«Bienvenue dans l’école du XXIème siècle !», dans le système éducatif inchangé du XXe siècle…

Luc Chatel, Ministre de l’éducation nationale française, vient d’annoncer officiellement à l’occasion du dernier salon de l’éducation, le lancement d’un plan de développement des usages du numérique à l’école.

Ludovia magazine propose sur son site un rapide compte rendu commenté du discours du Ministre. C’est ici.

Le magazine rappelle quels sont les cinq objectifs principaux du plan de développement des usages du numérique à l’école : « faciliter l’accès à des ressources numériques de qualité, former et accompagner les enseignants dans les établissements scolaires, généraliser les services numériques et les espaces numériques de travail, réaffirmer le partenariat avec les collectivités locales et former les élèves à l’usage des technologies de l’information et de la communication. »

Ceci mérite de notre part aussi un commentaire, bref toutefois, à l’image des commentaires que l’annonce de ce plan a suscité dans d’autres publications, ce qui n’est sans doute pas par hasard.

On peut ainsi trouver ici, sur le site du café pédagogique, un article à ce propos dont la conclusion  me semble être l’essentiel de ce que l’on peut retenir (au-delà des aspects administratifs et budgétaires du plan que je ne commente pas) :

« Le second (mérite) c’est d’avoir parlé du numérique en termes positifs, de le présenter comme une amélioration du système éducatif et de publier un argumentaire, largement inspiré du rapport Fourgous. En ce sens, le grand plan numérique est un pas sur la bonne voie. »

Mention passable donc. On est assez loin des propos enthousiastes du ministre qui accueille son plan d’un prophétique «bienvenue dans l’école du XXIème siècle !»…

Je crains qu’un tel enthousiasme ne soit en aucune façon de mise.

Car ce qu’annonce le Ministre est simplement que son ministère semble enfin prendre la mesure du besoin d’introduire le « numérique » à l’école. Il était temps, en 2010…

Car en matière de propositions concrètes, il s’agit juste de doter chaque école d’une personne référente (dont on ne sait quelle sera la formation, ni la tâche exacte, et pas plus les moyens) et d’encadrer l’usage de ressources numériques en définissant des espaces ad hoc et des ressources ad hoc (payantes le cas échéant), et d’avoir recours à un cahier de textes numérique. Voilà. Identifier des référents, et des savoirs. Délimiter, spécifier, encadrer,  les ressources, humaines et matérielles. Définir un cadre donc, circonscrire. Un corset dirons certains, assez loin des pratiques « sérendipiteuses » et libres du Web …

Tout ceci pour parvenir à réaliser le dernier point de la liste des objectifs (espérons) : former les élèves à l’usage des technologies de l’information et de la communication. Cela veut dire sur le Web, sur des réseaux sociaux, autour de  Wiki, sur les blogs, avec des tablettes numériques ? Les (gros) mots ne sont pas prononcés. Rien de bien neuf hélas, car on pouvait déjà reprocher ce travers au rapport Fourgous.

En quoi donc ce plan se propose-t-il de changer la donne pédagogique ? Pourquoi d’ailleurs l’adjectif pédagogique n’est-il accolé qu’aux mots « équipes », « ressources » et « progressions » ? Pourquoi pas plutôt se pencher sur les mots « méthodes », « techniques », « usages» ? S’agirait-il d’un énième épisode de la série TIC en toc ?  Où est donc cette école du futur ? Quand sont redéfinis les objectifs de l’école au-delà du devoir de transmission et des usages subséquents ? Comment prétendre changer l’école et les pratiques pédagogiques par la simple introduction contrôlée et encadrée d’un outil nouveau, fut-il numérique, et d’une formation à son usage ? Mais s’agit-il de cela ? Ou encore, si usage nouveau du Web 2 il y avait vraiment (rêvons un peu), alors ces usages seraient par nature nouveaux, et donc difficiles voire impossibles à mettre en place dans le cadre inadapté de l’école actuelle. Dès lors, en quoi des outils numériques vont-ils changer quelque chose, ou pouvoir être vraiment exploités et changer l’école ?

C’est à ces questions que je pense qu’il faut que nous nous intéressions, et alors peut-être pourrons nous dessiner les contours d’une « école du XXIe siècle ». Une école qui ressemblera davantage à cela. L’école du futur vue par des chercheurs de Microsoft et expérimentée à Philadelphie et dont le café pédagogique nous parlait récemment.

Une école où les TICE sont mises au service d’usages pédagogiques novateurs et expérimentaux, où les apprenants travaillent en autonomie, s’émancipent dans leur apprentissage, et où les cadres semblent sauter, pédagogiques comme physiques, les limites se faire floues, poreuses, et adaptables à chacun, sans qu’un système ne cherche à centraliser et homogénéiser les pratiques et les ressources.

Nous sommes encore loin du compte, non ?

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