ENT (Espace numérique de Travail)

Les ENT (Espace Numérique de Travail) prennent leur place a un rythme soutenu dans le paysage scolaire français. Face à l’arrivée du numérique le système éducatif et l’administration ont réagi assez vite en se dotant d’outils nouveaux. Les anciens se souviendront qu’ils avaient déjà fait preuve de dynamisme au moment de l’arrivée du Minitel. L’enseignement commençait d’en tirer quelques applications pédagogiques quand l’objet a disparu des écrans radar, l’administration l’avait, elle, bien intégré. Lire la suite

Web 2.0 + éducation = éducation 2.0 ?

Le web 2.0 est une pratique que soutiennent des technologies, par sa nature cependant elle se prête mieux à certaines démarches pédagogiques. Comme dans le cas des TICE c’est l’intention pédagogique qui est essentielle. Le moment est peut-être venu d’utiliser le web 2.0 pour un enseignement centré sur l’élève.

Le web 2.0 fait l’objet de beaucoup d’attention ces temps-ci. Le Café pédagogique lui a consacré il y a peu de temps un dossier très bien documenté, dossier qui s’ouvre sur un sondage instructif à plus d’un titre. On y voit que les outils préférés des enseignants sont la liste de diffusion et le blog, qui ne sont pas forcément ceux qui recueillent les suffrages de leurs élèves.

Autre perspective : le relativement faible nombre de participants (443). A considérer la typologie des lecteurs du Café on est forcé d’admettre que c’est peu. Aussi lire que 55% utilisent Facebook et 17% Twitter pour leur usage personnel donne des valeurs absolues modestes : respectivement 244 et 75. Le web 2.0 se développe chez les enseignants, certes, mais on est encore loin du raz-de-marée. Lire la suite

Comme aurait dit mon grand-père…

Il suffit parfois de peu de choses pour constater la distance qui sépare l’école de l’époque qui l’entoure et de s’apercevoir que nos élèves y sont préparés à vivre dans un monde qui disparait.

Edmond (c’est un pseudo) vient me voir pour un conseil. Elève en 1ère , 16 ans, c’est un garçon bien dans son temps, vif, sympathique et curieux.  Assez représentatif  finalement des digital natives dont certains adultes ne savent toujours pas s’ils existent : à l’aise avec l’ordinateur et internet, fidèle de Google et de la Wikipedia, Facebookien pratiquant. Le lycée fini  il voudrait aller à Sciences-Po, objectif  raisonnable au vu de ses résultats scolaires et de sa personnalité. Son problème c’est le monde d’aujourd’hui. Il est bien conscient de n’être pas assez au fait  des relations internationales, de la politique, du mouvement des idées, etc. Il veut donc des conseils pour s’informer rapidement et par des sources divergentes tout en continuant de vivre normalement,… ce qu’un adolescent appelle vivre normalement.

Où trouver des informations variées, faciles à consulter et contradictoires si ce n’est sur le net? Nous voilà partis pour une exploration superficielle des sources et ressources du web. Mais ce qui aurait pu n’être qu’une rapide conversation d’une quinzaine de minutes en a duré quarante-cinq. Car en plein feuilletage des principaux organes de presse et passage en revue de quelques blogs, le  problème a surgi… Comment se tenir au courant du mouvement même de l’info ? Edmond ne se voyait pas tenir une liste à consulter régulièrement de tous les sites. Evidemment lui dis-je il faut utiliser les fils RSS…

Lire la suite

Papier vs écran

L’imperfection des outils électroniques peut faire hésiter au moment de les introduire comme supports pédagogiques. Jusqu’à quel point ne peut pas voir là une ignorance de ce sur quoi repose l’école : former des jeunes pour en faire des adultes acteurs de la société?

Aujourd’hui Amazon.com vend plus de livres électroniques pour son Kindle que d’ouvrages sur support papier. Apple à vendu 3 millions d’iPads en 80 jours. Samsung a sorti une tablette concurrente de l’iPad et ce n’est que la première de ce qui promet d’être une longue série. Wired suggère que smartphones et tablettes vont, par le biais de la généralisation des apps, tuer le Web tel que nous le connaissons,… Les ebooks n’avaient pas vraiment réussi à faire décoller la lecture sur écran, les tablettes ont plus de succès et accélère le passage de la lecture sur papier à la lecture sur écran. Comme l’écrit Margaret Wente dans The Globe and Mail : « Like it or not , the book is dead« .

Le sujet a déjà fait l’objet de nombreux commentaires et de, non moins nombreuses, analyses. L’article de Stéphane Foucart que Tremeur commentait hier ici pointe un aspect intéressant de la rivalité entre les deux supports. Hélas, à mon sens, il le fait mal.

