Suggestion pour une formation du citoyen adaptée à un nouveau contexte

Le système de valeurs sur lequel repose notre enseignement du civisme et de la démocratie n’a rien perdu de sa validité mais n’a plus la même pertinence dans le monde qui se met en place. Il est temps de préparer nos élèves à penser ce qui sera demain le politique. La proposition ci-dessous n’épuise pas le sujet mais propose simplement une voie possible d’actualisation.

La formation du citoyen tient une place importante dans les objectifs de l’éducation. Il ne s’agit pas seulement d’expliquer les mécanismes de la République et de la Démocratie, c’est aussi former un individu libre et autonome, lui proposer des instruments de compréhension du monde dans lequel il vit. Plusieurs disciplines peuvent concourir à cette éducation de l’honnête homme : la philosophie, la littérature et l’histoire, pour ne citer que les plus évidentes.
Internet est-il susceptible de modifier notre perspective sur ce sujet? C’est, bien sûr, plus du côté des pratiques de communication que des méthodes pédagogiques que l’actualité nous invite à regarder. Lire la suite

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Quelques nouveautés introduites par Internet et ce que cela change pour l’école – 3/ Enseigner

Face à ce qui est plus un changement de société et d’économie que la simple apparition d’un nouvel outil comment doit se comporter l’école? Quelques idées sur le comment et le quoi enseigner.

Un monde nouveau se dessine. Il ne pourra pas plus que les précédents se dispenser de former les jeunes. La situation qui fut à l’origine de l’école que nous connaissons se présente de nouveau aujourd’hui. Il faut d’une part former des agents économiques adaptés à un nouveau contexte et de l’autre leur donner les moyens de comprendre le monde et d’y tenir leur rôle de citoyen.

La 2e partie de ce (trop) long billet posait qu’internet est le support d’une révolution industrielle en cours. Quelque soit le métier que nos élèves exerceront ils seront liés au réseau. Leur place dans la société aussi bien que leur activité civique passeront aussi par internet. Plus qu’un simple outil celui-ci tend à devenir un aspect de la réalité, une facette du monde. C’est donc à au moins deux titres que l’enseignement doit considérer la toile : d’une part comme outil de formation, d’autre part comme objectif, former les futurs habitants de ce nouvel environnement. Lire la suite

Tablettes, WiFi et tricherie

L’usage des tablettes en même temps que le déploiement de réseaux wifi de grande étendue devrait modifier sérieusement notre conception de l’examen.

C’était au Japon avant les terribles évènements qui endeuillent ce pays. Le quotidien Asahi Shimbun du 4 mars 2011 reportait l’arrestation par la police d’un jeune homme de 19 ans accusé d’avoir triché à l’examen d‘entrée à l’Université. Il avait posté, à l’aide de son téléphone portable, quelques unes des questions de l’examen sur Yahoo Chiebukuro (Yahoo Questions Réponses en français) pendant la session. Lire la suite

Michel Serres

Michel Serres a publié dans le journal Le Monde en date du 5 mars un article remarquable. Pourtant, malgré la modernité du propos, accordée à celle du sujet, le philosophe tombe dans un travers classique : la généralisation.

Je fais partie des admirateurs quasi inconditionnels de Michel Serres, j’apprécie sa lucidité et sa largeur de vue, j’aime son optimisme lucide qui tranche avec l’inquiétude lugubre de tous ceux qui voient une menace poindre chaque fois que demain s’efforce d’être différent d’hier. Le texte que Le Monde a publié dans son édition du 5 mars est un modèle de ce que Michel Serres sait faire de mieux, un propos à la fois large et pédagogique, intelligent sans jargon. Ce qu’il y met en évidence est d’une importance capitale et cependant trop largement ignoré : nous vivons un temps de mutation aux conséquences inouïes.
Cela étant dit, puis-je m’autoriser un minuscule bémol? Spécifiquement, quand Michel Serres déclare :

Sans que nous nous en apercevions, un nouvel humain est né, pendant un intervalle bref, celui qui nous sépare des années soixante-dix. Il ou elle n’a plus le même corps, la même espérance de vie, ne communique plus de la même façon, ne perçoit plus le même monde, ne vit plus dans la même nature, n’habite plus le même espace. Né sous péridurale et de naissance programmée, ne redoute plus, sous soins palliatifs, la même mort. N’ayant plus la même tête que celle de ses parents, il ou elle connaît autrement.

