Le CDI tel qu’en lui-même enfin sa dignité le fige

Brève histoire des Centres de Documentation et d’Information où l’on essaie de comprendre pourquoi ils ne furent jamais à la hauteur de ce qu’ils promettaient.

À Agnès, Brigitte, Françoise, Jean-Pierre et Michel, cette contribution à un débat souvent entamé et jamais conclu. Affectueusement.

Lorsqu’en 1958 l’ancêtre le plus direct du CDI (Centre de Documentation et d’Information) est créé au lycée Janson-de-Sailly l’objectif est de favoriser le contact entre l’élève et le document. Il s’agit de faire entrer dans les pratiques ce qui est préconisé par la circulaire ministérielle du 13/10/1952 : utiliser le document comme source de connaissance et non le présenter à la fin du cours magistral comme complément et illustration. Le CDI (à l’époque SDI, S pour service) s’inscrit à l’origine dans la promotion (modeste et raisonnable) des méthodes actives d’enseignement. La documentation : livres, revues, encyclopédies,… initialement réservée aux enseignants va être mise à disposition des élèves. Au départ, donc, le CDI s’inscrit dans une pédagogie de l’autonomie de l’élève. Il apparaît même comme un levier potentiel de la nécessaire transformation des pratiques pédagogiques. Rôle qui lui sera proposé à un autre moment charnière de son histoire.

Mais les fées qui se penchèrent sur le berceau du CDI n’assuraient pas le service après vente. Deux questions vont gêner une croissance harmonieuse. Le personnel d’abord : pas de recrutement spécifique, pas de formation adaptée. On trouvera des enseignants qui n’ont pas assez d’heures de cours ou des personnels avec un niveau universitaire suffisant mais qui n’ont pas réussi les concours de recrutement. Pire, l’administration trouvera judicieux d’y faire travailler les enseignants qui rencontrent des difficultés dans l’exercice quotidien de leur profession. L’idée implicite est probablement que les élèves qui vont au CDI sont les meilleurs, les plus calmes et les plus respectueux. Conception doublement fausse, révélatrice d’une conception de l’élève et qui montre bien que si, dans l’idée et le texte, le CDI est le fer de lance d’une imminente mutation pédagogique, sur le terrain et dans la réalité on ne sait trop qu’en faire.

Second problème, si la pratique de l’usage du document pour rendre vivant le cours se répand doucement chez les enseignants, l’idée de laisser à l’élève une part d’autonomie dans son apprentissage ne semble pas se dessiner à l’horizon du possible. Rien dans la formation et le recrutement des enseignants ne débouche sur ce genre d’aventure pédagogique.

Le potentiel pédagogique du CDI ne sera donc pas réalisé parce que les enseignants n’en perçoivent pas vraiment l’intérêt et que les gens qui y travaillent n’ont pas la légitimité nécessaire pour être des contrepoids efficaces, le CDI devient une zone d’utilité marginale. Les chefs d’établissement qui ne savent pas trop qu’en faire y glissent chaque fois que possible les nouveautés, les tâches que l’on ne sait à qui confier, les matériels nouveaux dont l’usage reste indéfini.

Le ministère qui avait multiplié les CDI en les peuplant de gens destinés à y travailler sans bien savoir ce qu’ils allaient y faire (les restrictions de crédit n’étaient pas à l’ordre du jour) se rend compte qu’il faut mettre bon ordre à cette situation et c’est la première circulaire de mission, celle du 13/03/1986. On y retrouve cet aspect patchwork qui reste encore l’une des marques caractéristiques du travail des documentalistes. Il est important aussi de noter qu’à ce moment le CDI s’installe entre deux zones d’attraction : la pédagogie et l’administration, sorte de satellite indécis occupant un point de Lagrange incertain. Toujours susceptible de glisser vers un domaine ou vers l’autre le CDI vit dans l’insécurité. Perçu par les uns comme un secrétariat spécialisé, par les autres comme un local technique, il doit se créer une identité et la défendre bec et ongle.

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Un jour un collègue vient me voir au CDI, essentiellement pour parler de la pluie et du beau temps. Comme personne ne sait ce que fait vraiment le documentaliste on le soupçonne d’être en permanence disponible pour tailler une bavette. C’était la première fois qu’il venait depuis mon arrivée et il m’a très gentiment expliqué qu’il n’y avait rien là-dedans de personnel, simplement il n’avait l’usage ni de mes livres, ni de mes talents,… Il venait plus souvent l’année précédente mais, m’avoua-t-il, la documentaliste d’alors était jeune et jolie.
Je savais n’être ni l’un, ni l’autre, je ne devais donc pas trop m’attendre à le revoir.
C’était ma première année en tant que documentaliste.