Lire la suite

World of Warcraft à l’école

Trois articles relativement récents abordent sous des angles complémentaires l’utilisation des jeux dans la formation et l’apprentissage.

Le jeu et l’apprentissage c’est une vieille histoire d’amour, le jeu et l’école en est la face obscure. Quelque chose dans le caractère de la vieille dame lui interdit ce genre de frivolités et ça ne s’arrange pas vraiment avec l’âge. Pourtant le web ne cesse de mettre en évidence suggestions, idées, réalisations et autres expérimentations propres à nourrir notre désir de renouveler la pédagogie en empruntant des chemins mieux adaptés aux élèves. Voici trois exemples récents pris (presque) au hasard.

Dans World of Warcraft Video Game Succeeds in School

« What I’m deeply invested in is reinvigorating their intellectual life, » Steinkuehler told LiveScience. « I want kids to understand that games are intellectual and about problem solving, not that different from what scientists are doing in the real world. »

Lire la suite

Utilisations des TIC par les enseignants

Trois enquêtes récentes (Web pédagogique, Sofres et DEPP) éclairent l’usage que les enseignants font des TIC en classe. Dans un domaine où la rumeur est souvent la seule source d’information ces données sont intéressantes. Le tableau dressé est celui d’une familiarité encore insuffisamment traduite dans les pratiques pédagogiques.

Il est important de lutter contre les impressions superficielles et les lieux communs à l’aide de données objectives. Ainsi le sentiment maussade que les enseignants utilisent peu internet et négligent ce que celui-ci peut apporter aux élèves appelle une enquête. Ce à quoi s’est livré le Web Pédagogique.
Les chiffres qui y sont donnés sont à même de rassurer les plus pessimistes sur la relation que les professeurs entretiennent avec l’ordinateur ou avec internet. 

  • 70 % des enseignants sont bien armés pour enseigner avec le numérique
  • 85 % pensent qu’Internet a changé la relation que les élèves entretiennent avec le savoir
  • 46 % utilisent un support numérique en classe
  • 33 % préparent leurs cours avec internet
  • 56 % pensent qu’il faut prioritairement apprendre aux élèves à chercher et trier l’information sur internet.

Pourtant tout le monde ne partage pas cet enthousiasme. D’autres indicateurs font, directement ou indirectement, allusions à des freins dans la diffusion des TIC. Ainsi le site Ludovia.com met en évidence le contraste entre l’offre des éditeurs et l’usage qui en est fait. Le constat dressé est celui d’une offre abondante qui séduit les établissements et les institutions. Cependant les achats effectués ne se traduisent pas automatiquement par une pratique scolaire :

On retrouve dans l’éducation nationale les mêmes freins que dans d’autres secteurs marchands ou non marchands. le personnel doit développer des motivations pour intégrer les ressources numériques dans sa pratique pédagogique de tous les jours Là encore on se retrouve confronté à la mobilité des enseignants : l’enseignant ressources est muté dans un autre établissement après avoir développé une dynamique, il n’est pas remplacé et tous les efforts sont remis en cause, l’établissement qui était en réussite par rapport aux usage du numérique se retrouve alors en état d’échec.

Un autre constat qui tient également à la structure et l’animation de l’établissement montre qu’il y a peu d’échanges entre collègues d’un même établissement sur le sujet du numérique, les enseignants n’ont pas le temps de se rencontrer, ou cet espace de collaboration n’existe simplement pas au sein de l’établissement.

Ainsi, on ne doit pas confondre pour l’éditeur la réussite commerciale et l’usage, un grand nombre de contrats ou de comptes restent inutilisés ou sous utilisés. Phénomène plus grave pour le développement des usages, chacun rejette la responsabilité de l’échec sur l’autre ; soit le chef d’établissement, l’IPR, l’IEN ou in fine l’enseignant lui même. Le système actuel ne convient à personne et pourtant l’offre devient de plus en plus attractive et performante.

On lira aussi avec, je pense, beaucoup d’intérêt l’entretien donné par Pierre-Louis Ghavam (chef du service des technologies de l’information et de la communication au conseil général des Landes) au site weka (*) Lire la suite

Vu d’ailleurs

Parcourir à l’occasion la presse internationale permet de constater que certains problèmes sont communs à de nombreux systèmes éducatifs. Voici un article de « Computer World » où l’on que les questions qui nous tracassent à S2C se posent aussi ailleurs et dans des termes étonnamment semblables.

