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Pour une éducation empathique (bis)

14 février 2011

Le jour où j’ai obtenu mon baccalauréat il faisait très beau. L’été battait son plein et j’avais le cœur joyeux. Après trois années passées dans un lycée gigantesque où j’avais passé de (trop) nombreuses heures et bien failli me perdre, fait de nombreuses connaissances, expérimenté bien des choses, et poursuivi des études sur un rythme de croisière sans vraiment qu’elle ne m’amuse, j’allais enfin en passer définitivement le seuil avant de partir à l’Université. Une page allait se tourner, une nouvelle étape de ma vie commencer, et j’en avais le tournis rien qu’à y penser.

Le jour j je me rendis à bicyclette à mon lycée, avec une légère crispation dans la zone du ventre. J’approchais de la grille, close, et là, mal accrochée, une liste pendouillait comme un linge sale, avec des noms dactylographiés s’étalant sur plusieurs colonnes. Je parcourai vite les noms avant de trouver le mien et de ne plus savoir quoi faire. Voilà. Mon temps scolaire était terminé, j’avais mon bac. La fête avait été courte. Ni trompettes ni cotillons. Et je me retrouvai là, à ne pas savoir quoi faire, pas même avec qui rire ou pleurer.

Cette expérience vous rappelle quelque chose ? C’est sans doute que vous êtes passé dans un système éducatif où, comme moi, vous avez surtout investi du temps et des efforts, et si peu de vous-même, si peu de votre personne. Et en échange, qu’avez-vous reçu, sinon d’abord et avant tout, des informations, en quantité, et au mieux quelques savoir-faire, et pas grand chose d’autre ? Le rôle qui vous était assigné, tout comme dans mon cas, était de stocker tout cela au mieux, durablement, dans votre crâne, vous laissant le soin par la suite de découvrir par vous-même quel usage en faire une fois le temps scolaire fini, et avec qui en profiter. Voilà tout.

Vous avez fréquenté une usine à apprendre.

Vous y avez passé en moyenne 15 longues années de votre début de vie. Si vous avez stocké des informations dans votre cerveau, qui au passage ont pour la majorité d’entre elles atteint aujourd’hui leur date de péremption, combien de souvenirs avez-vous engrangé ? Quelles relations avez-vous su conserver de cette époque ? Dans quelle proportion les rites, les symboles, les cérémonies sont-ils parvenus à s’imposer dans votre environnement scolaire pour vous aider à fixer des souvenirs et des relations durables ? Faites-vous partie d’une association d’anciens élèves ? Avez-vous beaucoup de photos de cette époque ? Des vidéos ? Des enregistrements sonores ? Etes-vous retourné depuis l’avoir quitté dans votre école ? Avez-vous encore des relations avec nombre de vos anciens camarades, de vos anciens professeurs ? Avez-vous eu des relations avec eux d’ailleurs, au-delà du temps passé en classe en leur compagnie ? Avez-vous eu une cérémonie de remise des diplômes ? Avez-vous fait de nombreuses fêtes dans votre école ?

A moins que, à mon exemple (et je gage qu’il n’est pas unique pour quelqu’un de ma génération et de mon pays), vous ayez laissé votre être social à la porte de votre lycée ou de votre Collège, aux portes donc du temple laïque du savoir dont la seule finalité était d’encadrer l’acte d’apprendre, la même chose pour tous, au même moment, et dans la même forme, dans une culture hiérarchique, centralisée et top-down ? A quoi bon donc alors s’embarrasser de falbala social, aussi futile qu’inutile ?

On pourrait croire pourtant que l’école est supposée donner des outils pour comprendre le monde, pour apprendre à être en société, et savoir y agir, y interagir. Et pourtant, elle n’a été dans mon souvenir, et j’en suis le premier désolé, qu’un espace où j’ai vécu largement retiré du monde et de sa complexité, de ses interactions, de ses possibles. Un monde largement artificiel où l’essentiel était constitué des faits qui le peuplait, des idées, des mots et des chiffres, qu’il me fallait saisir et retenir. Un monde désincarné.

Cette école est celle d’une autre époque. Il est urgent d’en changer.

Quand j’essaye de me rappeler le temps de l’école, force est de constater que les souvenirs que j’ai des ces années ne m’ont laissé que fort peu l’impression que l’empathie était la qualité première de mes professeurs. Je n’ai pas vécu l’enfer pourtant, certains d’entre eux étaient de braves personnes, des êtres bienveillants même. Ils étaient parfois très investis dans leur travail, et soucieux de m’apprendre. Mais ils étaient aussi trop peu attentifs à moi, à ma personne, à mes goûts et intérêts, à mon propre savoir, à mes conceptions, à mon plaisir. Ils étaient tout entiers dévolus à leur tâche d’apprendre à l’élève que j’étais, et à contrôler assidûment le niveau du savoir qu’ils dispensaient et qu’il me fallait ingérer.

