Question de savoir (2)

Suite et fin – première partie

Un savoir en élaboration collective

En quoi internet, et plus précisément le web 2.0, change-t-il notre vision de la connaissance? L’exemple de la Wikipedia est certainement emblématique. Loin de l’encyclopédie rédigée par des spécialistes la Wikipedia est le fruit de la coopération des internautes. Le débat sur la qualité, la pertinence et la justesse des informations fournies par l’encyclopédie en ligne se poursuit, sa popularité cependant ne faiblit pas. Elle est devenue un élément incontournable de la culture contemporaine et par là même c’est le principe d’oeuvre collective, de construction coopérative d’une base de connaissances qui s’impose comme une composante majeure de notre nouvelle relation au savoir.
Dans un billet récent du blog Affordance Olivier Ertzscheid distingue quatre catégories d’internautes.

  • Les inactifs ;
  • Les consultatifs ;
  • Les participatifs ;
  • Les contributifs.

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Questions de savoir (1)

Si l’enseignement est la transmission du savoir le fait que celui-ci soit abondant sur internet pose plusieurs problèmes. Est-il fiable, est-ce vraiment du savoir, peut-on laisser l’élève seul face au réseau…? Au bout des questions en apparaît une, finalement plus fondamentale, internet n’a-t-il pas changé la nature même de ce que nous appelons le savoir?

En cherchant dans mes archives j’ai retrouvé un billet écrit par Emanuelle Erny-Newton. il y a maintenant plus d’un an. J’avais conservé ce billet, car il pose d’excellentes questions sur la “génération numérique”. A la relecture, j’ai aussi trouvé très stimulante la façon dont l’auteure interroge la notion de savoir. C’est le rôle de l’école que de le transmettre. Mais que se passe-t-il quand le concept lui-même change, et son environnement avec lui? Internet modifie-t-il la nature du savoir et en quoi cela peut-il avoir une incidence sur l’enseignement ?

 

Le savoir est devenu indépendant de l’enseignant.

Mais en fait ne l’a-t-il pas toujours été. Il était déjà disponible dans les livres et les revues. Était-il moins accessible ? Oui, évidemment. Vous pouvez installer un ordinateur connecté à internet dans des endroits où vous auriez du mal à caser une petite bibliothèque. Un netbook et une connexion coûtent moins cher qu’une cinquantaine de livres et c’est assez pour accéder à un nombre considérable de ressources documentaires dont beaucoup sont gratuites. En ce sens le savoir est plus accessible. Est-ce si nouveau ? Il y a déjà longtemps que le savoir pouvait être atteint sans la médiation d’un enseignant ; l’autodidacte est un personnage emblématique qui s’épanouit avec la profusion de la chose écrite, personnage romanesque, geek avant l’heure.  Possible ne veut pas dire facile. Les contraintes sociales et économiques étaient fortes et elles le demeurent mais elles ne sont pas les seules. Ce qui fait la difficulté de l’entreprise de l’autodidacte c’est de faire sens à partir des informations collectées et d’utiliser son intelligence pour se construire un programme de formation.

Et c’est là que l’enseignant joue son rôle, moins en pourvoyeur d’informations qu’en “explicitateur” : mise en perspective, suggestion de liens, évaluation des connaissances et savoir-faire acquis,… C’est donc le processus de construction du savoir qui demande l’assistance d’un enseignant. Dans l’ensemble d’opérations qui mène de la collecte d’informations à l’appropriation du savoir, l’élève tirera toujours bénéfice de recevoir une aide mais c’est à ce moment fondateur qui suppose organisation des connaissances et insertion de ce savoir dans un plus vaste ensemble que cet apport d’une intelligence plus mature est essentiel. En ce sens le savoir n’est toujours pas indépendant de l’enseignant. Ce qui a changé c’est que l’enseignant ne peut plus être le seul dispensateur du savoir et que son métier ne peut se limiter à cela.

 

Le savoir sur internet n’en est pas toujours

Ce que l’on trouve sur internet ce sont des informations. Depuis qu’il est devenu « grand public » les experts nous rappellent à intervalles réguliers la qualité médiocre de ce qui y circule. Les informations disponibles ne sont pas toujours fiables. Elles demandent à être évaluées, pesées et pour certains la formation à l’utilisation du web pourrait se limiter à l’analyse des sources et au développement de l’esprit critique. Ce travail accompli où en est-on sur le chemin du savoir ?

En fait une fois comprise et mémorisée cette information peut devenir une connaissance, mais elle n’est pas encore un savoir, sauf à accepter que savoir c’est « savoir sa leçon ». Ce qui fait savoir n’est ce pas l’intégration à un ensemble plus vaste dont le sujet dispose déjà, ce que l’on appellera une culture? Manuelle, professionnelle, technique, théorique,… cette culture est l’intégration d’un ensemble de connaissances, initialement des informations, qui se répondent mutuellement et permettent l’action et/ou la réflexion.Ces informations n’étaient peut-être pas reliées entre elles mais en les constituant en savoir vous les avez organisées en réseau, quitte d’ailleurs à n’en conserver que la partie qui vous intéressait. Cet ensemble structuré une fois mis en relation avec les autres structures du même type dont vous disposiez au préalable constitue un nouveau savoir.

Si cette définition maladroite vous convient nous serons d’accord pour dire que le net, pour l’instant, ne propose pas de savoirs. Mais il faudra admettre aussi que l’école non plus. Quand l’enseignant communique son savoir à l’élève il lui faut essayer par la voie didactique de faire passer cette synchronisation qui fait que, pour lui, ces informations constituent un savoir. Encore faut-il que le terrain soit propice, que ce savoir puisse adhérer à la culture de l’élève. Et même dans ce cas l’élève devra seul coordonner les connaissances issues de différentes disciplines.

Les connaissances distribuées par l’école ne sont pas, ipso facto, des savoirs et pour certains élèves elles ne le seront jamais. Par contre, et c’est la force des pédagogies actives, quand l’élève construit lui même sa base de connaissance, autour d’un questionnement et avec l’assistance d’un adulte et/ou de ses pairs, ce qu’il constitue est bien un savoir. La mémorisation des faits, actions, procédures, concepts, … ainsi faite est résistante au temps qui passe, ce qui n’est pas le cas de la leçon apprise par coeur. Internet peut donc devenir un extraordinaire jeu de construction de savoir.

(à suivre)