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Il faut avoir connu cette situation pour comprendre le sentiment qui agite, à ce moment d’histoire professionnelle, le corps des documentalistes. Pourvu de diplômes universitaires, parfois en grand nombre, il/elle se retrouve à tenter de convaincre des gens qu’il/elle considère comme des collègues de bien vouloir lui rendre la pareille. Peine perdue dans le meilleur des cas il/elle est perçu(e) comme prestataire de service (gérer les manuels, organiser les voyages, assurer la surveillance des élèves,…) dans le pire comme agent technique (prêt et conservation des appareils audio-visuels, photocopies,…). L‘attitude des enseignants va d’une sympathie étonnée à un cordial mépris en passant par la curiosité et l’indifférence – travailler ensemble? pour quoi faire? Blessure narcissique et lutte quotidienne pour affirmer une présence autant qu’une compétence.

Vient le moment où les choses bougent et où le CDI trouve une vraie, authentique légitimité, du moins à ses propres yeux. Après la vague du multimédia, la société de l’information pointe le bout de son nez, la plupart des gens commencent à s’apercevoir que l’ordinateur change le monde. Dans l’établissement scolaire les geeks se mettent à fleurir et, geek ou pas, le documentaliste se retrouve aux premières loges. D’abord parce que, ainsi qu’on l’a vu plus haut, c’est une nouveauté que l’on ne sait où caser et qui ira donc s’échouer sur la plage CDI. Ensuite parce que l’information c’est le domaine professionnel du documentaliste, du moins cela devrait l’être. L’époque verra d’ailleurs la confrontation entre le bibliothécaire occupé à la conservation du document, le livre en premier chef, et le documentaliste gérant l’information quelque soit le document, un peu comme on fait de l’agriculture hors-sol. Le numérique s’affirme à une vitesse extraordinaire, les possibilités sont immenses dont en premier lieu la gestion informatisée du fonds documentaire. L’introduction de l’ordinateur dans l’école confirme un champ de compétences pour le documentaliste, et tout cela dans le tech, le moderne, la geekitude. Il y a là un outil fabuleux pour attacher les élèves au CDI et les convaincre des attraits de l’école.

La question qui se pose est de savoir si l’école en veut. Or ce n’est pas vraiment le cas. L’enseignement reste rétif face à une pédagogie active aggravée d’une technologie complexe. La transmission des savoirs se fait et continuera de se faire, ainsi qu’il en est depuis la nuit des temps, dans le cadre d’un discours tenu par un enseignant face à des élèves attentifs et discrets.
Une seule issue, semble-t-il, pour les documentalistes : devenir des enseignants à part entière, faire cours, professer et même, s’il le faut, corriger des copies. Pour enseigner il faut une discipline de référence ; celle-ci existe, les sciences de l’information sont en plein essor. Reste à la transformer en discipline scolaire. Un travail incroyable est alors accompli par des gens qui ne mesurent ni leur temps, ni leur énergie pour faire du documentaliste-bibliothécaire un professeur-documentaliste (1). Le contexte aide : la société de l’information pointe le bout de son nez.

Le couronnement aura lieu le 19 mai 1989 quand Lionel Jospin, alors Ministre de l’Education nationale, annonce la création d’un CAPES dans un discours dont le titre 1 est “Les CDI au service de la dynamique de la rénovation”. Apogée d’une trajectoire, les documentalistes voient leur rôle reconnu, reçoivent l’officialisation de leur statut professoral et sont, pour la seconde fois, conviés à participer activement à la rénovation du système éducatif.

Le CAPES fonctionne alors comme un piège. Nantis du titre de professeur, les documentalistes se sentiront obligés de coller à l’image du métier : faire cours, exposer devant les élèves des contenus de savoir, maîtriser une didactique, alors même que le cours frontal commence à ne plus faire recette. Le CDI enfourche alors le mauvais cheval, celui qui ne gagnera pas la course de la modernisation.

