Question de savoir (2)

Suite et fin – première partie

Un savoir en élaboration collective

En quoi internet, et plus précisément le web 2.0, change-t-il notre vision de la connaissance? L’exemple de la Wikipedia est certainement emblématique. Loin de l’encyclopédie rédigée par des spécialistes la Wikipedia est le fruit de la coopération des internautes. Le débat sur la qualité, la pertinence et la justesse des informations fournies par l’encyclopédie en ligne se poursuit, sa popularité cependant ne faiblit pas. Elle est devenue un élément incontournable de la culture contemporaine et par là même c’est le principe d’oeuvre collective, de construction coopérative d’une base de connaissances qui s’impose comme une composante majeure de notre nouvelle relation au savoir.
Dans un billet récent du blog Affordance Olivier Ertzscheid distingue quatre catégories d’internautes.

  • Les inactifs ;
  • Les consultatifs ;
  • Les participatifs ;
  • Les contributifs.

Les contributifs participent à l’élaboration de l’oeuvre tandis que les participatifs ne font qu’y ajouter un morceau de temps à autre. Entre 2006 et 2010 la catégorie des consultatifs a cru considérablement tandis que le groupe des participatifs s’érodait légèrement. Par contre le nombre des contributifs est celui dont l’accroissement se révèle être le plus élevé en pourcentage. Il est certainement encore un peu tôt pour en tirer une conclusion définitive. Il semble cependant que la participation collective à l’élaboration du web soit une pratique en expansion.
Cette tendance s’oppose fortement aux usages traditionnels dans lesquels la connaissance est fabriquée par un spécialiste : le maître, le savant ou l’intellectuel ; la connaissance transmise par l’enseignant qui va aider l’élève à la constituer en savoir. Pour la tradition, envisager la classe comme lieu de la construction collective du savoir est proprement impensable, scandaleux à la limite. Pourtant tout enseignant sait que c’est ainsi qu’il a lui même construit son savoir : partant des cours de l’Université et de ses lectures, synthétisant et explicitant jusqu’à rendre les informations communicables et assimilables. En l’occurrence le savoir s’établit dans la nécessité de le faire passer. Chaque fois qu’une telle démarche est proposée à des élèves les résultats sont remarquables tant en terme de motivation qu’en terme de compréhension et de mémorisation.
En outre cette manière de procéder rencontre l’évolution du monde et des pratiques économiques et sociales. Personne ne peut plus espérer savoir tout ce dont il a besoin dans sa vie ou son métier. Une attitude d’acquisition permanente de nouvelles connaissances devient la norme. De même les pratiques de mutualisation de l’information ou d’intelligence collective sont de plus en plus présentes. Il serait légitime de travailler à produire une pédagogie plus efficace et en prise sur le monde tel qu’il va et qu’il se fait.

Savoir inépuisable

Si l’on conserve la distinction faite au début de ce billet on préfèrera dire que c’est l’information disponible qui est devenue inépuisable. Plus même, elle s’accroit sans cesse, du fait de l’augmentation de la production autant que de celle des capacités de stockage.
En terme d’information il est maintenant évident que notre environnement est tissé de flux ainsi que le montre Nova Spivack ici. Il n’est alors plus possible d’établir une collection durable d’informations susceptible de constituer un savoir doté d’une certaine permanence.La question devient donc moins de se bâtir un savoir durable que d’être capable d’actualiser en permanence ses domaines de compétences et le réseau de ses curiosités. C’est une démarche pour laquelle nous avons de plus en plus d’outils disponibles. Deux des objectifs de l’école pourraient être l’initiation à l’utilisation de ces outils et les techniques élémentaires de veille grâce auxquelles il est facile de se tenir facilement informé. Aujourd’hui ce sont aussi les réseaux sociaux qui comptent, là où nos « amis », nos contacts, les gens que nous « suivons » deviennent nos principaux pourvoyeurs d’informations . Il faudra apprendre ces usages de Facebook, Twitter, etc. à nos élèves et leur montrer qu’ils ne sont pas incompatibles avec ceux qu’ils pratiquent déjà.

Finalement c’est la notion même de savoir que nous voyons évoluer. Si l’on se transporte 2000 ans en arrière on trouve une conception du savoir qui fonde encore certaines de nos représentations. D’origine divine et donc figée pour jamais, la connaissance était réservée aux sages, la divulguer auprès du vulgaire était prohibé, trop dangereux. A cette conception ésotérique s’oppose aujourd’hui celle d’un savoir fluide et partagé, véritable richesse de la communauté humaine. A travers de nombreuses étapes, dont l’imprimerie, l’éducation pour tous et internet, la transition entre ces cultures se poursuit à un rythme qui va s’accélérant. La fonction, l’objectif et les modalités de l’école doivent changer pour qu’elle puisse aider les générations qui viennent à continuer ce mouvement.

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