La citation du dimanche

Une autre caractéristique de l’enseignement du Collège était le “travail collectif par équipe”, auquel le Père Pardo attachait une très grande importance. Les élèves étaient distribués en « équipes de travail » pour étudier tel ou tel problème qui leur était posé. Leur devise était « chacun pour tous ». Le Père Pardo bannissait formellement de ces équipes les supériorités. Il n’y avait pas de « maître » ou de « chef », mais seulement un « philosophe » chargé de la synthèse, dont le rôle était de rassembler et de commenter les travaux de chacun et de les coordonner, pour en faire un ensemble homogène. Chaque jeudi une équipe exposait devant tous les professeurs et tous les pères réunis le résultat de ses recherches. Les Pères et les Professeurs posaient des « colles ». Il fallait les avoir prévues. Parfois elles étaient si difficiles que des discussions s’ensuivaient entre les professeurs eux-mêmes.

Michel del Castillo
Tanguy
(fin du chapitre X)

La citation du dimanche

Nous sommes tous les deux en vacances ce qui risque de nuire sérieusement à la fréquence des billets sur Solution de Continuité. Nous serons de retour au plus tard le 3 mai. Voici, pour s’accorder à l’ambiance printanière, une citation optimiste et pleine d’entrain tout droit sortie d’une certaine idée de l’école :

Ah ! les beaux matins de clair soleil, où, dans la classe murmurante, se développe la leçon ! Comme s’arrêtent au seuil les regrets, les haines et les fureurs de tous les combats ! Comme on s’y sent, mal aidé, qu’importe ! mal soutenu, tant pis ! l’avenir en formation, gros d’amour et de clarté !
Et ces bons moments, c’est bien là que je les passe, au milieu de ma classe ; car si le tableau de ma situation matérielle, tel que je viens de l’esquisser, offre quelques traits sombres, je puis déclarer bien haut que celui de ma situation morale est tout entier illuminé par la joie sereine que me procure l’exercice de ma profession.
Oh ! le charme souverain de la classe ! quel instituteur-poète, épris de son métier, nous dira l’intérêt puissant et doux de la leçon qui fait luire les yeux, qui éclaire les fronts, qui concentre la lumière des prunelles sur les regards du maître, qui incline les corps en avant, qui captive l’attention, qui éveille et vivifie les esprits, qui les attache aux parcelles de la science, qui leur ouvre la voie vers de divines clartés !

Enquête-concours du Manuel général (1911-1912)
Cité par Jacques Ozouf

La citation du dimanche

Aujourd’hui, une citation extraite de l’article fondateur du connectivisme par George Siemens. Un texte qui a déjà plus de 6 ans… Le temps passe, mais les idées qui y sont exposées restent ô combien d’actualité.

The pipe is more important than the content within the pipe. Our ability to learn what we need for tomorrow is more important than what we know today. A real challenge for any learning theory is to actuate known knowledge at the point of application. When knowledge, however, is needed, but not known, the ability to plug into sources to meet the requirements becomes a vital skill. As knowledge continues to grow and evolve, access to what is needed is more important than what the learner currently possesses.

Connectivism presents a model of learning that acknowledges the tectonic shifts in society where learning is no longer an internal, individualistic activity. How people work and function is altered when new tools are utilized. The field of education has been slow to recognize both the impact of new learning tools and the environmental changes in what it means to learn. Connectivism provides insight into learning skills and tasks needed for learners to flourish in a digital era.

George Siemens

La citation du dimanche

Aujourd’hui une superbe citation d’Hannah Arendt qui insiste sur le besoin pour un système éducatif de stimuler chez ses apprenants la capacité à anticiper. Visionnaire, et totalement en phase avec nos besoins d’aujourd’hui.

Education is the point at which we decide whether we love the world enough to assume responsibility for it and by the same token to save it from that ruin, which, except for renewal, except for the coming of the new and the young, would be inevitable. An education, too, is where we decide whether we love our children enough not to expel them from our world and leave them to their own devices, nor to strike from their hands their choice of undertaking something new, something unforseen by us, but to prepare them in advance for the task of renewing a common world.

Hannah Arendt

La citation du dimanche

En quatre ou cinq mois mes progrès furent si rapides que le docteur me créa décurion de l’école. J’étais chargé d’examiner les leçons de mes trente camarades, de corriger leurs fautes et de les dénoncer au maître avec les épithètes de blâme ou d’approbation qu’ils méritaient ; mais ma rigueur ne dura pas longtemps, car les paresseux trouvèrent facilement le secret de me fléchir. Quand leur latin était rempli de fautes, ils me gagnaient moyennant des côtelettes rôties, des poulets et souvent même ils me donnaient de l’argent. Cela excita ma cupidité ou plutôt ma gourmandise, car, non content de mettre à contribution les ignorants, je devins tyran et refusait mon approbation à ceux qui le méritaient lorsqu’ils prétendaient s’exempter de la contribution que j’exigeais.

Casanova
Mémoires chap. II

La citation du dimanche

Aujourd’hui une citation pour le moins radicale du grand géographe du XIXe siècle Elisée Reclus,  auteur de la Nouvelle Gégraphie universelle, grand voyageur et avant tout anarchiste convaincu.

« Maintenant que l’école est laïque, la formule religieuse a été remplacée par une formule de grammaire, les sentences latines incompréhensibles ont fait place à des mots français qui ne sont pas plus clairs. Que l’enfant comprenne ou non, peu importe; il faut qu’il apprenne suivant un formulaire tracé d’avance. Après l’absurde alphabet qui lui fait prononcer les mots autrement qu’il ne les lit et l’habitue ainsi d’avance à toutes les sottises qui lui seront enseignées, viennent les règles de grammaire qu’il récite par cœur, puis les barbares nomenclatures qui s’appellent la géographie, puis le récit de crimes royaux qu’on nomme l’histoire. Et comment l’enfant bien doué peut-il, à la longue, débarrasser sa cervelle de toutes ces choses qu’on y a fait entrer de force, en s’aidant parfois de martinet et de pensums! D’ailleurs, ces écoles sont-elles sans esclavage, sans heures de retenue et sans barreaux aux fenêtres? Si l’on veut une génération libre, que l’on démolisse d’abord les prisons appelées collèges et lycées! » .