Hors de leur apprentissage, si peu. Hors de leur classe, rien.

Trop nombreux étaient aussi ceux qui nous méprisaient aristocratiquement du haut de leur propre savoir, qui se refusaient à justifier leurs notes et les utilisaient en forme d’outil pour asseoir leur autorité, ou pire, en guise de punition, faisant de l’évaluation un bâton. Beaucoup disaient non, ostensiblement et avec conviction, au besoin de libérer notre parole, de nous écouter, et de partager quoi que ce soit avec nous qui dépasse la relation stricte de l’enseignant à l’élève, nous enfermant dans une écoute aussi disciplinée qu’inactive. A quoi bon laisser parler des jeunes qui ont si peu à dire, qui ne savent pas encore ? Trop d’entre eux aussi refusaient de considérer nos besoins et nos difficultés, pour ne s’adresser qu’à la classe et s’en remettaient implicitement aux vertus de l’effort et de l’environnement social ou familial de chacun d’entre nous pour que nous parvenions à progresser dans le respect des objectifs des programmes, par delà nos difficultés particulières et nos fragilités. Ils étaient tant à renoncer à être les formateurs soucieux de notre apprentissage global, et préféraient se concentrer exclusivement sur la transmission des connaissances propres à leur discipline et à en orchestrer le contrôle, rarement l’évaluation. Ils agissaient seuls dans leur coin, sans que leur entreprise n’implique quiconque à part eux-mêmes et ce qu’ils savaient. Et ils méprisaient toute tentative de construire des relations hors du cadre strictement scolaire, taxant de démagogie, de futilité d’inspiration anglo-saxonne, toute cérémonie ou réunion au caractère un tant soit peu festif ou social. Cela dépassait le cadre d’exercice de leur mission, ils n’étaient pas payés pour cela…

Le résultat est que la plupart d’entre eux se sont évanouis dans le brouillard de ma mémoire, ou bien que je me souviens d’eux comme des individus ayant eu pour fonction principale ou exclusive de me transmettre des connaissances relatives à leur discipline, et s’en étant tenu strictement à cette position. Certains pouvaient bien être brillants, érudits, éloquents. Sans doute. Quand d’autres étaient médiocres et maniaient l’art de la vexation, de l’irrespect et de l’autoritarisme avec une certaine science. Hélas.

Mais d’aucun d’entre eux je n’ai jamais rien su, et eux n’ont pas plus cherché à savoir grand-chose sur moi. Voilà pourquoi ils ne m’ont au total été que bien peu utiles à me découvrir, ne cherchant pas eux même à me découvrir. J’ai tout oublié de l’enseignement de certains, je dois le confesser, et n’ai aucun événement particulier qui me vient à l’esprit quand j’évoque leur souvenir. C’est que bien peu nous reliait, sinon leur cours.

Ils ne furent pas pour moi des médiateurs, entre le savoir et moi-même, des individus participant à la construction de ma compréhension du monde, écoutant et cherchant à comprendre qui j’étais, échangeant avec moi, idées, impressions, ou faits, me regardant comme un point de départ, et pas une arrivée, un émetteur, et pas un récepteur, une personne, et pas un élève, soit quelqu’un ayant des conceptions, bonnes ou mauvaises, destinées à être évaluées pour les faire évoluer, et non un individu dont le terrain neurologique en friche les amenait à entreprendre de le cultiver en décidant de la semence et du mode de culture…

La plupart s’est donc contenté de chercher avec plus ou moins de bonheur et de talent à m’apprendre des choses qu’ils jugeaient utiles, à me faire retenir des informations, le tout en se tournant plutôt vers le groupe dont je n’étais qu’un élément, la classe, et en nous laissant la tâche de trouver dans cette relation unilatérale les moyens d’apprendre.

Enseigner n’est pourtant pas apprendre. Apprendre était et est encore mon affaire à moi, sans que quiconque puisse le faire à ma place. J’aurais donc aimé que ces adultes sachent cela, et me permettent de m’aider à apprendre par moi même. Or force est de constater que quand ils y sont parvenus, car ils m’ont été forcément utiles à un certain degré, ils l’ont fait le plus souvent malgré eux. Non pas à leur corps défendant, mais sans savoir comment.

Suis-je dur, injuste et trop peu reconnaissant à l’égard de mes anciens maîtres ? Pas le moins du monde. Pas plus que je ne leur en veux d’avoir été ainsi. Car je sais combien il leur était difficile de faire autrement dans un environnement social et culturel qui les amenait légitimement à agir ainsi. Je ne leur reproche donc rien. Mais je regrette que tout ce temps passé à l’école ne m’ait pas laissé autre chose en mémoire que ces souvenirs arides.