Il y a là, me semble-t-il, une bonne part d’illusion. C’est accorder à la génération qui fréquente écoles, collèges et lycées une homogénéité que l’expérience quotidienne est loin de confirmer. L’espérance de vie, par exemple, continue d’être liée aux conditions économiques (1). Pour certains de nos jeunes contemporains la connaissance du monde ne dépasse pas le quartier ou le village. L’idée que la modernité progresse d’un même pas à tous les étages est confortable mais trompeuse.

Dans le domaine de la communication et, singulièrement, de l’accès à internet, on pourra se réfugier dans la conviction que les différences entre individus sont liées aux seules conditions économiques : la fracture numérique. C’est là aussi un leurre. C’est ignorer les efforts incroyables que des jeunes de milieux plus que modestes déploient pour accéder à internet, tandis que des familles aisées, très attachées aux valeurs traditionnelles, éloignent volontairement leurs enfants d’un réseau diabolisé. C’est souvent aussi l’attitude d’une école qui ne s’avance que doucement dans la modernité. Elle conforte les élèves les plus intimidés par les aspects technologiques quand les autres, loin de l’école hélas, s’y jettent à corps perdus.

Les jeunes sont différents les uns des autres et cette différence est accentuée plus que jamais par le monde dans lequel nous vivons. Leur désir de conformité fait illusion car il se limite au groupe, à la tribu. L’origine sociale, les ressources économiques et les mécanismes d’adhésion à un groupe de référence et à une communauté de pairs continuent d’être efficaces et prépondérants. Le jeune que décrit Michel Serres est, finalement, très minoritaire.

Cependant nous avons l’habitude et le besoin d’envisager nos contemporains sous l’aspect de groupes compacts et cohérents. La catégorie des jeunes nous est utile, car facilement identifiable. Ils sont dans les lycées et collèges, ils sont insolents et potentiellement dangereux et ils passent leur temps les yeux fixés à un écran et l’oreille collée à un téléphone portable. L’enseignement a pris l’habitude d’aborder le problème des jeunes de cette manière, une catégorie a priori homogène aux habitudes bien repérées. Pour eux on définit des programmes, des examens et des procédures pédagogiques. Il y a un travail de standardisation nécessaire au bon fonctionnement de l’Éducation nationale, l’école s’adresse à un groupe, pas à des individus.

La perspective que déploie Michel Serres est fausse et il sera trop facile à ses détracteurs d’en désigner les manques. Elle fait l’économie de la complexité du monde et de la variété de la jeunesse, l’une comme l’autre devrait nous rappeler sans cesse que l’avenir ne sera pas le simple prolongement du présent. Cette façon de voir les choses se justifiait pleinement il y a encore trente ans et lécole moderne reposa dessus dès l’origine. Aujourd’hui les technologies de la communication permettent une plus grande individualisation de l’enseignement, un repérage plus fin des savoirs et des compétences de chacun, mais aussi de ses lacunes. Peut-être est-il temps de construire une école destinée à des personnes venues pour apprendre ce dont elles ont besoin à la place de celle qui s’adresse à des classes auxquelles on enseigne des contenus formatés.

(1) Aux Etats-Unis la différence d’espérance de vie entre riches et pauvres peut atteindre 30 années (Peter Aldhous – Neighbourhoods that Can Kill – New Scientist, n° 2743, 16 janvier 2010, p. 6)

Légitimité des discours sur l’école, quelle place pour la parole des enseignants

Tout un chacun a quelque chose à dire sur l’école. Pour la plupart ces propos relèvent de l’opinion et ne sont que rarement influencés par la parole experte et le discours scientifique. Cette situation porte préjudice à l’école, quelle est la part des enseignants dans cette situation?

