mieux rester deux ans à la tête de leur ministère actuel, vont prendre des arbitrages importants, au mieux dans le consensus, mais au pire, de leur propre chef, en toute légitimité, et certains vont même s’essayer à la réforme. Combien de temps leur faudra-t-il pourtant avant de devenir opérationnels ?

Si gouverner est prévoir, ce type de procédure manque un brin de capacité de prévision. C’est une tradition étonnante, malgré tout bien ancrée dans les mentalités hexagonales.

Ainsi dans la même veine, qui s’étonne encore que le candidat à la Présidentielle française, qui à cette occasion rencontre la nation pour reprendre les termes du Général, et s’offre donc seul au suffrage de ses compatriotes, ne juge pas bon de livrer au préalable les noms de ceux qu’il entend faire rentrer dans son gouvernement une fois parvenu au pouvoir ? Ces futurs ministres auront pourtant une incidence bien réelle sur le cours politique de la France une fois nommés. Et cette fois-ci, à la différence d’un remaniement peut-être (quoique 6 mois pour le dernier en date soit aussi un temps confortable…), on peut gager que le candidat a eu tout le temps de se préparer et son équipe avec lui.  Alors quoi, ce serait donc accessoire ? Un détail ? Comment justifier ce secret, cette absence de transparence et d’anticipation ? Le candidat n’a pas eu le temps de penser à l’équipe qui va l’entourer ? Les futurs ministres ne seraient-ils pas bien inspirés de se préparer à leur future entrée en fonction ? N’ont-ils pas besoin de temps pour penser, échanger, envisager, nommer, etc ? Etonnant, n’est-ce pas ?

Tous les gouvernements ne sont pas tenus de procéder ainsi. Gageons que les citoyens, les journalistes, les partenaires européens, les marchés, pour ne citer qu’eux, seraient satisfaits d’une plus grande transparence et verraient leurs tâches respectives facilitées, et ce pour le profit de tous, s’ils venaient à savoir de façon anticipée le nom des futurs acteurs politiques pressentis pour se saisir des rennes du pouvoir. Non ?

Gouverner c’est partager

Deux choses me semblent à retenir des ces usages traditionnels fort peu discutés et que je juge désuets. Le manque de partage des informations, et le fait de confier à un homme seul, le prince en l’occurrence,  des responsabilités très grandes concernant pourtant la collectivité, et dont on peut penser qu’il pourrait mieux s’acquitter s’il savait là aussi les partager.

On peut avancer des arguments bien sûr, au soutien de ces usages, et en tout premier lieu l’argument de la légitimité démocratique, ou plutôt constitutionnelle. Les Présidents sont élus, démocratiquement par le peuple. L’usage qu’ils font du pouvoir tel qu’il est prévu par la Constitution est donc légitime. C’est tout a fait vrai.

On peut objecter aussi qu’en dernier ressort il faut bien prendre une décision pour satisfaire un groupe, et que confier cette tâche à un homme choisi par ce groupe n’a rien de choquant. Absolument. Mais le groupe précisément a-t-il été impliqué et consulté au préalable ?

On peut aussi prétendre que cet usage de la démocratie est symptomatique d’une époque de son histoire, et risque fort de déplaire aux attentes nouvelles des jeunes générations  qui ont soif de transparence, et de légitimité aussi, comprise cette fois ci dans le sens de la nécessité du partage des informations et des responsabilités. C’est que la légitimité ne se gagne pas que par les urnes en laissant s’exprimer et l’emporter ponctuellement une majorité comme pourrait suggérer Pierre Rosenvallon.

En outre on peut fort bien voir les usages du droit évoluer, sans que le droit ne change. La légitimité n’est pas qu’affaire de textes, elle est aussi liée aux usages.

Ainsi le pouvoir se partage, ou plutôt les responsabilités qui lui sont subséquentes. C’est une question d’équité, mais aussi d’efficacité, car un homme seul est plus faillible, plus fragile, moins pertinent, moins intelligent, que des hommes associés. Il ne peut anticiper, savoir, comprendre à la mesure de ce que fait un groupe face à la complexité croissante du monde. La notion de légitimé évolue à mesure que nos sociétés en font autant.

Les utilisateurs d’Internet font l’expérience quotidienne de cette évidence dans leur entreprise, dans leur vie quotidienne, sur leurs blogs ou les plateformes de réseaux sociaux, eux qui constatent les effets de la réflexion et des actions collectives, du partage des informations, et en voient les bénéfices, pour eux-mêmes comme pour le groupe constitué en réseau. Et ils transposent de plus en plus ces pratiques et les attentes qui vont avec dans  leur vie courante, qu’elle soit politique, sociale ou scolaire, comme nous le rappelons souvent ici. Un Président 2.0 devrait pouvoir satisfaire leur attente dans une open démocratie…

Mais alors que je constate ces changements d’usage et d’exigence, je ne peux m’empêcher d’être préoccupé, d’où  le titre en forme de clin d’œilde ce billet.

Tout d’abord parce qu’au fond, je ne suis pas totalement persuadé que les membres des « jeunes générations » soient tous à priori si différents de leurs aînés, car nombreux sont ceux aussi qui restent hermétiques ou étrangers à ces dynamiques de partage, par choix, par peur, ou surtout par la force des choses car ils en sont encore exclus, physiquement ou intellectuellement, pour des raisons sociales, culturelles ou autres.

Par ailleurs,  je ne suis pas certain non plus que ce grand déphasage s’il se confirme, ce malentendu auquel nous assistons ces dernières années et qui va croissant dans nos démocraties plus très modernes entre vieux usages et nouvelles exigences, ne débouche sur des tensions, des distorsions douloureuses et orageuses, tant les visions semblent peu conciliables, et les intérêts divergents.

Voilà pourquoi il nous faut nous préparer à accompagner ce changement, à le penser, à l’anticiper, à l’école comme ailleurs.

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