L’Education est tirée en arrière par la conception « vieille école » de la technologie

Education held back by ‘old school’ view of technology


avec ce sous titre : « La technologie est encore vue à travers le paradigme du web 1.0 ».
Cet article est le compte-rendu d’une réunion de responsables des technologies de l’information de l’Enseignement catholique à Brisbane dans le Queensland (Australie). Tel quel ça ne mérite pas une analyse approfondie, on se contentera de quelques citations.

Si nous considérons la variété de style des enfants et de leur façon d’apprendre, nous devons nous concentrer sur les interactions entre la technologie et la pédagogie.

(If we think about the diverse style of kids and their learning, the interaction between the technology and the pedagogy is where we need to spend our time.)

Gestionnaire de l’information et de la planification pour l’enseignement catholique , Brett Auton, a déclaré que la technologie rappelle aux enseignants la constante nécessité de s’adapter aux nouvelles méthodes d’enseignement.

( Catholic Education manager of information and planning, Brett Auton, said technology was a reminder to teachers of the constant need to adapt to new teaching methods. ).

Nous sommes dans un certain paradigme et nous nous penchons sur la technologie de façon limitée, si nous comprenions que l’apprentissage est une action permanente, nous pourrions interpréter différemment les médias sociaux.

( “We’re in an existing paradigm and we’re looking at technology in limited ways,” he said. “If we see time as learning, this would allow us to interpret social media differently.” )

Cela vous inspire quelques réflexions ?

TIC+E

Au départ c’est un tweet de François Guite :

Les TICE ont un problème de définition: plutôt que TIC pour l’éducation, il faudrait dire TIC *et* d’éducation.

En fait il faudrait probablement renoncer à ce genre d’appellation TICE, ou TIC+E, TIC*E, TICxE. Sinon on va droit vers TIC+ P pour Technologies de l’Information et de la Communication appliquées à la plomberie, ou V pour Vétérinaire, ou PSG Pour Soigner les Gens, voire WO pour Vendre des Voitures d’Occasion, etc…
Les TIC font maintenant partie intégrante de nos vies. Eric Schmidt, le PDG de Google, dit même que les ordinateurs fournissent de l’Humanité augmentée. Nos environnements sont TICé.
Ce qui (est) sera bientôt devenu extravagant c’est l’enseignement hors-TIC, une pratique qui mariera prise de risque et nostalgie.
A contrario, le charme de la nouveauté s’appellera : Enseignement Assisté par Ordinateur, Technologies Numériques Conçues pour l’Enseignement ou Système Expert Enseignant.

Usages de TICE

André Tricot signe sur le site des cahiers pédagogiques un article qui ne pouvait que nous passionner à S2C. Une fois encore c’est l’efficacité des TICE (Technologies de l’information et de la communication pour l’enseignement) en tant qu’outils d’enseignement qui est interrogée :

L’argument est généralement le suivant : l’école est améliorable (ou doit être améliorée) ; or, on utilise très peu les TICE ; donc, si on utilisait plus les TICE, l’école deviendrait meilleure. On voit tout de suite qu’il manque un terme à cet argument : la preuve que si elles étaient utilisées, les Tice amélioreraient l’école. Autrement dit, la preuve de l’efficacité et de l’utilisabilité des TICE.

La question tend à devenir triviale. Les élèves utilisent constamment des TIC qui ne sont pas encore TICE et ce de manière parfaitement enthousiaste et empirique. Les enseignants s’en servent aussi, quoiqu’avec nettement plus de modération et souhaiteraient en raisonner et limiter l’usage et si besoin le prohiber. Tout cela crée une tension chez les adultes entre les partisans du tout et ceux du rien. L’un des intérêts de l’article d’André Tricot est de poser la question en fonction des catégories de TICE et en montrant que selon l’usage et le contexte elles sont plus ou moins efficaces.

La typologie des TICE est celle établie par d’Erica de Vries ( Les logiciels d’apprentissage : panoplie ou éventail ? – Revue Française de Pédagogie, 137, 105-116), texte cité en référence et que vous trouverez ici. Le cours de l’article montre que certains usages sont assez bien documentés et qu’il est donc possible de tirer quelques conclusions à propos de leur efficacité, tandis que pour d’autres les données issues d’expérimentations sont insuffisantes. On ne peut que souhaiter voir se multiplier les études in situ qui seules permettront d’avoir une meilleure compréhension du potentiel des TICE en éducation. Si la question vous paraît importante je ne peux que vous recommander la lecture de l’excellent article d’André Tricot.

Cependant en le lisant il m’a semblé que certains points pourraient être considérés dans une autre perspective.

La distinction entre TIC et TICE est-elle pertinente ? :

Au sens large, les TICE sont des technologies de la communication que l’on peut utiliser dans des situations d’enseignement, mais qui n’ont pas été conçues spécifiquement pour cela. En ce sens, les stylos, les cahiers, les livres, les bibliothèques font partie des TICE.

précise A. Tricot.

