Une bouffée d’oxygène dans le management des établissements scolaires ?

Tout le monde est d’accord pour dire que l’efficacité de l’enseignement en classe réside principalement dans l’enseignant, son rapport avec les élèves, ses qualités pédagogiques,… Cet enseignant est d’autant plus efficace qu’il jouit d’un environnement favorable, et le chef d’établissement est la pièce maîtresse qui l’organise. Ceci n’est pas qu’élément de doctrine. Au cours d’une longue carrière j’ai croisé des principaux et des proviseurs dont les talents de manager étaient de qualités diverses. Malgré des contraintes administratives rigides certains soutenaient voire créaient le dynamisme des équipes d’enseignants et entretenaient une atmosphère agréable dans l’établissement scolaire. D’autres, au-contraire, s’appuyaient sur ces mêmes contraintes pour mettre doucement le collège ou le lycée à la panne. Les pires réussissaient en peu de temps à ruiner une ambiance de travail, une dynamique pédagogique et ne stimulaient chez les enseignants que le seul espoir d’obtenir une mutation.

On peut voir dans cette responsabilité individuelle du manager l’origine des primes que l’Education nationale verse aux chefs d’établissement les plus méritants à ses yeux. Tremeur a déjà signalé ici les limites de cette stratégie. En outre la culture hiérachique et managériale de l’Education nationale semblant parfois nous venir tout droit de l’Ancien Régime, on peut se demander s’il ne serait pas judicieux d’engager une réflexion sur le sujet? L’exemple pourrait venir de Google :

In early 2009, statisticians inside the Googleplex here embarked on a plan code-named Project Oxygen.

Their mission was to devise something far more important to the future of Google Inc. than its next search algorithm or app.

They wanted to build better bosses.

Comme le dit l’article du NYT on s’attendait, de la part de Google, a quelque chose qui sorte de l’ordinaire. Or le résultat est finalement assez banal : huit conseils au bon manager et trois pièges à éviter. Vous les trouverez ici.  Il y a cependant, derrière cette apparente banalité, des idées qui méritent d’être méditées. La plus importante, à mon sens, c’est que l’expertise technique n’a pas une importance aussi grande que cela. Un employé de Google n’attend pas que son directeur en sache plus que lui dans son domaine. Par contre il demande beaucoup en terme de gestion et de considération.

In the Google context, we’d always believed that to be a manager, particularly on the engineering side, you need to be as deep or deeper a technical expert than the people who work for you. It turns out that that’s absolutely the least important thing. It’s important, but pales in comparison. Much more important is just making that connection and being accessible.

Ce que les gens attendent ce sont des responsables qui ont du temps pour des réunions face à face, qui aident à résoudre les problèmes en écoutant leurs employés plutôt qu’en imposant des solutions toutes faites et qui s’intéressent à leur carrière et à leur vie. Et ce n’est pas une chose négligeable.

Managers also had a much greater impact on employees’ performance and how they felt about their job than any other factor, Google found. The starting point was that our best managers have teams that perform better, are retained better, are happier — they do everything better.

Un autre point essentiel porte sur la nature même de l’enquête. Le projet Oxygen ne cherche pas vraiment ce qui fait le bon chef en soi, universel, le couteau suisse du management. Ce qui intéresse Google c’est ce qui fait un bon chef chez Google, et même si un certain nombre des conclusions de l’étude peuvent être étendues à d’autres entreprises on aurait tort de généraliser hâtivement. Surtout si l’on se penche sur l’Education nationale. On peut, en effet, difficilement imaginer deux cultures d’entreprise plus dissemblables. Entre l’antique institution de la rue de Grenelle et l’ex-start up de Mountain View le fossé est immense.

Raison de plus pour chercher ce qui fait le bon chef d’établissement. Quelles sont les qualités qu’enseignants, enseignés, personnels administratifs et de service apprécient? Le ministère pourrait, par exemple, lancer une vaste enquête autour des styles de management, et à partir des résultats obtenus adapter les formations initiales et continues des principaux et proviseurs. Qu’en pensez-vous ?

