Ministère de l’Éducation nationale et culture numérique

Les meilleures promesses du Web tiennent pour l’instant dans son aspect 2.0, web coopératif et personnalisable. C’est par là qu’en ce moment il transforme non seulement l’économie mais aussi la société et qu’il se glisse même dans les relations internationales… C’est par ce bord-là aussi que nos élèves y viennent et l’extraordinaire succès des réseaux sociaux l’atteste assez clairement. L’état d’esprit de nos institutions éducatives totalement structuré par une logique sommet vers base est complètement étranger au Web 2.0.
On ne peut que louer la politique d’équipement des établissements scolaires et de formation des enseignants aux usages des TIC. Il est cependant clair que la transformation demandée au système éducatif relève d’une toute autre alchimie.

Tremeur a pris, sur le Plan de développement des usages du numérique à l’école, présenté ce début de semaine par le ministre de l’Education nationale française, une position critique. Il y a matière, certes. Cependant, reconnaissons que ce plan a le mérite de poser la question de manière quasi exhaustive : les ressources, le partenariat avec les collectivités locales, la formation des enseignants et des élèves. L’absence du volet pédagogique ne doit pas, à mon sens, constituer une surprise.
En effet, pour le Ministère de l’Éducation nationale, internet apparaît plus dans son aspect informatique que comme réseau de communication. Il existe certainement de nombreuses raisons à cette situation, je souhaiterai cependant n’en relever qu’une qui, si elle n’explique pas tout, joue probablement un rôle centrale : la culture d’entreprise.


L’Éducation nationale fonctionne sur un modèle haut vers bas, centre vers périphérie. L’information y est diffusée comme pour des médias comme radio et télévision. Ce modèle supporte une standardisation implicite du destinataire à travers un certain nombre de catégories. Il y est difficile de percevoir la raison d’être et la finalité de réseaux acéphales et individualisés comme ceux qui sont la nature même du web 2.0.
François Jarraud dans son excellent éditorial du Café pédagogique (26 novembre) émet plusieurs remarques qui ne peuvent que renforcer ce sentiment :

« A titre d’exemple, le ministre a paru très surpris et n’a pas vraiment répondu à une question du Café sur la suppression des obstacles au web 2 dans les établissements alors même qu’il veut faire évoluer le B2i vers une formation aux réseaux sociaux…

Une autre question du Café a étonné Luc Chatel. Celle des communautés virtuelles d’enseignants et de leur intégration dans le plan. Pour le ministre il appartiendra aux professeurs référents d’entretenir ces relations. Il nous semble que le succès de toute réforme en ce domaine passe par une coopération avec ces mouvements qui ne sont pas aujourd’hui des groupuscules de pionniers mais de véritables lieux de formation et de production de ressources…

Il est paradoxal de voir l’Etat ouvrir une plate forme de distribution de logiciels. Est-ce son rôle ? Connaît-on un autre pays où un magasin d’Etat aura le monopole de la distribution de logiciels aux établissements scolaires ? Est-il réellement souhaitable que tout outil pédagogique numérique doive être accepté par l’Etat ? Il y a des pays où les manuels scolaires sont un monopole public. Ce ne sont pas des démocraties. Pourquoi introduire ce contrôle étatique pour le numérique éducatif ? »