Car, c’est une autre constante des débats sur l’école, il y a en France, 62 millions de spécialistes de l’École. Car on est, on a tous été concerné par l’École. Mais cela ne fait pas pour autant des usagers (qui ont bien sûr le droit de donner leur avis) des experts. Or, tout se passe comme si toutes les paroles se valaient et si les questions pédagogiques et éducatives n’étaient que des questions de “bon sens” teintées de nostalgie et d’une vison mythifiée de l’école d’antan, en déniant l’existence même d’une parole experte. On voit cela assez bien avec toute la raillerie autour de ce qui est qualifié de “jargon pédagogique”. Comme si les enseignants étaient les seuls professionnels à qui on retirait le droit d’avoir un vocabulaire technique et spécialisé. Mais il est vrai que par ailleurs on a validé le fait qu’ils n’avaient pas besoin de formation pour enseigner puisqu’il suffit d’avoir la “vocation”.

Philippe Watrelot

 

Tout le monde a une opinion sur l’école, point que notre vénérable institution partage avec
Facebook. Le seul peut-être.

Pourquoi en est-il ainsi? Il n’y a évidemment pas une cause unique à l’origine de cette situation.
Les choses sont, là encore, complexes et intriquées. Peut-on, cependant, repérer quelques éléments forts?
En premier lieu chacun a une expérience individuelle de la classe, de l’école et de l’apprentissage. De cette époque nous gardons un attachement sentimental aux lieux, aux êtres et aux formes. Face à un monde qui change, pressé de lui donner du sens et convié à sa construction nous cherchons à établir nos opinions et ici les sentiments peuvent facilement devenir des convictions. Ceux qui sont parents souhaitent voir leurs enfants bénéficier de ce qui fut, quand eux-mêmes étaient jeunes, un enseignement de qualité. Normal, n’est-ce pas ?
D’autre part nous éduquons notre progéniture, de façon chaotiquement méthodique, mais autour d’axes, de principes que nous voulons centraux et dont nous espérons que nos enfants perçoivent la logique, la permanence, la véracité et le caractère positif. Dans cette voie, que nous supposons légitime, nous attendons de l’école qu’elle appuie et confirme nos efforts. Si ce n’est pas le cas nous nous sentons désavoués et il nous est plus que difficile d’admettre que ce sont nos principes, marqués au coin du bon sens et établis au travers d’une expérience durement acquise, qui sont en défaut. Logique, n’est-ce pas ?

Cela fait-il de nous des experts, comme le demande Philippe Watrelot ? Pas vraiment… En face de cela, où est la cohérence  du discours pédagogique? Je ne parle pas ici de l’Université mais de la réunion parents-professeurs. Lire la suite

Culture générale contre pédagogie active? A propos d’un article de Natacha Polony

A propos du livre de Daniel T. Willingham, Natacha Polony poursuit le procès contre les méthodes pédagogiques actives remettant en cause, entre autre chose, les travaux personnels encadrés et les itinéraires de découverte. La démonstration semble cependant mal assurée.

Natacha Polony a consacré un article dans le Figaro au livre de Daniel T. Whillingham. Ce livre : Why Don’t Students Like School?: A Cognitive Scientist Answers Questions About How the Mind Works and What It Means for the Classroom vient d’être traduit en français sous le titre  Pourquoi les enfants n’aiment pas l’école ! . Je n’ai pas encore lu le livre – en fait il m’attend sous l’arbre de Noël – il m’est donc difficile de contredire le contenu de l’article du Figaro. Cependant un document PDF disponible sur internet permet de prendre connaissance de l’essentiel des arguments de M. Willingham et de mieux comprendre le contenu du texte de Mme Polony.

Partant d’un argument de D. Willigham : nous pouvons d’autant mieux enregistrer et comprendre de nouvelles informations que nous disposons d’une culture générale étendue, l’auteure arrive à l’idée que voilà un coup fatal porté au Travaux Personnels Encadrés et aux Itinéraires de Découvertes. L’axe de la démonstration s’appuie sur la réfutation, attribuée à Daniel Whillingham, de l’utilité de la motivation : “Est-ce une question de motivation, comme l’affirment nombre de pédagogues, en France ou, avant eux, aux États-Unis? Absolument pas, répond le neuroscientifique, puisque des gens à qui l’on inculque les bases sur un sujet, le football ou les circuits électroniques, auquel ils ne connaissaient rien et qui donc ne les intéressait pas, retiennent mieux de nouvelles données que ceux qui n’ont pas reçu cette formation préalable.” Lire la suite

PISA

La Finlande et la Corée du Sud obtiennent d’excellents résultats à l’enquête PISA. Or, leurs systèmes éducatifs sont radicalement différents. Cette situation peut-elle nous apprendre quelque chose de PISA et nous mettre en situation de dépasser l’image qu’elle donne des systèmes éducatifs ?