La recherche documentaire comme discipline se prête mal à cette dynamique. Les contenus en sciences de l’information sont, le plus souvent, hors de portée d’un élève de collège et dépourvus d’utilité immédiate. La voie royale serait celle d’une mise en pratique raisonnée, d’une expérimentation assistée. Comme l’écrivait récemment Pierre Frackowiak sur Educavox :

On peut penser que cette prof … affirmait, en toute bonne foi, comme le pensent de nombreux citoyens, qu’il est normal d’apprendre la mécanique avant d’exercer son intelligence… C’est ainsi qu’il faudrait apprendre les lettres et les sons avant de parler, les syllabes avant de lire, les nombres avant les problèmes, la grammaire avant d’écrire, etc, etc. Les bases d’abord ! Mais où sont les bases ? Et comme les bases ont des bases, où est le début des bases des bases ?
Ainsi, il faudrait toujours apprendre avant de faire. Si c’était vrai, il y a des domaines de la vie où nous serions, ou aurions été, bien malheureux. Certes les préliminaires ont leur charme mais ils n’exigent guère d’apprentissages mécaniques préalables. Comme le disait Célestin Freinet : pour apprendre à rouler à vélo, on monte sur le vélo et on roule. On n’apprend pas d’abord le nom de chaque pièce du vélo et la description du fonctionnement du pédalier.

Un collègue formateur me disait un jour que le CDI pouvait être, à la limite, pensé comme l’instrument pédagogique à la disposition du professeur-documentaliste dans sa tâche d’enseignement. Si l’on suit ce point de vue, l’outil, conçu au départ pour favoriser et soutenir l’autonomie de l’élève, se retrouve alors confisqué au profit d’un discours magistral. Comme on l’a vu ailleurs, une technologie ne porte pas d’usage pédagogique implicite, c’est l’intention qui fait la différence.

Évidemment, la poussière de l’effet d’annonce retombée, l’institution ne suit pas, c’est un classique. Le professeur-documentaliste doit faire cours, mais les conditions de cet exercice ne seront jamais précisées. Combien d’heures annuelles, hebdomadaires ? Ce sera laissé à la discrétion du chef d’établissement. Les contenus, élaborés par les documentalistes eux-mêmes, ne feront jamais l’objet d’un consensus national. L’obligation pour faire cours d’emprunter un contenu à une matière traditionnelle affaiblit considérablement la prétention à l’autonomie de la discipline. Les inspecteurs n’ont pas de consignes précises et s’intéresseront tantôt à la tenue du CDI, tantôt demanderont aux professeurs-documentalistes de faire cours. Car ce n’est pas parce qu’ils sont chargés d’une tâche pédagogique qu’ils sont déchargés de l’aspect administratif de leur travail. La création de postes ne suit pas non plus et les chefs d’établissement continent de mettre au CDI tout ce qui n’a pas de place évidente ailleurs. Enfin la légitimité de l’enseignement par les documentalistes si elle est inscrite dans les textes, n’est pas toujours bien assimilée par les enseignants et par les élèves. Les documentalistes eux-mêmes ont quelques difficultés à trouver leurs marques.

Pendant ce temps les technologies de l’information et de la communication explosent. L’ordinateur n’est, de plus en plus, que l’outil qui permet de naviguer sur internet. La wikipedia vient perturber la tranquille suprématie de l’encyclopédie et du dictionnaire. Google rend caduc le fichier de la bibliothèque, qu’il soit informatisé ou non. Laptops, netbooks et tablettes connectées via la wifi permettent de faire des recherches documentaires n’importe où et n’importe quand. Les documentalistes utilisent et promeuvent ces outils, portails et blogs fleurissent et se multiplient, mais dans le même temps ces outils suggèrent la caducité du CDI en tant que lieu et en tant qu’outil.

C’est dans ce contexte que va prochainement voir le jour une nouvelle circulaire de mission. Dans quelle mesure prend-elle en compte ces mutations? Le site de la Fadben (Fédération des enseignants documentalistes de l’Education nationale) présente la proposition faite par le ministère. On y retrouvera les tâches traditionnellement confiées aux documentalistes : promotion de la lecture, ouverture culturelle et gestion du fonds documentaire. La fonction pédagogique devient une participation à la formation des élèves, ce qui est logique dans la mesure ou la pluridisciplinarité est de rigueur. Enfin le documentaliste concevra et mettra en oeuvre la politique documentaire de l’établissement, c’est-à-dire la sélection et la mise à disposition de ressources matérielles et virtuelles destinées à l’usage des élèves. Il s’agit donc d’une actualisation conceptuelle de ce que l’on appelle traditionnellement le fonds documentaire. Il est aussi question d’assurer pour le compte des autres disciplines une tâche de veille informative.