Le plan du ministère prévoit une formation/information des adolescents à internet. Dans tous les cas il s’agit de promouvoir un usage responsable d’internet : savoir se protéger, protéger sa vie privée et respecter les autres usagers. L’objectif, et il est louable, est de pacifier le réseau, d’obtenir des adolescents un comportement civil. On voit bien que cela peut se faire en classe, devant un tableau blanc interactif. De ce point de vue il n’est pas plus nécessaire, pour prévenir les jeunes contre les risques encourus en se produisant sur les réseaux sociaux, de devoir se connecter à Facebook qu’il n’est souhaitable d’illustrer le cours d’éducation à la sexualité à l’aide d’activités copulatoires.
Il est, dans cette logique, nécessaire de restreindre l’accès à ce qui permet un échange d’informations non contrôlé. Le parallèle avec ce qui se passe en classe illustre bien la situation. Si deux élèves parlent entre eux il s’agit soit de bavardage, soit de tricherie. La culture de l’Éducation nationale ne sait pas bien penser les échanges entre pairs, ce que confirme ici l’idée que c’est le professeur référent qui entretiendra le fonctionnement des communautés d’enseignants, comme l’enseignant organise le fonctionnement de la classe.
C’est dans cette même culture de l’institution que s’inscrit la diffusion de logiciel par le biais du ministère. Cela fait des années que des logiciels et CD-ROM sont reconnus par le ministère et que le CNDP conçoit et diffuse des produits pédagogiques. Cette démarche est en parfaitement cohérence avec le rôle que le Ministère de l’Éducation nationale a toujours joué vis à vis des enseignants. Il ne me semble pas abusif de prétendre qu’il y a incompatibilité avec l’état d’esprit de ce que l’on appelle le web 2.0.

La situation, cependant, évolue. L’articulation avec les collectivités locales semble en effet présenter un visage nouveau de l’institution éducative. Le ministère laisse la mise en place du plan à l’échelon local. Ce sera aux Rectorats de coordonner avec les régions, les département et les communes le déploiement du plan à travers des projets portant sur :

  • les infrastructures ;
  • les services numériques ;
  • les équipements ;
  • la maintenance ;
  • les ressources numériques ;
  • la formation des enseignants ;
  • l’accompagnement et le pilotage du projet.

Est-il possible de faire dire à cette mesure plus qu’elle ne prétend dire? Il y avait dans le même numéro du café pédagogique, à quelques pas de l’éditorial de François Jarraud, un autre article qui sans se référer au Plan de développement des usages du numérique à l’école peut l’en être rapproché. Il s’agit du compte rendu du colloque autour des « 25 ans de l’EPLE » (EPLE : Établissement Public Local d’Enseignement). Un des axe essentiels de cet article est bien la possibilité de régionalisation/départementalisation de l’institution éducative. Autonomie accrue des établissements, plus grande proximité des instances locales aux réalités du terrain,… L’aspect financier joue certainement un rôle central. L’État n’ayant pas les moyens financiers d’assurer l’équipement des établissements en matériel informatique ce sont bien régions, départements, communes qui devront plus ou moins prendre l’essentiel du financement à leur charge. Il n’y aurait donc rien d’étonnant à ce qu’ils s’assurent que l’argent investi sera utilisé en conformité avec leurs objectifs. Peu ou prou cela débouchera sur une analyse des pratiques pédagogiques. Le billet consacré sur Solution de Continuité aux Utilisations des TIC par les enseignants avait montré, à travers l’expérience du département des Landes, que les collectivités locales n’étaient pas indifférentes à l’usage pédagogique des TIC. Il est évident que cette préoccupation débouchera sur une participation à la formation. C’est ce que l’on voit en Corrèze où la fourniture d’iPad aux élèves et aux professeurs s’assortira d’une formation des enseignants coordonnée entre Conseil régional et CDDP. Dans le même sens le relatif désintérêt que l’État manifeste envers la formation initiale des enseignants laisse la place aux initiatives locales.
La difficulté que rencontre l’Éducation nationale dans la promotion et le soutien aux initiatives locales, à la créativité pédagogique individuelle et collective est un handicap pour l’éducation prise au sens large. La difficulté que l’institution éprouve de réaliser la nature d’internet et de l’intégrer à son fonctionnement lui interdisent l’accès à une certaine modernité. Le passage de flambeau aux collectivités locales pourrait se présenter comme une modalité de cette difficile mutation. Dans son compte-rendu du colloque sur les EPLE le Café pédagogique cite le Recteur de l’Académie de Versailles : « Alain Boissinot souhaiterait voir le niveau national ne garder qu’une fonction de veille de grands principes et de régulation et voir les académie négocier avec les établissements un mode de fonctionnement tenant compte des spécificités de chacun.« 

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