PISA

La Finlande et la Corée du Sud obtiennent d’excellents résultats à l’enquête PISA. Or, leurs systèmes éducatifs sont radicalement différents. Cette situation peut-elle nous apprendre quelque chose de PISA et nous mettre en situation de dépasser l’image qu’elle donne des systèmes éducatifs ?

Il y a peu matière à commentaires en ce qui concerne la France dans les résultats de cette enquête sauf à constater que la situation n’a guère évolué depuis les précédentes si ce n’est dans le nombre croissant d’élèves en grande difficulté.

Pourtant ceux-ci, les commentaires, n’ont pas manqué et j’ai un peu honte d’ajouter le mien. Nous avons eu ceux, nécessaires, qui s’essaient à comprendre ce qui empêche notre système éducatif d’atteindre à de meilleurs résultats et ceux, moins nécessaires mais plus divertissants, qui invectivent et anathèmisent tantôt les fonctionnaires, tantôt les pédagogues, ici les élèves et là les parents. Le web 2.0 dans ce qu’il a de pire.

Certains commentateurs se sont intéressés à l’étude comparative des résultats selon les différents pays. Le fait que deux systèmes éducatifs, aussi différents que le coréen et le finlandais, arrivent à des résultats comparables ne cesse d’intriguer. A la recherche de points communs beaucoup insistent sur les critères sociaux dont , en priorité, l’homogénéité du tissus social. Les bons résultats de ces pays reposeraient sur la faible immigration et la forte adhésion de la société aux valeurs de l’école. Ces faits sont exacts mais, si ils expliquent en partie les excellents résultats des premiers du classement, ils n’expliquent pas la persistance de mauvais résultats dans d’autres pays, dont la France. Ce serait prétendre qu’il y a des problèmes insolubles, que les systèmes éducatifs ont des capacités d’adaptation par essence limitées . Il suffirait alors de mettre à l’écart ceux qui sont responsables de nos mauvais résultats plutôt que de chercher des solutions adaptées aux circonstances : typiquement établissons des examens d’entrée, en 6e, à l’école, en France. L’analyse des résultats montre que des pays qui ont des situations identiques (Allemagne, Pays-Bas) obtiennent de meilleurs résultats. La solution n’est donc pas là.

Peut-être cette dissemblance des systèmes éducatifs qui se partagent la première place du classement PISA nous apprend finalement quelque chose de  l’évaluation par elle-même.
Les compétences évaluées par PISA sont à la fois élémentaires et sophistiquées. Sophistiquées en ce sens qu’elles relèvent d’une certaine complexité et supposent que d’autres compétences ont déjà été acquises ; élémentaires, car elles représentent un seuil en dessous duquel un individu aura les plus grandes difficultés à trouver sa place dans le monde. Mais il n’est question ni des moyens utilisés pour obtenir que les élèves aient atteint à la maîtrise de ces compétences, ni de la façon dont ils les utiliseront.

En ce qui concerne les moyens utilisés il est facile de constater que l’investissement en temps et énergie qui est demandé aux enfants varie considérablement quand bien même les résultats des pays sont comparables. Quand le lycéen coréencomplète son travail quotidien par des cours supplémentaires et que ses week-end sont en grande partie consacrés à l’étude, le jeune finlandais a une existence scolaire beaucoup plus confortable et donc du temps pour faire autre chose. En terme d’apprentissage le système finlandais se révèle donc plus efficace que son homologue coréen, la productivité du travail de l’élève y étant plus élevée. Je ne suis pas assez bon connaisseur de l’un et l’autre système pour hasarder un jugement aussi injuste que sommaire. L’intuition, cependant, laisse la place, parmi d’autres raisons, à une opposition qualité contre quantité ? Les enseignants finlandais stimulent-ils plus l’intelligence générale de leurs élèves, leur rendant ainsi l’assimilation des données plus faciles? Ce serait pour les adolescents un avantage certain en terme d’adaptabilité. Nombre d’entre eux exerceront un métier qui vraisemblablement n’existe pas encore, d’autres devront s’adapter à des mutations importantes de leur environnement professionnel. Encore une fois ceci n’est qu’une intuition qui réclame confirmation (1).

L’autre question est celle des objectifs du système éducatif et de ce qu’il présage de l’avenir d’un pays. En laissant plus de temps aux élèves pour des activités non scolaires on leur permet de pratiquer une activité artistique, d’avoir plus de relations sociales et de jouer plus à loisir. Créativité et imagination en bénéficient, ce sont des qualités qui auront une place essentielle dans les années à venir. Il semble que les pays qui emploient leurs élèves à plein temps observent un déficit dans ce domaine.

PISA ne peut donc pas être considérée comme bon indicateur de l’efficacité d’un système éducatif. Elle permet de pointer les manques les plus évidents : faible niveau moyen et écarts trop prononcés entre différentes catégories d’élèves… Mais si l’école travaille à préparer l’avenir, des systèmes très différents peuvent, dans la perspective de PISA, avoir des résultats quasi identiques tout en formant des élèves aux compétences très différentes.

(1) Si vous avez connaissance  d’une étude confirmant ou infirmant cette idée, pouvons-nous vous inviter à nous la faire connaître ? Merci d’avance.

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