L’absence d’ambition de cette nouvelle circulaire inquiète, à juste titre, les professeurs-documentalistes. Elle devrait inquiéter tous les enseignants, mais ceux-ci ont déjà nombre d’autres sujets de préoccupation.

Il est facile, après-coup, de refaire l’histoire. Imaginons cependant que les documentalistes n’aient pas investi le domaine de la pédagogie, le territoire de l’enseignement par la voie la plus classique, le traditionnel et presque immémorial cours frontal.
En terme de savoir la recherche documentaire n’est pas facile à exposer. Les leçons sur les supports, les matériels ou les méthodes ne suscitent guère l’enthousiasme de la majorité des élèves. Quant à ceux que ce domaine passionne, ils en savent souvent plus que le documentaliste. L’histoire du document n’obtient, en général, pas plus de succès. Alors qu’écrans et claviers sont l’objet du désir, le discours théorique et la recherche guidée sont des frustrations incompréhensibles.

Et si, à la place, le CDI avait gardé l’état d’esprit qui a présidé à sa création? Développer, encourager, stimuler l’autonomie des élèves : tâche exaltante si l’on veut bien sortir de l’idée que ce dont ils ont besoin c’est qu’on leur fasse cours et qu’on leur impose une nouvelle discipline dont ils perçoivent mal l’utilité, d’une part parce qu’elle est vécue comme une pratique dont la théorisation fait appel à des notions difficiles, d’autre part parce qu’elle échappe complètement au système de valeurs dans lequel baigne l’école.

Comment faire du CDI un lieu privilégié où se pratique une pédagogie active des outils d’informations? Il y a une multitude de réponses et chacun trouvera celles qui conviennent ici et moins là. On peut cependant ouvrir quelques pistes :

  • Mettre à disposition des élèves des instruments facilitateurs, fichiers de questions avec les réponses pour permettre une auto-évaluation. Ce genre d’outil peut aussi bien concerner les méthodes de la recherche documentaire que n’importe quel autre domaine du savoir qu’il soit ou non présent dans l’établissement.
  • Manifester une présence attentive et bienveillante auprès des élèves-chercheurs pour les aider à perfectionner leur méthode de recherche. Au CDI l’erreur ne doit pas être sanctionnée, elle est l’essence même du travail, chercher et se tromper pour chercher mieux. Dans cette étape c’est l’attitude de l’enseignant qui fera la différence.
  • Aider les élèves à établir les liens entre les disciplines, à se constituer une culture et à adopter une attitude intelligemment critique envers les limites de l’institution scolaire : il existe une réalité dehors qui n’est ni celle de l’école ni celle que limite leur horizon quotidien. Cela suppose un documentaliste doté d’une bonne culture.
  • Le CDI, murs, tables, chaises, livres, revues et ordinateurs peut être le lieu d’un travail de groupe. Le professeur-documentaliste apporte à l’occasion une aide discrète et fournit le matériel. Comme il est là on lui pose des questions et comme il sait les réponses ou, au moins, sait où les trouver il gagne une place dans l’univers des élèves.
  • Le CDI est le seul endroit où les élèves peuvent travailler ensemble, or c’est une pratique qu’il est vital d’encourager. Le rôle du documentaliste peut être là essentiel. Évidemment, toute cette activité va être bruyante, mais un CDI doit-il être une bibliothèque?
  • Si le CDI est un lieu d’ouverture sur le monde alors il faut tenir compte de ce que pour nos élèves cette ouverture passe par le web et par des sites qui sont actuellement bannis des CDI. Qu’est-ce qui justifie l’interdiction qui pèse sur les réseaux sociaux, sur les sites de communication? Protéger les élèves? La meilleure protection consiste probablement à être présent et attentif, interdire et réprimer ne fera jamais que stimuler la curiosité voire inciter à la délinquance.
  • Il existe sur internet ou sous forme de logiciels résidents des jeux sérieux qui peuvent inciter les élèves à la réflexion et améliorer leur connaissance du monde. Là encore le CDI a un rôle essentiel à jouer en mettant ces outils à disposition des élèves et en les encourageant à s’en servir.

De manière général le CDI peut être pour les élèves un lieu de partage d’informations susceptible de concurrencer localement les réseaux sociaux. Aujourd’hui la légitimité du CDI pourrait plus facilement reposer sur l’adhésion des élèves que sur l’assentiment d’une Éducation nationale qui ne veut pas de nouveaux enseignants professant une nouvelle discipline. Il pourrait devenir un lieu accueillant, vivant, riche et où l’on apprendrait des choses utiles.

