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Extreme parenting? Vous traduisez cela comment en français ?

8 février 2011

Quand nos élèves ne sont pas à l’école où sont-ils, que font-ils et cela nous importe-t-il? En général ils sont avec leurs pairs, et c’est le plus souvent ce qu’ils préfèrent ; chez les parents ou dans un garage, dans la rue ou sur Facebook, ils “socialisent”, activité formatrice et qui jouera un rôle considérable dans leur développement ultérieur. Autre lieu d’influence : les médias et bien sûr la télévision qui nourrit leur imaginaire pour le meilleur et pour le pire. Enfin ils peuvent être avec leurs parents et de tous ces milieux, c’est le seul avec laquelle l’enseignant puisse dialoguer, le seul qu’il puisse influencer, d’où, peut-être, une légère surestimation de son importance réelle dans les conversations de salle des professeurs.
Qu’attendons-nous en fait des parents? Si vous n’avez pas passé ces derniers mois sur une île coupée d’internet, donc du monde, vous devez connaître Amy Chua, la “Tiger Mother”.  Cette mère sino-américaine a occupé une place de choix dans plusieurs médias à travers le monde. Mme Chua est professeure de droit à Yale, elle a précédemment enseigné dans d’autres universités prestigieuses, elle est l’auteure de deux livres de politique internationale unanimement salués par la critique : “World on Fire” (traduction française “Le monde en feu : Violences sociales et mondialisation” – Paris, Seuil, 2007) et Day of Empire : How Hyperpowers rise to global dominance (Doubleday, 2007).

Tout commence avec un article du Wall Street Journal annonçant un nouveau livre “Battle Hymn of the Tiger Mother” (Bloomsburry) dans lequel elle explique comment et pourquoi les mères chinoises sont nettement plus efficaces que les occidentales : elles ne laissent pas leurs enfants être médiocres, elles ne les autorisent pas à perdre leur temps a des amusements scolairement inutiles, elles choisissent leurs activités extrascolaires et ne leur permettent pas de ne pas jouer du violon ou du piano. La réussite scolaire est pour les parents chinois la preuve d’une éducation réussie. C’est ce que dit Mme Chua. Son dernier livre n’a donc rien à voir avec la géo-politique mondiale et moins encore avec la diplomatie. Vous trouverez ici un bon résumé de ce qu’il faut savoir sur elle ainsi que certains des commentaires qui ont accompagné la parution de son livre.

L’origine de la différence des pratiques éducatives familiales entre la Chine et l’Occident tiendrait au fait que, si chez nous les parents se sentent responsables de l’enfant, de son bonheur et de son épanouissement, pour les familles chinoises c’est l’enfant qui est débiteur vis à vis de la famille et doit, en conséquence, travailler à en défendre la réputation, l’honneur et la place dans la société.
Là où Mme Chua a poussé le bouchon un peu loin c’est lorsqu’elle a confié qu’elle n’hésitait pas à utiliser des méthodes assez brutales (mais sans violences physiques) et à insulter ses filles (déchets répugnants et autres gentillesses) si elles lui manquaient de considération, si leur comportement n’était pas adéquat ou si leurs résultats scolaires étaient moins qu’excellents, voire à les harceler psychologiquement jusqu’à obtention d’une amélioration significative.
On voit déjà le titre du blockbuster : “Dr Spock contre Tiger Mother”.
Le succès du livre était garanti, outre son côté provocateur il touche à deux sujets qui préoccupent beaucoup les Etats-Unis et l’Europe depuis quelques temps : la montée en puissance de la Chine et la crise de l’éducation. De fait le l’ouvrage a été largement commenté d’abord dans la presse des Etats-Unis, puis plus largement à travers le monde comme en Grande-Bretagne, mais aussi en Chine, et, bien sûr, en France. Signalons, entre autres : France Info ou rue 89.

Certaines critiques ont été très méchantes et Mme Chua a même reçu des menaces anonymes. D’autres commentaires sont plus amusants, pertinents voire émouvants comme celui de Ayelet Waldman où la mère juive répond à la mère chinoise.

Aujourd’hui Amy Chua affirme que son livre est ironique, repose sur l’autodérision et qu’il ne faut donc pas prendre tout cela trop à coeur tandis que ses filles se font avocates de la défense. Pourtant, en Chine, on commence à questionner la validité de ce genre d’éducation, qui ressort bien à une pratique coutumière.