Et puis je suis moi-même devenu enseignant, exerçant mon métier dans différents pays, au contact avec des collègues venant d’un peu partout. Or, force a été pour moi de constater ici ou là que les choses avaient bien peu changé depuis mon enfance. Chaque semaine apporte encore son lot de remarques qu’on me rapporte ou que j’entends qui en disent long sur le chemin qu’il reste à faire, et sur les habitudes d’enseignement qui reproduisent ce que ces professeurs ont connu dans leur enfance eux aussi. Et je suis las d’avoir à les entendre. Car je sais désormais que nous ratons quelque chose d’essentiel, et que le temps est plus que jamais venu de changer les choses.

J’ai gardé un souvenir différent de l’un de mes anciens maîtres, un vieil instituteur, qui sort aisément du lot et du brouillard. Lui, a joué un rôle différent pour une raison simple : il m’a parlé comme à une personne, s’intéressant à chacun d’entre nous dans ma classe, nous motivant, nous émancipant, nous donnant les moyens de faire, chacun différemment en terme de rythme ou de teneur, en cherchant à créer des liens avec nous, entre nous, et entre les informations.

Des liens. Le mot magique. Le nœud autour duquel se noue l’empathie, si essentielle à la construction de l’intelligence, individuelle et collective. Voilà notre affaire, comme je l’ai déjà dit ailleurs.

Il est en effet une qualité essentielle pour un formateur, c’est de faire montre d’empathie. La faute aux neurones miroirs.   Et ceci est loin d’être évident quand l’usage veut, comme en France, que l’école soit le lieu du savoir dont la raison d’être est d’ordonner la transmission collective du savoir, patrimoniale, contrôlée, standardisée, sur un mode industriel. On y laisse au professeur le soin et la responsabilité de réaliser cette entreprise en assurant par-dessus tout son contrôle et son autorité sur le groupe auquel il doit transmettre. C’est là l’essentiel.

Comment voulez-vous que dans ces conditions un réseau se mette en place qui fasse de l’élève un acteur au même titre que le professeur ? Comment dès lors, accorder au plaisir, à l’échange, à la collaboration, à la création une quelconque utilité puisque les liens sociaux se résument à des relations unilatérales, normées et fonctionnelles qui tendent à un objectif unique ? En d’autres termes : à quoi bon s’intéresser à la création d’une quelconque communauté permettant à chacun de trouver sa place sans qu’elle lui soit attribuée d’office, en vue de collaborer, et d’échanger en fonction de ses intérêts et de ses besoins, si on a pour objet d’uniformiser et de standardiser un savoir et son mode d’administration ?

Certains parmi les professeurs qui persistent dans ces convictions d’un autre âge sont de mauvais professionnels, il faut le dire sans tabous, eux qui se fichent comme d’une guigne de leurs élèves, et des effets de leurs actions sur eux. Ils seront venus à leur métier pour d’autres motifs, parfois par amour de leur discipline, oubliant ou ignorant qu’ils seraient avant tout des formateurs, et ils se sont fourvoyés. Il est pour eux d’autant plus commode de renoncer à toute forme d’empathie que cela leur permet de réduire à minima leur investissement personnel. La question serait de savoir comment les écarter de leur métier.

D’autres pourtant, et il s’agit d’une grande majorité, croient en ce qu’ils font, et agissent en bonne conscience, tout en ratant leur cible. Ils sont certes largement victimes d’un cadre référentiel, physique, réglementaire et culturel, qui les empêche d’agir autrement. Sans doute. Mais je gage aussi qu’ils oublient ou ne savent pas combien l’empathie est un outil essentiel à l’exercice de leur profession. Ils ignorent qu’ils sont des médiateurs, des formateurs, dont la fonction est de participer, de collaborer à la construction de l’intelligence des élèves et de l’évaluer, et qu’il ne s’agit donc pas pour eux de se contenter de leur transmettre des informations périssables et cloisonnées, et d’en contrôler l’ingestion. Or ceci doit s’opérer dans le cadre d’une communauté, qu’il leur faut donc bâtir. Voilà pourquoi il faut qu’ils changent radicalement la perception qu’ils ont de leur métier, de leur rôle, et de leurs élèves, ce qui est loin d’être facile, et gagné.

Il faut qu’ils s’incluent avec leurs élèves dans une structure d’apprentissage où le fait social est essentiel. Une école doit être conçue comme un réseau social d’apprentissage. Le professeur est un acteur de ce réseau auquel il profite, et dont il profite, au fil des liens qui se tissent, et des flux qui les parcourent. Fini le temps du stock.