Il y a peu matière à commentaires en ce qui concerne la France dans les résultats de cette enquête sauf à constater que la situation n’a guère évolué depuis les précédentes si ce n’est dans le nombre croissant d’élèves en grande difficulté.

Pourtant ceux-ci, les commentaires, n’ont pas manqué et j’ai un peu honte d’ajouter le mien. Nous avons eu ceux, nécessaires, qui s’essaient à comprendre ce qui empêche notre système éducatif d’atteindre à de meilleurs résultats et ceux, moins nécessaires mais plus divertissants, qui invectivent et anathèmisent tantôt les fonctionnaires, tantôt les pédagogues, ici les élèves et là les parents. Le web 2.0 dans ce qu’il a de pire.

Certains commentateurs se sont intéressés à l’étude comparative des résultats selon les différents pays. Le fait que deux systèmes éducatifs, aussi différents que le coréen et le finlandais, arrivent à des résultats comparables ne cesse d’intriguer. A la recherche de points communs beaucoup insistent sur les critères sociaux dont , en priorité, l’homogénéité du tissus social. Les bons résultats de ces pays reposeraient sur la faible immigration et la forte adhésion de la société aux valeurs de l’école. Ces faits sont exacts mais, si ils expliquent en partie les excellents résultats des premiers du classement, ils n’expliquent pas la persistance de mauvais résultats dans d’autres pays, dont la France. Ce serait prétendre qu’il y a des problèmes insolubles, que les systèmes éducatifs ont des capacités d’adaptation par essence limitées . Il suffirait alors de mettre à l’écart ceux qui sont responsables de nos mauvais résultats plutôt que de chercher des solutions adaptées aux circonstances : typiquement établissons des examens d’entrée, en 6e, à l’école, en France. L’analyse des résultats montre que des pays qui ont des situations identiques (Allemagne, Pays-Bas) obtiennent de meilleurs résultats. La solution n’est donc pas là. Lire la suite

Philosopher au lycée dès la seconde

La philosophie, jusqu’ici réservée aux élèves de terminale, devrait bientôt faire l’objet d’un enseignement en classe de seconde puis de première. L’objectif de cette réforme est d’aider les élèves à acquérir une réelle autonomie de pensée. On peut se demander si ce but ne pouvait pas être atteint par d’autres moyens et si la philosophie est aujourd’hui un bon candidat pour ce poste.

Lors de la journée mondiale de la philosophie, qui s’est tenue à la Maison de l’Unesco à Paris le 18 novembre dernier, le ministre de l’Éducation nationale a annoncé que la philosophie serait dorénavant présente dès la classe de seconde des lycées. Les formes pourront être variées et le ministre a salué les nombreuses initiatives locales qui, par l’expérience qu’elles ont permis d’acquérir, servent de fondement à cette initiative. Les professeurs de philosophie pourront se voir confier l’Éducation Civique Juridique et Sociale (ECJS), ils pourront aussi être appelé à intervenir dans d’autres cours où la philosophie est susceptible d’enrichir le propos de la discipline (Physique-Chimie, Sciences de la Vie et de laTerre, Lettres, Histoire-Géographie,…), enfin à l’intérieur des enseignements d’exploration la philosophie pourra se voir réserver une place importante dans un cadre pluridisciplinaire.

Pourquoi la philosophie ? Laissons parler le ministre :

La France est un pays de philosophie et elle est fière de participer à cet événement exceptionnel. Héritiers des Humanistes, de Descartes, des Lumières, nous nourrissons en effet une passion du vrai et de la raison, un goût invétéré pour le débat et l’échange, une conviction et une exigence : celles selon lesquelles la formation de l’homme et du citoyen passe par la liberté de penser et par l’exercice réfléchi et approfondi du jugement. Celles selon lesquelles plus les hommes seront éclairés et plus ils seront libres.