La plupart des commentateurs se sont interrogés sur les points fondamentaux que soulèvent les principes éducatifs de la Tiger Mother. Quelle influence ont-ils sur l’équilibre psychologique des enfants, est-ce réellement plus efficace que la méthode occidentale, ne fabrique-t-on pas ainsi des enfants-robots, doit-on en faire reposer les excès sur le fait que Mme Chua est une immigrée.

Il y a cependant quelques points sur lesquels j’ai trouvé peu de commentaires, mais peut-être n‘ai-je pas regardé au bon endroit.
En premier lieu je me demande dans quelle mesure Mme Chua aurait agi de même si ses deux enfants ou au moins l’un d’entre-eux avait été un garçon. Depuis des années nous savons que les filles réussissent mieux que les garçons à l’école. Il est évident que l’on ne saurait trouver l’origine de cette situation dans la seule attitude maternelle, cependant voilà une occasion d’interroger la place de la famille et, singulièrement les attentes maternelles, dans un domaine où l’on ne place l’accent que sur le rôle de l’école.
Plus que la question de l’efficacité je me demande s’il ne faudrait pas se poser celle de la productivité. J’avais déjà abordé cette question ici en comparant, sous l’éclairage de PISA, les systèmes éducatifs coréens et finlandais. Les adolescents qui intègrent les meilleurs filières universitaires et/ou font preuve d’un exceptionnel dynamisme professionnel ont-ils tous bénéficié d’une éducation aussi contraignante. Si ce n’est pas le cas ce qu’ils ont pu acquérir en dehors du temps consacré à la réussite scolaire et sociale a-t-il ou non été utile?
Car il est évident que l’objectif poursuivi par Mme Chua est la réussite scolaire, grâce à laquelle on peut espérer intégrer les filières d’excellence qui débouchent sur un statut social privilégié. N’y a-t-il pas là un excès de confiance en l’école, une priorité discutable accordée aux apprentissages formels sur les apprentissages informels? L’idée qu’il existe une voie royale et unique vers le succès? Mais l’école est-elle aujourd’hui vraiment attelée à la formation des citoyens de demain?
L’éducation qu’Amy Chua a donnée à ses filles intègre parfaitement  les objectifs de l’école. La plupart des parents, qu’ils soient ou non enseignants, en trouveront les principes et les méthodes d’une excessive sévérité. Nous préférons penser à nos enfants comme à des êtres épanouis, libres, heureux et créatifs. Pourtant la majorité des enseignants, qu’ils soient ou non parents,  reconnaîtra  dans les filles d’Amy Chua, l’élève idéal autour duquel nous bâtissons notre représentation du métier : aimables, attentives, tranquilles, travailleuses et peut-être même souriantes. Images plus ou moins fantasmée d’une adolescence acquise à l’école et à ses valeurs, élevée dans le respect du savoir et répondant aux questions qu’on lui pose au lieu de poser des questions qui n’ont pas de réponses.

En constatant, qu’effectivement, les élèves d’origine chinoise réussissent mieux à l’école que les autres on pourra se demander dans quelle mesure cette adéquation à nos critères implicites, à nos attentes comportementales d’adultes et d’enseignants ne participe pas pour une part significative de  ces excellents résultats.

Mise à jour le 11 février 2011

Tremeur me signale cet article de Slate qui illustre bien l’aspect "productivité" de la question :
Mary Gates and Karen Zuckerberg Weren’t Tiger Moms. Is the Amy Chua approach bad for the American economy?

dont voici un extrait :

Aspects of our education system—the progressive-education movement; the science-fair tradition—may in fact be well-suited to producing the labor force that will allow us to continue to compete on this basis. And even Amy Chua describes her approach to learning as joyless and focused single-mindedly on rote repetition and memorization at the expense of free-thinking creative development. The debate on the future of American education reflects this tension between teaching basic skills that generate higher test scores and fostering the blue-sky creativity that wins science fairs and creates great scientists. Indeed, some blame our increasing obsession with test results for an equally alarming decline in creativity.

This point was picked up by Larry Summers—hardly known as lackadaisical in personality or parenting style—who pointed out in a debate with Chua at Davos that if Karen Zuckerberg and Mary Gates had been tiger moms, they never would have let young Mark or Bill leave Harvard to pursue their entrepreneurial dreams, and we might not have Facebook or Microsoft (though America would probably have two more very competent dentists or lawyers).

Of course, it’s hard to invent Facebook or design the iPhone without developing sound foundations in math and science, the kind of preparation that Gates, Zuckerberg, and others born to privilege receive in America’s elite private schools. The dismal showing of American students in international tests implies that we’re limiting the pool of possible innovators by failing to provide this training to most children.

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