Nous entrons aujourd’hui dans une société dite de la connaissance, qui s’avère surtout être celle de l’interaction et de la complexité, et l’école ne peut échapper à cela.

Il nous faut donc changer d’angle, briser nos convictions, bousculer nos usages, et faire de l’élève le centre, vraiment. C’est-à-dire, partir de ce qu’il est, de ce qu’il sait, de ses conceptions et des ses compétences, pour l’accompagner dans son apprentissage, et non chercher à lui imposer celui qu’on estime nécessaire, et jouer le rôle de médiateur dans le réseau social d’apprentissage dans lequel il s’inscrit.

Il nous faut prendre aussi conscience de l’importance de ce qui compte dans nos vies quotidiennes pour nous permettre de faire société, et transférer les solutions et les outils dans l’école. Car cette dernière ne peut être un territoire asocial où s’évanouissent les habitus communautaires. Si nous faisons cela, subitement, le plaisir, l’échange, les rites, les symboles, prendront leur importance à l’école, au même titre que dans nos vies. L’école s’inscrira soudain dans un cadre social réel, et non artificiel, ou le propos sera de mettre en relation des humains, avec ce que cela suppose de complexité et d’ingénierie sociale. Les outils sont connus. Nous les utilisons dans le cours de nos vies quotidiennes, pour faire de nos vies des histoires particulières qui s’inscrivent dans des histoires communes.

Il faut donc à l’échelle du groupe des cérémonies, des rites, des fêtes, des assemblées, des occasions de vie commune, des voyages ou des activités communes, musicales ou sportives, associatives, et entre les individus, des liens, des échanges, des interactions, ce que le Web 2.0 amplifie et autorise si aisément.

Il nous faut donc des professeurs qui acceptent d’être autre chose que des livres avec des jambes et une voix, des contremaîtres du savoir, des instructeurs se refusant à tout lien autre que contractuel avec leurs élèves, le contrat reposant sur le transfert du savoir, de cerveau à cerveau.

Il faut des enseignants qui se débarrassent d’une misanthropie jugée élégante dans certains mieux intellectuels, en particulier en France, et qui font de la culture un graal réservé à une aristocratie portée sur le calice, et du mépris pour l’ignorance ou le rejet du savoir du maître, un réflexe de (salle de) classe.

Il faut des professeurs qui entretiennent des relations avec leurs élèves sur une base d’échange, qui laissent parler leurs élèves, qui les écoutent et leur répondent, toujours, et ailleurs le cas échéant que dans leurs classes. Ils doivent se persuader qu’ils seront dans les souvenirs de ceux à qui ils s’adressent, et qu’ils leur faut essayer d’être de bons souvenirs, qu’il leur faut donc participer avec leurs élèves à des actes sociaux et symboliques pour mieux vivre ensemble et vieillir ensemble, car les élèves grandissent aussi à l’école. Qu’on cesse donc de venir à l’école comme on vient à l’usine, en pointant à l’entrée et à la sortie, les murs de l’édifice étant parfaitement étanches, les relations entre personnels ou les disciplines tout autant, et les liens avec les élèves inexistants au-delà des rapports imposés et codifiés de la classe.

Il faut se regarder, s’écouter, échanger, se respecter. Il faut interagir. Il faut donc que chacun prenne sa place dans le réseau scolaire, et s’attache à tisser les liens, fussent-ils faibles.

Les nouvelles générations, nées avec l’Internet ont développé des usages nouveaux, et ont des attentes nouvelles. C’est précisément ce qui est à l’œuvre aussi en Egypte,  et mon billet d’humeur est sans doute aussi inspiré par ces événements.

Ces jeunes générations ne pensent plus en terme de centralisation, de structure hiérarchisée, en silos, top down, mais ont soif de collaboration, d’open source, de transparence, de partage des informations et des contenus sociaux. Ils ne peuvent plus se satisfaire d’une école du passé, aride et désincarnée, qui les relègue à la place de spectateurs, parce que l’environnement change, et les change, et légitime leurs usages et leurs attentes.

Et ils ont raison de faire preuve de davantage de sensibilité sociale, de chercher à multiplier les liens interpersonnels , puisque c’est ainsi qu’ils vont mieux développer leur intelligence propre, mieux s’associer à l’émergence d’une intelligence collective, et mieux contribuer à fonder une société de responsabilité partagée et d’échange : une société empathique.

L’école doit nous préparer à cela, plutôt que de s’y opposer stérilement et souvent inconsciemment. Il en va de son avenir, et surtout de celui de ceux qui la fréquentent.

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