Remarquons tout d’abord qu’il existe un nombre croissant de domaines qui ne sont pas enseignés au lycée et qui manquent à la culture de l’honnête homme du XXIe siècle. Il est cependant vrai que les enseignements d’exploration permettront aux professeurs d’en introduire certains. Cependant, l’augmentation des connaissances qui demandent transmissions entraine une perte de sens accrue de “ce qui s’apprend à l’école”. Un peu comme les galaxies s’écartent dans un univers en expansion les disciplines scolaires sont séparées par des espaces de savoir de plus en plus large et ce tissus qui faisait encore sens il y a cinquante ans appelle de plus en plus au ravaudage. Il y a aujourd’hui beaucoup plus de connaissances hors du champ de ce qui s’enseigne qu’à l’intérieur. La philosophie viendra-t-elle compenser ce déficit de sens, il faudrait pour cela qu’elle adopte une posture “méta-disciplinaire”, ce n’est, a priori, pas ce qu’on lui demande.

Il est un autre domaine qui fait une forte concurrence à l’école pour cette classe d’âge. Je ne pense en l’occurrence ni à internet, ni aux jeux vidéo, ni à la télévision,… Entre la classe de 3e et celle de 1ère la plupart des élèves sont préoccupés de comprendre qui ils sont. Leur travail d’acquisition d’une nouvelle identité, la modification de leurs rapports sociaux, le rôle croissant qu’y joue la sexualité éloigne les adolescents du travail scolaire. C’est ce dont ils parlent entre-eux, c’est le sujet principal de leur activité dans les réseaux sociaux, c’est le contenu de l’immense majorité de leurs SMS.
L’école est indifférente à cette situation. Elle se contente de déplorer l’attitude des jeunes, bannit Facebook et Twitter des établissements scolaires tentant de maintenir la “vraie vie” hors du sanctuaire. Cette attitude pourrait se justifier si les élèves ne quittaient jamais le collège ou le lycée mais l’essentiel de leur vie, ce qui pour eux en est l’essence, se déroule hors des murs de l’institution. Il y a une certaine hypocrisie à désigner les risques encourus et à leur demander d’adopter des comportements civiques et responsables sans jamais aborder la question psychologique. Il y aurait un réel profit pour eux, et vraisemblablement pour l’école, de les aider à répondre à la très philosophique question “Qui suis-je ?” qui à cet âge se prononce souvent “Qui vais-je, qui puis-je, devenir?”, question qui historiquement et moralement, précède le “Que sais-je?” de Montaigne. Une bonne occasion pour notre ministère de justifier le passage de l’ancienne instruction publique à l’éducation nationale.
Cependant aussi dévoué enseignant soit le professeur de philosophie il vous dira sûrement qu’il n’est ni éducateur, ni animateur socio-culturel.

Reconnaissons cependant à la philosophie cette qualité de nous aider à penser notre quotidien. Face à une actualité violente et confuse, à des commentaires contradictoires, à des informations parfois déformées ou falsifiées elle peut aider nos élèves à se forger une libre opinion. Mais il me semble qu’à ce chapitre-là, la première chose à faire est de redonner toute sa puissance à la curiosité. Après des années passées à écouter les réponses à des questions qu’ils n’ont pas posées, les élèves finissent souvent par comprendre, qu’à l’école, les questions qu’ils se posent n’ont pas droit de cité.
J’ai participé il y a quelques années au lancement des TPE et j’ai vu des élèves réputés peu studieux investir soudain une énergie considérable (et ce n’est pas qu’une figure de style) dans la recherche d’informations et la production d’un document de qualité. Ne serait-il pas plus efficace de laisser les élèves questionner le monde autour de leurs centres d’intérêt, les envoyer interroger internet, revues et livres, puis leur offrir l’occasion de communiquer le résultat de leur travail à la classe, au lycée voire plus… Evidemment ce qui les intéresse paraîtra léger, inconsistant et superficiel à l’enseignant adulte et raisonnable. Mais il sera loisible à celui-ci de rebondir pour montrer qu’il existe d’autres dimensions et d’autres perspectives. Je confesse que le propos est provocateur mais n’y aurait-il pas là une occasion de mettre l’élève au centre de l’enseignement? Il est hélas plus que probable qu’une fois encore la logique discursive l’emportera et que résonnera, par priorité, la raison du maître.