Évidemment tous les élèves ne sont pas prêts à accepter ce genre de situation sans essayer aussitôt d’en profiter, voire d’en abuser. Il est donc moins question de propositions concrètes que de pistes de réflexion en faveur d’un état d’esprit différent, un retour à la vocation initiale des CDI. On reprochera à ces suggestions de plaider pour la création d’un lieu agréable et distrayant dépourvu d’utilité pédagogique et de sérieux. C’est ne pas voir que l’école éloigne les jeunes à force de pesanteur et de componction, c’est ignorer que l’intuition qui nous dit que l’on apprend mieux dans un environnement plaisant est confirmée par la recherche scientifique la plus récente. Le CDI peut jouer un rôle novateur en assumant cette différence plus qu’en cherchant à se glisser dans un moule qui n’est pas fait pour lui.

Du moins cela aurait été possible, car les signaux donnés par l’institution ne permettent pas penser que les CDI ont encore un avenir dans les établissements scolaires. Disparition des postes au concours interne, agrégation jamais créée, multiplication des postes de vacataires, nouvelle circulaire de mission qui accorde du bout des lèvres une participation à l’activité pédagogique : l’affaire semble réglée ; la lente extinction du professeur-documentaliste est en cours. Dans le contexte de la réduction massive du budget de l’Éducation nationale, quand les postes disparaissent par milliers on voit bien que ceux des documentalistes seront parmi les premiers touchés dans la mesure où ils soulèveront peu d’indignation.

L’Éducation nationale n’a jamais été susceptible d’utiliser le potentiel que représentait les CDI en terme de modernisation du système éducatif et d’introduction de la modernité dans l’enseignement.
Les documentalistes trop occupés à devenir enseignants à 100% en assumant tous les tics et travers d’une représentation classique du métier de professeur ont n’ont pas réussis à de devenir une force de proposition pédagogique.
Les CDI resteront une des plus belles occasions manquées d’un système éducatif qui peine à s’adapter aux changements du monde.

(1) Entre autres mais en première place Françoise Chapron à qui la discipline documentation doit énormément.

Mise à jour – 17/02/2011

Je m’aperçois que j’ai oublié de signaler que le titre est inspiré du premier vers d’un poème de Mallarmé, Hommage V – Tombeau d’Edgar Poe (1887)

Tel qu’en lui-même enfin l’éternité le change,
Le Poëte suscite avec un glaive nu
Son siècle épouvanté de n’avoir pas connu
Que la mort triomphait dans cette voix étrange !

Rendons à Stéphane ce qui appartient à Stéphane.

4 réflexions sur “Le CDI tel qu’en lui-même enfin sa dignité le fige

  1. Bonjour,
    Votre point de vue est intéressant.
    Le titre me semble toutefois peu compatible avec la réalité actuelle des CDI : le CDI n’est pas un lieu figé; au contraire c’est un lieu propice à l’expérimentation. Je n’en donnerai qu’un exemple, regardez sur les blogs de CDI et vous allez vous rendre compte de l’utilisation des « serious games » (lesquels sont largement ignorés par les programmes officiels de l’Education Nationale)
    Le cours frontal que vous décrivez comme la norme au CDI me semble plus l’exception que la règle. Pendant les séances de CDI, les élèves sont en activité et souvent en autonomie.
    Le regret que l’on peut avoir, c’est que le CDI est un lieu méconnu mal utilisé par les chefs d’établissement et les professeurs de discipline. L’autre grand regret est le manque de personnel : quand une seule personne reçoit 800 élèves par semaine, il lui est impossible de faire un travail efficace.
    Cordialement
    Cdimonjous.