2 réflexions sur “Une bouffée d’oxygène dans le management des établissements scolaires ?

  1. Bonjour Jean-Paul. Ton expérience en matière de chef d’établissement est – je le suppose – partagée par la profession. Comme pour le « bon » enseignant, l’efficacité tient davantage aux qualités personnelles. Est-il surprenant que cette carrière de chef ait attiré autrefois des professeurs issus de disciplines – disons littéraires – et depuis une vingtaine d’années, d’après ce qui me semble, des Collègues d’EPS et de Technologie ? Dans le cas de l’EPS, il faut être une personne de terrain, un leader autant qu’un coach. Dans celui de la technologie, c’est peut-être la discipline qui a évolué et s’est diversifiée le plus rapidement en termes de contenus en à peine trois décades et parmi les nouvelles missions, on doit faire découvrir le monde de l’entreprise.
    Qu’un chef d’établissement soit fin psychologue dans la gestion de « ses » enseignants (sorte de méta-élèves dont il/elle doit réclamer le silence à chaque début de réunion), de son personnel administratif et dans ses rapports avec – disons – l’élite des parents d’élèves paraît une condition minimale pour remplir la fonction.
    Mais j’ai parfois l’impression que c’est à cela que se cantonnent pas mal de personnes qui l’exercent, laissant à l’adjoint(e) le rôle de grand organisateur de l’année scolaire (emplois du temps, examens blancs et réels, conseils divers et rencontres), s’en remettant au gestionnaire pour diriger les personnels de services, abandonnant le soin aux CPE de « manager » les élèves et les surveillant(e)s. Voilà qui devrait laisser du temps…
    Ce qui me soucie, c’est que les chefs d’établissement « modernes » ne semblent pas connaître les élèves, hormis s’ils se montrent exceptionnels en bien ou en mal. Ce qui me navre, c’est que le personnage qui chapeaute tout cet ensemble arpente rarement les coursives de son domaine d’une manière concrète tel un capitaine sur le pont du navire dont la vigilance est garante du succès de la navigation.
    L’élève de base aujourd’hui ne connaît pas ni le caractère ni les humeurs du capitaine. Certains ignorent jusqu’à son nom, son visage… et donc sa présence.
    L’apprenant (quel vilain mot) doit être au coeur du système ? Moi, j’ai bien l’impression que, quelle que soit la position que l’on occupe dans le « système », on est au coeur d’une vaste nébuleuse qui s’ appelle l’éducation nationale où, sous le couvert d’un langage compris des seuls initié(e)s, rien n’est défini nettement, pas même le rôle du chef d’établissement. Administrer ou gérer ?
    En tout cas, l’idée de prime me paraît suspecte dans ce contexte. Des fantômes de primes qui assimilent des fonctionnaires à des chefs d’entreprise ? Mais les primes véritables se trouvent plus sûrement dans l’entreprise dont l’objectif est clair et unique, le profit financier, que dans l’éducation dont les objectifs restent incertains malgré des voeux pieux régulièrement mis à jour (produire des humanistes inévitablement citoyens, cultivés et tolérants ?) et, quant à ce qui concerne le profit pour le « monde du travail », il n’est, hélas, pas assuré à cause du fameux décalage entre ces besoins et l’adaptation de la formation. A commencer par les chefs.

    Lancer donc une vaste enquête sur ce que doit être un chef d’établissement ? Pourquoi pas.

    Saluts amicaux au duo de la solution de continuité.

  2. Est-ce que je peux dire que je suis heureux de voir qu’un de nos plus anciens lecteurs continue, de temps à autre, à venir voir ce qui s’écrit sur ce blog?
    Quant à la distance prise par de nombreux capitaines vis à vis de ce qui se passe sur le pont et dans la salle des machines, j’avoue ne pas bien réussir à en saisir l’origine (tout et autant que celle-ci soit unique). Peut-être que l’on ait dans une disparition générale du sens qui frappe presque tous les acteurs de l’Education nationale.
    En tous cas, merci pour ton commentaire et à bientôt j’espère
    Amitiés

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