Mais existe-t-il des TICE “indigènes”? Il me semble que tous ces objets que nous utilisons en classe sont nés dans l’entreprise et on été adaptés ultérieurement à un usage scolaire. Souvent il en reste des traces. Le Tableau Blanc Interactif en est un bon exemple.

Il est donc possible, pensable (?), d’imaginer que les TICE de demain sont actuellement utilisées sous la forme de vulgaire TIC en d’autres lieux que l’école : dans les salles de réunions, les laboratoires, les espaces ludiques,… Et, pourquoi pas, entre les mains de nos élèves dans des endroits aussi éloignés de la salle de classe que la cour de récréation? Quel est le potentiel pédagogique des téléphones portables et des smartphones, que penser de Twitter, Facebook, Netvibes,…

Ces derniers objets surtout me posent un problème. Dans quelle mesure peut-on ici parler de technologies? Probablement autant que les micromondes ou les simulations. A moins, finalement, qu’ils ne soient trop centrés sur l’usager s’excluant par la-même d’une logique d’apprentissage centrée sur l’enseignant. Sincèrement il me semble qu’il y a là matière à réflexions.

Où, qui, quoi, comment, etc.

Les TIC en général et Internet en particulier modifient nos façons de vivre, de travailler, de penser et même de manger. Nous ne voyons plus, d’entre-elles, que les plus récentes ou les moins discrètes. Nos élèves, eux, ne les voient plus. Plus exactement elles font partie de leur environnement depuis toujours. C’est même le concept d’innovation technologique qui est complètement intégré à leur vie. Un peu comme si, quand le téléphone est apparu sur le mur de leur salon, vos arrières-grands-parents s’étaient exclamé : « c’est pratique, mais vivement la version numérique ».

Du point de vue de l’enseignement  le potentiel de ces technologies est considérable. La question de savoir si Internet va révolutionner l’école est déjà datée, cette révolution est commencée mais c’est, pour le moment, plus du côté élève que cela se voit. Qu’en est-il du côté des enseignants?

À dire vrai les enseignants sont interpelés de tous côtés. Les élèves, les parents et l’institution expriment des volontés parfois contradictoires mais qui pour l’ensemble demandent plus de TIC, plus d’ordinateurs, plus de…. Certains professeurs, et depuis longtemps, utilisent ces outils dans leur classe et réussissent à accrocher l’attention et la participation des élèves par ce biais. Mais tous les enseignants ne sont pas sur ce terrain. Beaucoup sont réticents, certains franchement réfractaires. Cependant la plupart introduit une dose d’informatique parce que, finalement, c’est assez pratique.

Il faut bien admettre que le corps enseignant est mal préparé à cette évolution. Quand l’accélération de l’innovation technologique est devenue chose banale pour leurs élèves, elle est pour eux encore problématique. Ni les concours de recrutement, ni la formation continue ne sont allés dans ce sens, et que dire de ceux qui ont été recrutés à une époque ou la micro-informatique était balbutiante et internet inexistant.

Lors de l’arrivée (pas si ancienne) de la vidéo et de l’informatique dans les écoles les questions étaient : quand et comment les enseignants vont-ils adopter ces nouvelles technologies ? Quelle sera la politique de formation et d’incitation à adopter ? Qui s’en chargera ? Questions auxquelles l’administration et le gouvernement ajoutaient : « Et combien cela va-t-il coûter ? ». Cela dit les réponses données furent-elles insuffisantes ? les enseignants trop réticents ? les structures trop conservatrices ? le résultat a bien été un ratage historique.

Ces mêmes questions se posent aujourd’hui à propos d’internet en particulier et des TIC en général et le soupçon commence à poindre que l’issue sera la même.

D’une part, cette partie des professeurs qui s’est engagée dans l’utilisation des technologies de l’information et de la communication à l’école reste singulièrement minoritaire ; ensuite cet engagement technologique ne s’assortit pas toujours d’une remise en cause des méthodes pédagogiques ; enfin, l’accélération continue des changements sociaux et technologiques est de plus en plus difficile à absorber par des institutions dont la structure et le fonctionnement sont adaptés à des périodes plus stables.

C’est ainsi que le fossé entre l’enseignement et son public se creuse, que le différentiel entre les buts poursuivis par l’institution scolaire et les attentes sociales et économiques croit de plus en plus rapidement. Les questions ne sont alors plus les mêmes à « qui, quand et combien ? » succèdent : « quand et comment va-t-on fermer la boutique et que va-t-on mettre à la place ? »