    • Avant de rédiger ce billet j’ai essayé de trouver une indication statistique du nombre de CDI éditant un blog, promouvant des usages différents, présents sur Facebook… Je n’ai pas réussi à trouver une BdD acceptable, j’ai donc bricolé à la recherche d’exemples et de cas particuliers.
      Il me semble clair que les CDI sont plus présents sur le web que les autres disciplines, sans que cela soit, pour autant, quelque chose de formidable. Après tout les professeurs-documentalistes ont bénéficié d’une formation intensive en matière de TICE. Il y a manifestement des CDI très innovants, mais ne devrait-on pas dire, simplement des documentalistes très dynamiques? comme il y a des professeurs innovants? Que certains des CDI qui éditent un blog promeuvent d’autres outils c’est certainement très positif, mais combien sont-ils en valeur relative si l’on veut bien considérer qu’il y a un CDI par lycée et par collège? Si vous disposez d’une information susceptible d’éclairer ma lanterne, je vous serai sincèrement reconnaissant de me la communiquer.
      De même pour les pratiques pédagogiques, je ne dispose pas d’information qui me permettent de savoir ce qu’est la norme en matière de pratiques pédagogiques. Ce qui me semble à peu près évident c’est que si vous cherchez des ressources pédagogiques pour les CDI vous trouverez facilement des séquences mais rarement des exemples de conformation des lieux et des ressources incitant les élèves à un travail autonome.
      Je suis tout à fait d’accord avec vous sur le dernier point, le CDI et le prof-doc sont largement ignorés de la communauté éducative. Comme vous je le déplore, mais je persiste à croire que le problème est fondamental, le CDI reste comme une goute d’huile dans l’océan.
      Quoi qu’il en soit, merci beaucoup pour votre commentaire qui incite à poursuivre la réflexion. Très cordialement.

  2. Bonjour et merci pour ce bel article.
    Je suis bien d’accord avec l’erreur du statut de « professeur », mais je pense que pour beaucoup c’était une manière de se faire reconnaître comme un acteur équivalent aux autres, malgré l’unicité le plus souvent.
    Concernant le projet de circulaire, je pense que c’est une grave erreur de réduire comme vous le faites la notion de « politique documentaire » à un équivalent du fond documentaire.

    Je me permets ces quelques remarques ayant participé à la formation continue des professeurs documentalistes dans l’académie de Versailles. Mes documents se trouvent sur mon site :
    http://bdesclaux.jimdo.com/formations/professeurs-documentalistes/
    http://bdesclaux.jimdo.com/formations-de-formateurs/fodefo-prof-doc/

    Voir également un article sur mon blog : Pilotage et conseil technique dans l’établissement scolaire, nouvelle organisation, nouveaux rôles (http://blog.educpros.fr/bernard-desclaux/2010/09/07/pilotage-et-conseil-technique-dans-letablissement-scolaire-nouvelle-organisation-nouveaux-roles/)
    En tout cas, je fait un tweet concernant votre article
    Bernard Desclaux

    • Merci beaucoup aussi pour votre commentaire et la documentation que vous présentez. Je suis tout à fait d’accord avec vous : je dresse un tableau quelque peu caricatural en réduisant la politique documentaire à la gestion d’un fonds.
      Je suis aussi d’accord avec vous pour penser qu’il existe un potentiel pour les documentalistes dans le rôle d’expert-conseil. Pour autant que je me souvienne c’est un débat déjà ancien.
      J’ai cependant quelques réserves.
      D’abord cela supposerait que l’établissement scolaire ou le réseau d’établissements scolaires se pense et travaille comme un système d’information, se dote d’outils adéquats, travaille un peu la question de la qualité, que les entrées ne soient pas seulement les directives ministérielles et rectorales et que les sorties ne relèvent pas seulement d’un mode de communication rituel. Il me semble qu’on est loin du compte en la matière. Question de culture professionnelle?
      D’autre part, le projet de circulaire de mission insiste sur le fait que les ressources informatives ne sont plus les mêmes et le rôle du professeur-documentaliste dans la politique documentaire serait alors surtout la gestion d’un fonds documentaire simplement élargi aux ressources du web : sélection de ressources, repérage de sites à filtrer, … Mis en parallèle avec l’évolution des pratiques lectorales des adolescents, on voit se profiler un rôle identique dans des lieux et avec des outils différents. J’ai peur que la prochaine circulaire de mission se limite à cela.
      Enfin si j’ai de sérieuses réserves sur la pratique d’une pédagogie traditionnelle il me semble que le professeur-documentaliste a un rôle essentiel à jouer en matière de formation des jeunes. Il ne faudrait pas qu’il passe soudain du tout enseignement au zéro enseignement. Cependant si le métier devait glisser vers une zone d’équilibre entre l’administratif et le pédagogique il me semble qu’un effort important devrait être fait en matière de formation et d’outils. Or, ces temps ci, les efforts…
      Merci encore pour votre commentaire et j’espère que nous aurons d’autres occasions de poursuivre ce débat. Cordialement.

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