C’est ce que confirme l’ACIREPH (Association pour la Création d’Instituts de Recherche sur l’Enseignement de la Philosophie) dans son commentaire du récent (mai 2010) rapport de l’Inspection générale (voir le bulletin de l’association en page 3) :

Les Inspecteurs ont observé deux pratiques très largement majoritaires et assurément excellentes à les en croire :
– celle du cours magistral, « c’est un cours magistral « au bon sens du mot », pour reprendre l’expression significative dont se servent parfois les inspecteurs territoriaux : autrement dit, un cours prononcé et assumé par le professeur, mais qui tolère [sic !!!] les questions et interventions des élèves, voire leurs objections » ;
– et celle du cours dialogué (en vérité… le monologue relancé).

La philosophie est-elle bien, dans son état actuel, la matière à mettre en avant pour aider les élèves à comprendre le monde dans lequel ils vivent, à exercer leur esprit critique et à se forger une opinion? Qu’en pensez-vous?

La contrainte pédagogique

Le développement et la puissance croisante d’internet ont des conséquences sur l’enseignement à de nombreux niveaux. Une des plus importantes est la remise en cause du rôle et de la place de l’enseignant. La disparition de cette figure centrale de notre construction sociale n’est pas envisageable, mais elle ne pourra pas survivre sans adaptation.

(une première version de ce texte est déjà parue dans les chroniques abonnés du journal Le Monde)

La rentrée est terminée depuis déjà un certain temps. Elle aura, cette année été passablement agitée : de la réforme du lycée à la formation des enseignants, le système éducatif français est chahuté. Les livres de Peter Grumbel (On achève bien les écoliers – Grasset), celui de Marie Duru-Belat,  François Dubet et Antoine Vérétout ( Les Sociétés et leur école – Le Seuil ) ou, enfin, celui de  Jérôme Saltet et André Giordan (Changer le collège, c’est possible – Oh!) sont venus à des degrés différents jeter leur part d’huile sur le feu. Dans cette tourmente le rôle, la place de l’enseignant se présentent comme des concepts centraux et ne semblent plus aller de soi. Internet, ici, n’arrange rien.

Quand Bill Gates déclare  « D’ici cinq ans vous trouverez les meilleurs cours du monde gratuitement sur le web » on ne peut s’empêcher, en arrière-plan, d’imaginer la disparition du professeur et de sa salle de classe dans un même naufrage.

Une telle perspective semble absurde ? Pourtant elle a quelques arguments à faire valoir. Internet représente à la fois un moyen de communication efficace et un réservoir de données maintenant inépuisable. Les connaissances disponibles y sont à la fois variées, actualisées et, en de nombreux endroits, d’excellente qualité  Bien sûr tout n’est pas parfait :

  • l’abondance d’informations réclame des compétences qui ne sont pas innées chez les élèves : savoir chercher, trouver, trier et utiliser ;
  • l’information consultée ne devient pas mécaniquement un savoir.

Resterait donc à équiper Internet en programmes d’enseignement interactifs et personnalisés appuyés sur des bases de données adaptées. Nos enfants sont déjà initiés à la manipulation de l’outil, ils pourront tranquillement se former à la maison ou dans des groupes d’apprentissage. Cette solution paraît non seulement possible, elle a même des aspects séduisants.

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Enseignement et Neurosciences

L’éducation c’est l’inculcation à l’indifférent de l’incompréhensible par l’incompétent.

Cette citation de Keynes figure en exergue de l’article de NewScientist (n° 2780, 4 Oct 2010) dont le titre est : «  Il est temps pour les enseignants de regarder les neurosciences d’un œil nouveau ». Le choix de la citation n’étant pas explicité dans l’article, faisons un bref effort d’interprétation pour voir ce qui justifie sa présence à cet endroit. Sachant que l’incompréhensible relève des programmes et reste sans lien apparent avec les neurosciences, nous n’avons plus à nous mettre sous la dent que deux termes : l’indifférent et l’incompétent. Les neurosciences peuvent-elles nous aider à vaincre l’indifférence des élèves et donc à rendre les enseignants plus compétents ?
La question est plus vaste et se rencontre de plus en plus fréquemment :
« De telles recherches soulève une question plus large. Serait-ce utile si nous découvrions comment fonctionne réellement le cerveau – et comment les enfants apprennent le mieux – et appliquions ces découvertes à l’enseignement au quotidien ? » se demande la revue.
Peut-on sincèrement répondre non ?

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